lundi 5 octobre 2015

Strike a pose !


Révolution à lOpéra de Paris. Pour marquer louverture de la saison de la danse, le nouveau et fringant directeur de la Danse, Benjamin Millepied, a invité le chorégraphe Boris Charmatz à occuper les espaces du Palais Garnier. Ce dernier a alors proposé à une vingtaine de danseurs du corps de ballet, toutes catégories confondues, desquisser un large panorama de la danse au XXe siècle autour dun programme intitulé : 20 danseurs pour le XXe siècle. Lidée, déjà mise en œuvre au MoMA de New York ou au Festival Foreign Affairs de Berlin, est de rapprocher les artistes et le public et de les faire communier dans une plus grande proximité, en abolissant provisoirement la frontière de la scène. Ainsi, jusquau 11 octobre, le spectateur qui déambule dans le grand escalier ou la rotonde des abonnés peut assister, chaque soir avant les représentations, à plusieurs happening chorégraphiques autour de lhistoire de la danse. Si létoile Benjamin Pech sillustre à merveille dans L'Après-midi dun faune, Francesco Vantaggio, torse nu, revisite Le Sacre du Printemps de Pina Baush, dans la galerie des mois. Et tandis que Sofia Percen, dans la rotonde du jour, rend hommage à Joséphine Baker ainsi quaux Temps modernes de Chaplin, Yann Saïz, dans le Grand Foyer, électrise le public sur une chorégraphie de Carolyn Carlson. 

Coup de projecteur aujourdhui sur Caroline Osmont et Marion Gautier de Charnacé qui se relaient dans la loggia au son du hip-hop et du voguing. Prenant le public à témoin, nos deux ballerines expliquent l’origine de ces deux danses : si la première s’est développée dans les ghettos du Bronx au début des années 1970, la seconde a été inventée au même moment par des prisonniers gays, à qui on donnait à lire des magazines de mode et qui, sur des talons aiguilles, se hasardaient à reproduire la pose mannequin des défilés de mode. Cest à cette fameuse danse, popularisée une génération plus tard par le planétaire Vogue de Madonna, que nos deux danseuses classique, en short et en basket, rendent justice ce soir.

 
En cas de blizzard, comme hier, repli stratégique dans la bibliothèque de l'Opéra, où nos deux danseuses, prêtes à se lancer dans une scène de krump (une variante du hip-hop), sont accueillies par votre serviteur krumponné à sa rampe...


Mais sil y en a un qui me harponne le regard, cest bien Jean-Baptiste Chavignier, merveilleux éphèbe, s’il en est, du corps de ballet, qui rend hommage ce soir à une chorégraphie dAlain Buffard, Good boy (1998), qui n’est pas sans mévoquer Matthew Modine dans Birdy. Je ne sais pas pourquoi, j’y vois les ailes ou les rêves brisés d’un pathétique volatile englué dans son situs.


19 commentaires:

  1. Mais c'est toi qui as filmé et photographié ?

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    1. Chapeau ! A toi tout seul, c'est mieux que toute l'équipe de "Human" !

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    2. Enfin je voulais dire que tu as fait un très bon travail de photographe et de cinéaste, car ces styles de danse ne m'inspirent pas plus que ça.

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    3. Merci Gil! Peut-être seras-tu davantage inspiré par Good boy (1998) d'Alain Buffard, interprété par ce monument de sensualité qu'est Jean-Baptiste Chavignier... Affaire à suivre!

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    4. Tu sais, avec mon grand âge j'en suis resté à Rudolf Nureyev et autres Laurent Hilaire. Buffard, connais pas et puis c'est la "non-danse" qu'il prônait, pour ne pas dire le "non sens", enfin pour moi. Je veux bien croire que Jean-Baptiste Chavignier soit un monument de sensualité, mais Buffard non merci. En danse comme en chant ou en musique on peut tout exprimer bien sûr, encore faut-il avoir un réel talent. Quand Cecilia exprime la colère, la jalousie ou la vengeance, c'est beau et les compositeurs qu'elle sert sont des génies. Je ne trouve pas qu'il y ait beaucoup de génies parmi les chorégraphes contemporains. D'ailleurs, c'est toujours un peu la même chose. Ils se copient plus ou moins les uns les autres et à force de vouloir "dépoussiérer " on se demande si ce n'est pas eux qui auraient besoin d'un bon coup de "ballet".

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    5. Anonyme7.10.15

      Ah, Gil, merci, je suis d'accord avec vous de A à Z, et s'il faut vraiment choisir je préfère le croquignolet James en kilt de "la Sylphide" à un good boy nu comme un ver.... Tu l'auras compris GF, pas du tout absorbée par le Buffard, mais ça ne te surprendra pas, tu connais mon amour pour la modernitude épilleptique....
      Bises à tous les deux,

      Agnès

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  2. Anonyme6.10.15

    Pour le coup je ne suis pas très convaincue par la performance de ces deux charmantes ballerines: c'est joli bien sûr mais vraiment très scolaire, enfin je trouve; le "vrai" voguing, c'est quand même plus tranchant, altier et sexy que ça,... Tu me diras, et tu auras raison, que je fais la fine bouche pour masquer ma frustration de ne pas aller voir ces 20 danseurs: convaincue qu'il s'agissait d'un happening prétentieux de danse contemporaine qui ne ne danse pas, je n'ai pas pris de billet et maintenant il n'y en a plus! J'aurais adoré voir de près Yann Saiz, qui va s'en aller bientôt, le fougueux Alessio ou l'altière Stéphanie Romberg: ça m'apprendra!
    Dimanche j'ai loupé le Millepied (pour la première fois de ma vie j' avaisi OUBLIé que j'allais à l'Opéra, une honte!.... et je suis arrivée en retard) et j'ai été très déçue par les deux autres ballets, un Robbins cotonneux avec Mathias Heymann - que j'adore pourtant - un peu perdu, et un Balanchine crispé et sans grâce: la ballerine était à la hauteur, mais son ballerin (l'explosif François Alu) la manipulait comme un bourin, c'était inélégant au possible. J'étais tristounette en sortant de là....
    Bises cher GF,

    Agnès

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  3. Ah, chère Agnès, vous m'apprenez un mot que je ne connaissais pas "ballerin" ! Il ,va rejoindre illico votre "poiscaillologue" d'il y a quelque temps dans mon grand dico personnel. Je suis absolument hermétique aux danses de toutes sortes mais je suis preneuse de tout vocabulaire, ceux-ci sont ma récompense pour devoir endurer celles-là même en lecture et mot à mot.

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    1. Ah Dominique, que de souvenirs émus ne ravives-tu pas?... Tu prouves à Agnès qu'elle est lue et scrutée plus attentivement que l'auteur de ces modestes lignes - pas seulement pour ses trouvailles visuelles (ah! la robe-viande en bavette de boeuf mal taillée de Dona Elvira) ou lexicographiques (ah! la "poiscaillogue" de la mer vineuse), mais aussi pour ses rapprochements euphoniques : aujourd'hui nous célébrons le "ballerin bourrin", hier le "boudiné poutiné", qu'en sera-t-il demain avec les convulsions de mon animal agonisant sur les marbres ruisselants de Garnier? Je n'ose y songer...

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    2. Anonyme7.10.15

      Mais GF, il est épatant, ton "krumponné" au krump et j'en suis jalouse! Mais je ne l'avais pas remarqué d'abord, croyant que le post s'arrêtait aux mots "ce soir"....vous me flattez, Dominique et toi, mais franchement c'est juste "certain esprit facile et militaire", comme dirait Cyrano, et une tradition atavique du jeu de mot tous azimuts remontant aux Mérovingiens dans ma rustique et rigolarde lignée, j'ai été biberonnée à cela et voilà tout! N'oublions pas d'ailleurs que ça gave beaucoup de monde, ce que je comprends fort bien.... Je trouve bien plus admirable de faire de beaux posts fouillés et bien tournés sur de belles choses et de sublimes lieux sans pontifier jamais (comme le fait notre GF/Jean-Phi, que j'adore caresser dans le sens du poil)
      Dominique, ça me crève le coeur quand on est insensible à la danse, art qui me met dans tous mes états, mais rien n'est jamais désespéré: une de mes meilleures amies, qui tombait en convulsions à la seule vue d'un justaucorps, a été foudroyée par la grâce: le "pas de duke" d' Alvin Ailey d'abord, Mats Ek et Sylvie Guillem ensuite : joie, joie, pleurs de joie....

      Agnès

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  4. Désolée Agnès, mais je suis résolument irrécupérable pour la danse... Oui, résolument parce qu'il y faut bien une goutte de mauvaise foi pour que ce soit vraiment drôle, ça apporte une peu de poivre à la chose. Mais c'est la faute de ma sœur cadette et de sa fille, aussi, le nombre de fois où elles m'ont bassinée en racontant des ballets, presque en transe et où elles m'ont tapé sur les nerfs avec leurs cours de danse moderne jusqu'à ce que son médecin les interdise formellement à ma puînée ! Mon allergie définitive n'est qu'une réaction de défense sororale... D'autre part mon ascendant scorpion m'a nantie d'un sens critique extrêmement actif et, quitte à encourir une excommunication radicale de ces lieux, je le dis haut et clair, j'ai toujours trouvé grotesques les danseurs de toutes les époques et de tous les lieux...
    Ceci dit, je n'empêche personne de juger la collection de mots que je pratique depuis 30 ans au moins tout aussi grotesque, chacun son truc...

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    1. L'excommunication est déjà prononcée Dominique! Ton dossier est maintenant verrouillé par Agnès sans possibilité d'appel! Quant à moi je te laisse une dernière chance avec cette dernière question : Quand c'est Cecilia qui danse, tu ne vas pas me dire que tu restes complètement de marbre? médite bien ta réponse en jetant auparavant un coup d'oeil là-dessus : https://www.youtube.com/watch?v=odwbCdIg12k

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  5. Superbe ! Bravo ! et gros bisous.

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  6. Je suis saccagée, je suis ravagée, je suis détruite par cette excommunication à deux... qui m'allait si bien mais qui, enfer et consternation, va douloureusement s'évanouir... Ben oui, j"avoue, mon Père Georg-Friedrich et ma Mère (supérieure !) Agnès, je me creuse depuis ce matin mais en cherchant dans un coin de ma cervelle où personne ne va souvent, j'ai hélas trouvé une carmagnole ?, une sarabande ?, une tarentelle ? très euphorisante à mon (très mauvais) goût ! Je confesse pas humblement du tout que le cancan que toupillent les hippopotames, les autruches et les crocodiles sur la "Danse des heures" dans Fantasia m'emplit d'une intense délectation qui va égailler ma soirée tant qu'à bien faire !!!
    Quand à Cecilia, je la trouve plus croquignolette lorsqu'elle entre sur scène avec son tambourin au début de son récital consacré au sieur Steffani...

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  7. Suis un peu comme Gil , pas très emballé... par contre question emballage j'ai vu la prestation de J.B. Chavignier ... j'en ai compté dix mais pourquoi qu'en blanc ? !!!

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  8. Ça secoue tout de même ces morceaux de bravoure dans l'auguste enceinte du Garnier, non ? Nettement moins informée qu'Agnès, j'ai peu d'avis sur la qualité des interprétations mais suis résolument pro-secousses : welcome hip-hop et voguing ! Quant au très christique Jean-Baptiste Chavignier, son anti-prestation de douleur est poignante. Je me suis raconté des tas d'histoires en le regardant s'élever et retomber sur ce sol, lieu de défaite (il est à terre) et allié de sa volonté (il s'y appuie). Merci GF !
    Nelly.

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    1. Anonyme16.10.15

      Je vous envie, chère Nelly, d'avoir été empoignée comme notre GF par ce christique Jean-Baptiste, et ça m'intéresse et m'amuse beaucoup de voir à quel point les goûts peuvent varier, car ce genre de démonstration (sliptease inversé inclus) me laisse au mieux de marbre, au pire assez furax; c'est exactement tout ce que je déteste dans la danse contemporaine, et en général les discours accompagnant et justifiant ces moments de non-danse m'agacent prodigieusement : j'ignore s'il y en avait ici, mais ça ressemble fort à une interrogation angoissée sur notre triste condition, l'empilement des kangourous évoquant les précautions vestimentaires du terroriste islamiste désireux de projeter ses outils intacts dans l'au-delà , aussi bien que les couches du nourrisson et du vieillard, et en effet il y a à un moment une sorte de crucifixion tête en bas, reprise solennelle d'une figure ludique de hip-hop.... bref je crois que je suis mûre pour rédiger les inénarrables petites brochures du théâtre de la ville ...
      Mais mon cas n'est pas totalement désespéré, et parfois ces choses étranges sans musique ou sur fond de marteaux piqueurs folâtres et chasses d'eau déréglées m'emballent aussi, surtout quand il y a dedans des splendeurs en slip de l'Opéra de Paris (souvenir ému d'Aurélien Houette et de ses camarades dans un ballet de Prejlocaj , dont je ne sais jamais écrire le nom, "Ceci est mon corps" , le titre exact m'échappe aussi), c'était a priori tout ce qu'il ne me faut pas, mais intense, rude, et rudement beau quand même au bout du compte.
      Bien à vous Nelly et belles aventures napolitaines.
      Agnès

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    2. Souvenir ému pour moi aussi que "Ceci est mon corps" dont le titre complet MC 14/22 se veut une allusion au chapitre 14, verset 22, de l'évangile selon saint Mathieu... Je me suis replongé dans cette prose agaçante, c'est à se plier en deux. On dirait un sketch écrit pour Sylvie Jolie :

      Laver lentement, avec douceur, immerger le corps pour en faire émerger la vie, laver le corps dans un geste archaïque, premier, originel, primordial.
      Au commencement était l'eau et le corps, donc. Contact, corps touché, caressé, acte qui le dit dans ses extrémités, sa géographie, sa limite physique, comme la caresse du trait de crayon qui donne sa plénitude à la forme, séparant visuellement le sujet du contexte, le contenu du contenant, le corps traité dans l'espace blanc d'une feuille.
      La main poursuit la volumétrie du corps, sa constitution physique, ses reliefs, sa matière organique, et, sous la main, le vivifiant intérieur, la naissance à la lumière, l'énergie interne et sensible, l'animation. L'âme le rend vivant.
      À l'autre bout de la scène, comme son opposé, l'homme construit au sol les limites de son environnement. Serré de près, cette construction le "colle" au sol et le clôt dans son enceinte, construction d'un espace empirique qui devient vite aléatoire, désordonnée, conduite par la compulsion et le convulsif. Protection utopique contre un hypothétique adversaire ; le temps, la nature, l'homme ? l'Autre ? Réflexe archaïque également. Se sentir protégé, même jusqu'à l'enfermement. Isoler, s'isoler, isolement de folie ? Réceptacle non réceptif.
      De l'espace vivant à l'espace vital, de la viabilité à l'espace invivable. Dans ce lieu mortifère construit, l'Autre est définitivement absent. Eros et Thanatos aux extrémités, comme la perche du funambule, balancement constant de l'attirance des extrêmes, posés là en attente de choix.
      Au fond s'animent des corps circonscrits dans des cases exigües superposées, autre citation d'habitacle, d'habitation ?, faut-il y voir les excavations creusées dans les parois des hauts murs des catacombes romaines ?
      Toujours lentement, comme ralentis, les corps s'étirent, se lovent, se tournent et se retournent, unifiés par une lumière qui sculpte leurs formes, accentue les ombres d'où sortent des parties de corps blancs comme illuminés de l'intérieur... l'éveil.
      Indépendants les uns des autres, ils vont s'harmoniser. En "agissant" ensemble, avec le temps, l'unité se (re)trouve. L'unicité transparaît "ceci est mon corps" unique et indivisible, qui, pourtant, se partage et est à partager.
      Les cases deviennent tables, ou plutôt "table", constituée de toutes les tables réunies, ici aussi, en une prégnante unité. Elles sont l'orthogonalité, le parallélépipède, l'angle droit, la loi. Une géométrique anguleuse signale aux figures dansantes la différence qui les oppose : le noueux, le tendus, le souple, le courbe, le mouvant, le vivant. Comme le font les corps, le métal réfléchit la lumière crue, froide, intemporelle. Table du partage, mais aussi de dissection, morgue ; il y a du Rembrandt dans ces possibles "leçons d'anatomie", dans ses corps dansant, il y a du drame, du désespéré-espérant, de l'ultime ; Géricault en son Radeau... Sombrer, survivre, espérer, désirer...


      Voilà qui n'est pas très loin du marketing tendance de l'Opéra de Paris : "Oser, frémir, désirer..." La boucle est bouclée. Amen!

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