jeudi 26 novembre 2015

Sans voix, encore

Depuis quelques jours, je suis comme un zombie et passe mes journées, mes soirées – parfois mes nuits – dans mon lit, accroc aux chaînes d’info. Au réveil, mon premier geste est de saisir la télécommande, d’allumer BFMTV et d’écouter, en prenant mon café, les dernières nouvelles. La prolongation de l’état d’urgence, l’assaut à Saint-Denis, la traque d’Abdeslam, Bruxelles sous alerte maximale, les morts de Tunis et maintenant la préparation des funérailles nationales. Je n’oublie pas d’aller travailler, mais à l’Opéra, c’est un peu comme si je vivais en apnée : je fais tout ce que j’ai à faire, sans oublier de jeter, épisodiquement, un coup d’œil sur les flashs des sites d’info. Quand je rentre le soir chez moi, je me rue à nouveau sur BFMTV, j’écoute Ruth Elkrief, Nathalie Lévy, Jean-Baptiste Boursier, Rachid M’Barki, jusqu’à pas d’heure… Les invités se succèdent, hauts gradés des armées, anciens ministres, spécialistes du renseignement, experts en géopolitique, etc., je les écoute tous, même quand ils m’insupportent, à l’instar du général Desportes qui voit dans le « laxisme français » une des causes du terrorisme. Mais je n’ai cependant pas l’impression de perdre mon temps car surgissent parfois sur les plateaux de télévision des personnalités exceptionnelles dont les propos ont une telle évidence et une telle autorité qu’on en sort plus éclairé et, aussi, plus effrayé. C’est le cas du juge Trévidic que j’ai découvert au lendemain des attentats sur France 2 et qui posait le bon diagnostic : on n’est qu’au début d’un cycle qui ne va faire, malheureusement, que s’amplifier et on n’en sortira que dans dix ans, à condition de mettre maintenant le paquet, en termes de moyens, sur la police et la justice. Encore faut-il que ces personnalités charismatiques ne soient pas interrogées par des journalistes de bas étage, obsédés par leur image, comme Apolline de Malherbe qui, l’autre jour encore, passait son temps à couper la parole de l’ancien juge antiterroriste et à retraduire chacune de ses phrases (« vous êtes en train de nous dire que… si je comprends bien, vous lancez un cri d’alerte… ») comme si celles-ci manquaient de limpidité. Cette manière de mettre en scène son intelligence et sa perspicacité a quelque chose d’assez pathétique…

Mais passons. La veille des attentats, Pierre m’avait dit : « On va au restaurant demain soir ? » (Sous-entendu : chez Dong, dans notre cantine vietnamienne, rue Louis Bonnet) J’avais mollement répondu : « Oh ! non… avec tous les écarts qu’on a faits en Sicile, j’aurais plutôt envie d’aller soigner ma ligne et faire quelques longueurs… » Sagesse ? Flair ? Hasard ? Rétrospectivement, je me dis que j’aurais pu faire partie des victimes, moi aussi, avec Pierre. Notre cantine vietnamienne se trouvant dans le 10e arrondissement, à quelques encablures du Petit Cambodge et de Casa Nostra, dans ce quartier où nous avons tous nos amis, et toutes nos habitudes.

Généralement, quand nous sortons de notre petite cantine, nous ne prenons pas le métro à Belleville ; nous descendons la rue du Faubourg du Temple pour rejoindre à pieds la place de la République. On prend alors la ligne 3 et comme ça nous évitons un changement superflu à Père-Lachaise. Alors quand j’ai appris le soir même qu’une fusillade avait eu lieu au café La Bonne bière, juste en face du Palais des glaces, tout mon sang s’est glacé. Je ne saurais dire combien de fois nous sommes passés devant… des centaines, peut-être des milliers de fois, depuis plus de vingt ans que nous allons chez Dong et flânons dans ce quartier.

Le lendemain soir, alors que toutes les polices de France recommandaient aux Parisiens de rester sagement chez eux, nous sommes allés nous recueillir devant la terrasse de La Bonne Bière et de celle de Casa Nostra. Nous voulions voir, comprendre, imaginer tout ce qui s’était passé la veille. Nous avons vu les verres renversés, la vaisselle fracassée, les vitres brisées, les impacts des balles, le sable dispersé sur la chaussée pour masquer les traces de sang ; c’était plus éclairant, plus saisissant que n’importe quel reportage télé. Les Parisiens étaient là, ils déposaient des fleurs, allumaient des bougies et communiaient dans un étrange silence. Quelqu’un avait jeté L’Homme révolté de Camus. Ailleurs, devant la terrasse du Carillon, on remarquait un autre livre : Paris est une fête d’Hemingway. Et toujours ce même silence pesant. Il ne fallait pas s’arrêter là. Nous avons marché jusqu’au Bataclan. Le quartier étant bouclé, les Parisiens se recueillaient devant une barricade en fer du boulevard Richard Lenoir recouverte de fleurs, de messages en français, en anglais, en arabe. Je n’oublierai jamais cette femme aux cheveux blonds et au manteau vert, adossée contre un arbre, les yeux noyés d’une indicible angoisse…

De cet atroce carnage perpétré en plein cœur de Paris, je ne connais aucune des victimes. Mais j’ai envie de dire que c’est un peu comme si. Pendant toute la nuit du vendredi au samedi, je suis resté rivé à mon compte Twitter, où circulaient les photos des spectateurs du Bataclan, que leurs proches envoyaient comme des bouteilles à la mer… On donnait le nom de la personne concernée, on précisait l’âge, parfois un signe particulier : un grain de beauté sur le front. Par la force des choses, certains visages me sont devenus familiers, à l’instar de Romain Dunet, ce jeune prof d’anglais de 28 ans, dont Pierre apprenait le dimanche soir qu’il était l’enseignant de la fille d’une de ses amies. Ou encore d’Olivier Hauducœur, le collègue de mon amie Monika. Le vendredi, il avait pavoisé dans les couloirs d’Arval et avait répété à qui voulait l’entendre qu’il allait enfin assister au concert des Eagles of Death Metal, après avoir cru pendant des semaines que ça n’allait pas être possible : en effet, dans le courant de l’après-midi, sa direction annulait une réunion à laquelle il aurait dû se rendre…

Vu l’état comateux dans lequel je me trouve plus dune semaine après ces attentats, je n’ose imaginer la douleur insoutenable des familles, des amis. Mais parmi ces derniers, il est quelqu’un que j’admire, c’est la sœur de Guillaume Le Dramp, ce garçon de 33 ans, tué devant le bar la Belle Équipe, rue de Charonne. La sœur de ce jeune homme s’est rendue cette semaine dans la mosquée d’Octeville pour s’entretenir avec des musulmans. À tous, elle leur a adressé ce message, sans fléchir : « Sachez que je ne vous en veux pas. Je sais que vous n’avez rien à voir avec tous ces terroristes qui agissent au nom de Dieu. Je ne vous mets pas dans le même sac. Je sais qu’il n’y a rien de commun entre eux et vous et que vous souffrez des amalgames que certains de mes compatriotes sont tentés de faire. Mais je suis là pour vous dire que, avec ma sœur, nous sommes unis avec vous et que nous refusons absolument la division où veulent nous conduire ces barbares. » Puisse vraiment ce message être entendu, relayé, appliqué ; il n’y a que comme ça que nous nous en sortirons.

samedi 17 octobre 2015

Sans voix

1-7. Le cimetière de Galeria. 8. Le golfe et la plage de Galeria avec au loin le feu de broussailles dans le cimetière. 9-11. La presquîle de la Revelleta au large de Calvi.

Je ne connais pas de plus beau cimetière que celui de Galeria. Celui de Bonifacio, avec ses austères mausolées parfaitement alignés, ne possède pas tout à fait le même charme, bien que Cecilia aime, comme elle le dit, sy promener tous les étés. Je préfère les petits cimetières de village, envahis dherbes folles et de pin parasols, à l’instar de celui de Galeria, patrie des Spinosi, situé au bord de la mer. Quelle chance ont les morts de ce village dêtre enterrés face à un si beau paysage ! Nul bruit ici, si ce nest celui du ressac et des lézards qui se faufilent dans les broussailles calcinées par le soleil... Si lon admet quil existe des vies ratées, on devrait reconnaître aussi linverse : quil existe des morts réussies. Je veux dire par là : des gens qui parviennent à faire de leur mort quelque chose de sublime et enviable. Antoine Spinosi, Darius Spinosi, François Spinosi, Françoise Albertni née Spinosi, Elizabeth Colbert née Spinosi, etc., comme j’aimerais être à leur place ! En effet, c’est peut-être ce qu’il peut arriver de plus beau à un homme : mourir en Corse et être enterré au pied de ces montagnes. Ne trouvez-vous pas que la trajectoire biographique résumée par ces deux phrases : “Né à Paris, mort à Galeria” (je me projette) a autant de classe que celle-ci : “Né à Selichtchi, mort à Venise” (je pense à Diaghilev) ? Si je parviens un jour à décrocher une concession dans ce lieu si beau et si paisible, je pourrais alors me vanter peut-être pas d’avoir réussi ma vie, mais à coup sûr le terme de celle-ci. Car oui, c’est un fait, il n’y a pas de plus bel endroit pour devenir “le déjeuner dun petit ver”, comme disait Montaigne au sujet du “grand et triumphant” Sylla...

Delta du Fangu


Samedi 17 octobre. Il est 9h00 du matin, j'ouvre les volets, il fait un temps superbe. J'ai la journée devant moi, j'hésite encore entre la mer et la montagne. Vezzani, dans le massif du Renoso, me tente assez... Mais je choisis finalement la mer et la Balagne. Cap, donc, sur Galeria et le delta du Fangu que je ne connais pas. Je fonce auparavant dans la chambre de ma grand-mère, j'ouvre une vieille armoire qui couine et je saisis la première serviette qui me vient. Je suis pressé, je ne fais pas attention, je mets tout ça dans un sac. Tout ça, c'est-à-dire, en vrac : un casse-croûte au fromage de brebis frais, une carte de Corse, le bouquin que je lis en ce moment, une pomme, quelques carrés de chocolat et la fameuse serviette. C'est lorsque je l'étale sur les galets roses de la plage que je découvre ma bévue et que je rigole comme un bossu! Un monde ressurgit. C'est la serviette que mon cousin, aujourd'hui marié et père de trois enfants, utilisait quand il était ado. On se chamaillait toujours parce que j'étais jaloux de cette dernière qui était plus longue et plus épaisse que la mienne ! Elle est maintenant toute rêche et je m'en passerais bien aujourd'hui... Mais heureusement il n'y a personne dans les alentours pour s'étouffer d'indignation devant ce vestige des années 80' tout juste bon à enrichir le musée des horreurs misogynes! Je pose délicatement mon exemplaire de l'Iliade et l'Odyssée histoire de relever le niveau, au cas où, sait-on jamais, un badaud passerait pendant que je barbote dans l'eau... Peine inutile : il a beau faire un temps splendide, et nous avons beau être le premier jour des vacances scolaires de la Toussaint, les plages restent désertes en cette époque de l'année... Je me déshabille et je cours alors me jeter dans la mer sonore, comme dirait Homère... avant de m'arrêter tout net... l'eau est glacée et prompte à me tenailler l'orteil. Tout cela me rappelle mes aventures normandes, du temps où j'allais au festival d'Arques-la-Bataille écouter Jaroussky et que j'en profitais pour me baigner dans la Manche... C'est la même sensation de froid qui parcourt tout mon être et me fait hérisser le poil...  (je m'amuse comme je peux dans ce photo-montage, mais oui, je l'affirme, la photo a pile dix ans, elle a été prise par ma moitié, dont on voit un pan de genoux, fin août 2005!). Il y a malheureusement entre ces deux mondes des couches de pâté de tête, de foie gras d'Agnès, de fromages corses et de mille-feuilles de Jacques Genin, qui font de l'ancien et actuel Georg-Friedrich deux entités tristement distinctes et non superposables !

lundi 5 octobre 2015

Strike a pose !


Révolution à lOpéra de Paris. Pour marquer louverture de la saison de la danse, le nouveau et fringant directeur de la Danse, Benjamin Millepied, a invité le chorégraphe Boris Charmatz à occuper les espaces du Palais Garnier. Ce dernier a alors proposé à une vingtaine de danseurs du corps de ballet, toutes catégories confondues, desquisser un large panorama de la danse au XXe siècle autour dun programme intitulé : 20 danseurs pour le XXe siècle. Lidée, déjà mise en œuvre au MoMA de New York ou au Festival Foreign Affairs de Berlin, est de rapprocher les artistes et le public et de les faire communier dans une plus grande proximité, en abolissant provisoirement la frontière de la scène. Ainsi, jusquau 11 octobre, le spectateur qui déambule dans le grand escalier ou la rotonde des abonnés peut assister, chaque soir avant les représentations, à plusieurs happening chorégraphiques autour de lhistoire de la danse. Si létoile Benjamin Pech sillustre à merveille dans L'Après-midi dun faune, Francesco Vantaggio, torse nu, revisite Le Sacre du Printemps de Pina Baush, dans la galerie des mois. Et tandis que Sofia Percen, dans la rotonde du jour, rend hommage à Joséphine Baker ainsi quaux Temps modernes de Chaplin, Yann Saïz, dans le Grand Foyer, électrise le public sur une chorégraphie de Carolyn Carlson. 

Coup de projecteur aujourdhui sur Caroline Osmont et Marion Gautier de Charnacé qui se relaient dans la loggia au son du hip-hop et du voguing. Prenant le public à témoin, nos deux ballerines expliquent l’origine de ces deux danses : si la première s’est développée dans les ghettos du Bronx au début des années 1970, la seconde a été inventée au même moment par des prisonniers gays, à qui on donnait à lire des magazines de mode et qui, sur des talons aiguilles, se hasardaient à reproduire la pose mannequin des défilés de mode. Cest à cette fameuse danse, popularisée une génération plus tard par le planétaire Vogue de Madonna, que nos deux danseuses classique, en short et en basket, rendent justice ce soir.

 
En cas de blizzard, comme hier, repli stratégique dans la bibliothèque de l'Opéra, où nos deux danseuses, prêtes à se lancer dans une scène de krump (une variante du hip-hop), sont accueillies par votre serviteur krumponné à sa rampe...


Mais sil y en a un qui me harponne le regard, cest bien Jean-Baptiste Chavignier, merveilleux éphèbe, s’il en est, du corps de ballet, qui rend hommage ce soir à une chorégraphie dAlain Buffard, Good boy (1998), qui n’est pas sans mévoquer Matthew Modine dans Birdy. Je ne sais pas pourquoi, j’y vois les ailes ou les rêves brisés d’un pathétique volatile englué dans son situs.


samedi 19 septembre 2015

Bonjour tristesse


L’an dernier, en traversant l’Aveyron, nos pas nous avaient conduits jusqu’à Espalion, charmante petite ville située sur les bords du Lot, au carrefour des routes gourmandes de l’Aubrac et des chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Nous avions alors remarqué Le Méjane, le seul restaurant vraiment intéressant du coin, mais l’on s’était fait refouler parce qu’il était complet… Ça nous avait un peu frustrés, mais on avait trouvé une parade en allant faire bombance sur un banc au bord de l’eau, après nous être ravitaillés en poitrine farcie et en Cantal jeune chez le boucher et fromager du coin. Cette année, pas question de renouveler cette mauvaise expérience. J’appelle 48h00 plus tôt et je réserve une table à mon nom… On est accueilli chaleureusement et énergiquement par Régine, la femme de Philippe Caralp, chef du Méjane depuis 35 ans…

– Bonjour Madame, nous avons réservé une table au nom de Rameau.
– Entrez Messieurs, soyez les bienvenus. Malheureusement, je ne peux que vous proposer cette table-là… ou bien celle-ci, dans le coin. Les autres tables sont réservées et j’attends quelqu’un d’important, vous allez comprendre…
– Parfait, la table dans le coin fera l’affaire…

On prend place. La décoration du restaurant est plutôt feutrée et vintage. Pour un peu, on se croirait dans un cabinet d’avocats des années 1990 : papier peint vieux rose, boiseries chêne-or, listels noirs, miroirs teintés. Les voisins parlent tout bas, seul le cliquetis des couverts couvrent le bruit des conversations. Quand soudain Pierre me donne un coup de pied : regarde qui arrive ! Je me tourne : c’est Giscard, avec l’indéfectible Anne-Aymone, cheveux courts et blancs, méconnaissable pour le coup,  en polaire et chaussures de randonnée. Le couple présidentiel sera servi avec une plus grande célérité que nous autres bouseux, mais nous ne sommes pas pressés et cela nous amuse un peu…

Au menu du jour, un sablé à l’olive, avec thon tout juste saisi et oignons doux des Cévennes à l’anchois qui a les faveurs de ma moitié. J’opte pour la tartine fondante d’aubergine, avec chèvre frais de La Vigne, olives, poivrons doux et artichauts violets, après avoir repoussé dédaigneusement la terrine de foie gras de canard, n’étant fidèle qu’à celui du « gros Marcel » que me prépare langoureusement Agnès chaque été … Ces deux entrées séduisent tout de suite nos papilles, même si, au niveau du dressage, on ne peut que déplorer cette fâcheuse – et si commune – tendance à l’« éjaculation » comme je l’appelle… ne trouvez-vous pas cet éparpillement de sauces sur l’assiette un peu ridicule ?

On enchaîne avec une noix de veau de l’Aveyron servie rosée, accompagnée d’une fine pascade (sorte d’omelette aux herbes roulée), d’une purée de courge et d’un jus d’arabica. La mise en scène est là encore un peu prétentieuse je trouve, et après les vagues « éjaculations » de l’entrée, je suis un peu consterné par l’espèce de « bave » qui recouvre mes quenelles de butternut. Première fausse note : la viande n’est pas assez chaude et la purée est tiède… Pas étonnant, me dis-je, avec tout le temps qu’ils doivent prendre pour confectionner cette miniature… Le résultat est un peu décevant : c’est bon, mais ce ne casse vraiment pas trois pâtes à un canard et je me suis davantage régalé le midi avec mon filet de bœuf froid servi plus généreusement ! En deux temps et trois mouvements, le plat est liquidé…

Les fromages ne relèvent pas le niveau : ils sont servis chichement, ce qui fait vraiment très mauvaise impression, surtout dans cette région, où ils sont si abondants et si peu onéreux ! Passe encore si on était à Paris, où le Cantal s’arrache à 30 euros le kilo… Mais en Auvergne où il culmine à peine à 9, il ne faut pas pousser mémé dans les orties !

Le dessert – un baba au rhum – aurait été vraiment parfait s’il n’avait pas été accompagné d’un désastreux sorbet au chocolat tout pailleté et dénué de goût. Unique en son genre, ce « baba » était farci d’une délicieuse crème pâtissière, caramélisé au chalumeau et arrosé d’un rhum savoureux qui entrait parfaitement en résonance avec les oranges et la feuille de menthe. Ma moitié a eu encore moins de chance que moi avec ses poires de pruines servies sur une gaufre toute froide et sans intérêt. « Je dois être un paysan, me dit-il en guise de conclusion, mais je me régale plus avec nos pâtés et nos coulis de fruits... » J’acquiesce, un peu navré de l’avoir trainé jusqu’ici. Et c’est ainsi que nous partons, non sans lâcher, comme le maître des lieux, un anthologique « au revoir », mais sans le trémolo dans la gorge…