dimanche 10 juillet 2016

Un dimanche à Saint-Riquier


S’érnouvler tout réstant fidéle à ses rachénes et pi à sn’idèe du cminchmint, ch’est l’éscret d’un liu qu’i dure din l’temps, l’éscret d’és jonnesse et pi d’és forche éd vie. Chl’Abbie roéyale éd Saint-Ritché a n’dit point à l’arbout d’chol règue-lo. Ch’est din ses murs qu’éch tout preume livret d’musique, « Ch’Tonaire éd Saint-Ritché», il o tè invintè au 8e siéque. À tchœur d’énèe, ch’est des concerts, o bien des master classes, qu’i sont juès o bien mis in plache pèr des jueux d’musique in résidinche. 
Bèe mé un molé tous chés stars qu’i y-o à chl’abbie d’Saint-Ritché pou l’edition 2016 d’éch féstivo : lrinfique canteur Anders Dahlin, lbieau Frédéric Baltassare et « les Nouveaux Caractères » éd Sébastien d’Hérin din Fairy Queen éd Purcell, et pi cor min ami Mickaël Bouffard din él créyation d’éne danserie baroque : Él véve Rebel à l’foére éd Saint-Ritché ! Él compagnie Beaux-Champs et pi chl’abbie roéyale is ont ahansè insanne chu spéctaque, din l’idèe d’él commedia dell’arte, aveuc des danseries rédeuses pi des boufondries... et pi des décors tout droét rinspirès d’chét-lo qu’oz avoait maginè au XVIIIe siéque pour éch tchot téyate d’Adville.

lundi 4 juillet 2016

Splendeurs et misères de Gênes



Parmi les dix villes les plus importantes d’Italie, Gênes était, jusqu’à une date encore récente, la seule où je n’avais encore jamais mis les pieds. Je n’avais fait que la « survoler » il y a une dizaine d’années, en raison d’une erreur d’aiguillage sur l’autoroute où, après avoir loupé la direction Ventimiglia, je m’étais engagé sur la sortie Genova et retrouvé par malheur sur la « sopraelevata », ce pont aérien monstrueux, érigé en 1965 le long du lungomare, et qui est comme une balafre géante sur la ville… J’avais pu, pendant une dizaine de minutes, prendre la mesure de l’immensité de la ville, des proportions gigantesques de son port, avec un mélange de fascination et de répulsion. Fascination d’abord pour la beauté du site, qui fait de Gênes et de son magnifique golfe une sorte de Naples du Nord (le Vésuve en moins) ; répulsion, ensuite, pour le caractère anarchique du trafic routier et la densité de l’habitat… 
Mais comme toujours, il importe de surmonter ses premières impressions et rappelons-nous à ce sujet ce que disait Flaubert : « Pour bien voir une chose, il faut la voir longtemps. » Un voyage à Gênes s’imposait donc, d’autant plus que Flaubert lui-même, lors d’une promenade à cheval sur la crête des montagnes, avait été foudroyé par la splendeur des palais : « Première promenade à cheval sur les hauteurs par le soleil ; ç’a été la plus belle journée de mon voyage. Palais Durazzo à côté de Fieschine, grand bassin de marbre avec son cygne méchant ; camélias en pleine terre, cascade murmurante sur l’herbe. Le jardin à l’anglaise. À Nice et dans tout le midi, l’art des jardins est à l’enfance. Ici, on retrouve le goût aristocratique des patriciens. » En jeune romantique qu’il était en 1845, il avait littéralement été ensorcelé aussi par la puissance d’évocation des œuvres d’art que tous ces précieux palais recelaient, et notamment La Tentation de saint Antoine de Brueghel, qui lui avait donné plus tard l’idée de son conte oriental.

Diable, que les temps ont changé ! Le fameux palazzo Balbi qui, naguère, avait fait les délices de Flaubert, n’est aujourd’hui plus que l’ombre de lui-même ! Ses murs sont complètement défraîchis, son mobilier en décrépitude, ses peintures dans un état de conservation inquiétant et, comble de l’ingratitude, sa terrasse qui dominait autrefois tout le golfe de Gênes n’offre plus qu’une vue plongeante sur la bruyante sopraelevata ! Bien que les photos (1 et 3) ne l’indiquent pas, il faut pourvoir s’imaginer le bourdonnement incessant qui règne sur cette terrasse dont le panorama sur la mer est bouché, brouillé par les dizaines de milliers de véhicules qui circulent en permanence le long de cette autoroute urbaine…

C’est le même drame qui frappe la Villa del Principe, connue pour les célèbres fresques de Perino del Vaga, un élève de Raphaël qui, après le sac de Rome, avait trouvé refuge dans la cité ligure et décoré la villa d’Andrea Doria, un des plus grands amiraux de son époque. Il existe de nombreuses gravures du XVIe siècle qui nous renseignent sur cette magnifique demeure – un véritable joyau d’art et d’architecture – et illustrent la féerie des jardins. Aujourd’hui, la villa est enclavée dans un quartier peu reluisant, entre la gare, le port et la sopraelevata. Difficile, donc, d’imaginer un environnement plus hostile à l’art. Et malgré les tarifs prohibitifs – 9 euros l’entrée – on se raisonne et l’on se jure que le jeu en vaut la chandelle. Là encore, la confrontation avec la réalité est brutale : le bassin de Neptune offre une perspective immanquable, incontournable sur l’autoroute. Lorsqu’on se hasarde, dans le palais, à immortaliser la loggia peinte par Perino del Vaga, un cerbère en furie surgit soudain des lieux pour vous dire que votre billet d’entrée ne comprend pas le « pass photographie » : entendez par-là qu’il faut s’acquitter d’un ticket supplémentaire de 4 euros pour avoir le droit de prendre des photos. Je connaissais jusqu’alors l’interdiction de photographier – concept discutable qui nuit grandement à la notoriété des musées –, mais c’est à Gênes que j’ai découvert (et refusé d’expérimenter) le droit de photographier payant. Voilà qui refroidit et ne donne ni envie de faire la publicité des œuvres conservées ici (un très beau portrait d’Andrea Doria par Sebastiano del Piombo, un autre portrait dhomme par Bronzino), ni de se familiariser avec ces imbéciles gardiens du temple qui feraient mieux de s’interroger sur la chute de la fréquentation qu’ils doivent je mettrais ma main au feu déplorer (nous étions les seuls à arpenter la villa pendant notre visite).

Je ne voudrais cependant pas jeter un froid. Gênes, qu’on se le dise, est une ville sublime, avec un centre historique éblouissant. Il n’est que de voir les splendides palais qui émaillent à touche-touche la via Garibaldi, une des plus belles rues de Gênes : le Palazzo Lomellino, le Palazzo Doria-Tursi, le Palazzo Rosso, le Palazzo Bianco, etc. Ces deux derniers palais, transformés en pinacothèques, abritent des trésors insoupçonnés : un retable de Filippino Lippi à tomber par terre, un Père éternel de Luca Cambioso, une monumentale Crucifixion de Véronèse, l’Ecce homo de Caravage et un légendaire Saint-Sébastien de Guido Reni (légendaire parce que Mishima eut à la vue de sa reproduction une irrésistible éjaculation !).

Des orgasmes, comment ne pas en avoir aussi en goûtant à la spécialité gênoise par excellence : la focaccia al formaggio, qu’il ne faut évidemment pas confondre avec une vulgaire pizza quattro formaggi ! (Questa non è una pizzeria, répètent à l’envie les vendeurs de focaccie) Et des focaccie, c’est bien simple, je m’en suis fait pêter la sous-ventrière pendant tout ce séjour ligure, qu’il s’agisse de la focaccia traditionnelle au stracchino ou de la focaccia à la bufalina, aux tomates, anchois, olives vertes et noires, mieux connue aussi sous le nom de pizzetta. J’ai testé plusieurs adresses (Sa’ pesta où elles étaient délicieuses, Tristano e Isotta, où elles étaient immondes l’hommage à Wagner aurait dû m’en détourner), ai sévi en temps réel sur Tripadvisor, distribuant au passage bonnes et mauvaises notes, mais force était de constater que les plus divines, les plus extraordinaires, les plus inoubliables, étaient débitées, le temps d’un week-end, sur un stand provisoire de la Piazza de Ferrari… Post dominicum, animal triste est…

1. Palazzo Reale. 2. Palazzo Ducale. 3. Terrasse du Palazzo Balbi. 4. Villa del Principe. 5. Coupole de la chiesa del Gesù e dei santi Ambrogio e Andrea. 6. Via Pagano Doria. 7. La dame et son petit chien dans la chiesa del Gesù e dei santi Ambrogio e Andrea (vue sur la Circoncision de Rubens). 8. Salita di Montebello. 9. Sainte Conversation de Palma le Vieux (détail). 10. Mascaron. 11. Vue des toits du Palazzo Bianco. 12. Luca Cambiaso, Padre eterno. 13. Brexit mood. 14. Piazza San Matteo. 15. Hauteurs de Gênes : mura di San Bartolomeo. 16. Piazza del Duomo. 17. Anchois farcis de Sa' Pesta. 18. Corso Solferino. 19. Guido Reni, San Sebastiano. 20-21. Palazzo Bianco. 22. Villa del Principe au XVIe siècle. 23. La villa maintenant, le bassin de Neptune dans la perspective inversée. 24. Piazza del duomo. 25. Le port. 26. Jardins du Palazzo Rosso. 27. Jardins du Palazzo Rosso. 28. Il Duomo. 29. Galleria Cristoforo Colombo.