lundi 30 septembre 2013

Alessandro, je t’ai dans la peau...

George Petrou était de passage cette semaine à Paris pour diriger un des opéras les plus injustement oubliés de Haendel : Alessandro. L’œuvre, qui a été composée dans la foulée de Giulio Cesare (1724) et Rodelinda (1725), est un petit bijou musical qui n’a pourtant guère eu les faveurs ni de la scène ni de l’édition discographique. Elle n’a, en tout et pour tout, été enregistrée qu’à quatre reprises, la dernière fois en 2012, sous la direction du jeune chef grec, à la tête de l’ensemble Armonia Atenea. Ce disque a reçu de nombreuses distinctions, dont celle de l’« Opera recording of the year 2012 », décerné par l’International Opera Awards. Cette dernière récompense leur vaut aujourd’hui d’être en tournée un peu partout en Europe : Bucarest et Amsterdam hier, Paris aujourd’hui, demain Vienne et Bruxelles.

Si la musique de cet opéra est en tout point superbe, on ne peut guère en dire autant du livret qui est, lui, d’une grande platitude. Les historiens d’Alexandre (je pense à Pierre Briant) en seront pour leurs frais : le livret que Rolli a fourni à Haendel n’exploite guère la légende alexandrine, il se limite à une banale intrigue amoureuse, sans grand ressort dramatique. À peine Alexandre vient-il de conquérir les Indes qu’il subit déjà l’assaut de deux soupirantes qui, pendant plus de trois heures, vont se crêper le chignon dès que l’une aura pris une certaine avance sur l’autre. Les caractères des personnages ne sont pas très fouillés : on passe du ravissement à la jalousie, de la colère au désespoir amoureux. Hélène et les garçons, en comparaison, fait figure de haute psychologie pour esprits raffinés. Mais on ne peut guère lancer la pierre au librettiste : il n’a fait que se plier à la demande de Haendel qui, avec cette œuvre, entendait célébrer l’arrivée de la chanteuse Faustina Bordoni, qui n’allait pas tarder à intégrer l’écurie du King’s Theater, aux côtés du célèbre castrat Senesino et de la prima donna Francesca Cuzzoni. Les considérations d’ordre purement dramatique devaient céder le pas à cette unique exigence : mettre en valeur les voix de ces trois grandes vedettes du chant.

La position de Haendel était toutefois assez délicate. Pour ne pas contrarier ses deux chanteuses, il a veillé à ce que la balance ne penche pas plus en faveur de l’une que de l’autre et a composé à cette fin un opéra qui comporte exactement le même nombre d’airs et d’ariosos pour chacune d’entre elles. Seul le chanteur Senesino, qui héritait du rôle-titre, conservait la supériorité sur les deux Rival Queens, avec un air de plus. On a du mal à s’imaginer ce qu’a pu être cette première d’Alessandro, mais finalement c’est comme si, de nos jours, un chef d’orchestre parvenait à associer Kaufmann, Netrebko et Bartoli dans une même production… Le public en serait fou ! Et l’on se doute que, pour monter de nos jours cet opéra, conçu avant tout pour mettre en relief le talent des deux plus grandes prime donne de l’époque, il est requis de faire appel également à deux chanteuses de haute futaie, bien rompues aux subtilités du répertoire haendelien. Dans son enregistrement paru l’an dernier, Petrou était arrivé à équilibrer la distribution, en offrant le rôle de Lisaura à Karina Gauvin et celui de Rossana à Julia Lezhneva, deux chanteuses qui ont eu à de multiples reprises l’occasion d’affuter leurs armes chez Haendel. De quoi allait-il en retourner ce lundi, sachant que Karina Gauvin serait remplacée par Laura Aikin ? Tel était le grand mystère qui régnait dans les rangs, à quelques minutes de l’entrée des artistes…

Il n’y eut toutefois aucun suspens, puisque la soprano russe n’a fait qu’une bouchée de sa rivale américaine, créant un climat de terreur sur la scène de Pleyel, au milieu de laquelle régnait comme un parfum de guerre froide ! Je dois avouer, moi qui n’ai jamais été un grand thuriféraire de Lezhneva, que la soprano a chanté ce soir-là avec un grand aplomb et qu’elle a remarquablement surmonté les difficultés de tout ordre que Haendel a joyeusement parsemées dans son opéra. D’habitude, quand je l’entends chanter, j’ai plutôt tendance à faire comme la tortue : « je m’appile et me recueille en ma coque », pour plagier Montaigne! Cette fois, il en est allé tout autrement, et loin de se rétracter, mon corps s’est montré d’emblée plus réceptif. Je dois reconnaître qu’avec son premier air, Lusinghe più care, la petite matriochka m’a plutôt attendri, et ce malgré lextrême laideur de son timbre… Force, en effet, est de constater que Lezhneva a fait de grands progrès, pas seulement dans le chant qui est techniquement irréprochable, mais aussi dans sa façon d’investir la scène : elle n’est plus enchaînée à ses partitions et réussit l’exploit, tout au long de la soirée, de se détacher de son pupitre. Mieux, à produire des gestes, esquisser des grimaces, qui traduisent un certain degré d’engagement dans le drame. C’est surtout dans les morceaux de bravoure qu’elle exhibe de façon éclatante sa très grande agilité vocale, comme dans le Brilla nell’alma du dernier acte, où le trille est parfait. Le public reste bouche bée ! C’est solide, c’est carré, il y a, pourrait-on dire, comme un côté char russe de l’armée rouge chez Lezhneva qui doit certainement rassurer les chefs pour qu’ils fassent à ce point autant appel à elle ! Mais face à la précision sidérante de sa rivale, Laura Aikin a eu plus de mal à lutter, surtout dans les airs à vocalises rapides, qui la mettaient en difficulté : on est ainsi passé à deux doigts de la catastrophe avec le deuxième air du premier acte, Non più soffrir, non voglio. Dans les airs plus éplorés, en revanche, la soprano a su tirer son épingle du jeu, comme dans le Che tiranna d’amor, qui peut passer pour une préfiguration du Scherza infida d’Ariodante.

Avec ses aigus lumineux et un art consommé de l’ornementation, c’est finalement Max-Emmanuel Cencic qui devait avoir le dernier mot. Le mezzo fut, à n’en pas douter, le vrai héros de la soirée, dans ce rôle très flatteur qui, de toute évidence, lui va comme un gant. Tout sourire, il a chanté comme un prince, avec une classe pas possible. Se tenant constamment au-dessus de la mêlée, loin des pleurnicheries des deux fillettes, il a incarné un Alessandro de haut vol, plein d’allant et de galbe. Sans compter que, dans son plus beau smoking noir, avec chemise blanche et nœud papillon, il avait vraiment ce soir-là des airs d’Actors Studio. Une fois de plus, Cencic montre qu’il est vraiment à sa place ici chez Haendel : sa prestation dans Alessandro est aussi éblouissante que dans Faramondo. Notons que, dans sa grande débonnaireté, le mezzo est allé jusqu’a céder l’air final du premier acte, Da une breve riposo, à son collègue Xavier Sabata, qui s’est ainsi retrouvé à chanter trois airs, au lieu des deux que Haendel a écrits pour le rôle, ce qui n’a pas été sans susciter le bonheur de ma voisine, que j’entendais se pâmer derrière moi à chacune de ses apparitions. Qu’il s’agisse du très élégiaque Vibra, cortese amor, entonné au premier acte, ou du plus fébrile Sempre fido e disprezzato du deuxième acte, le chant de Sabata était toujours juste et profond.

Il n’y a rien à redire sur l’orchestre qui possède de magnifiques couleurs et la direction de Petrou qui anime cette œuvre avec autant de passion que de sensibilité. Même avec un effectif resserré à une petite quinzaine de musiciens, cet Alessandro produit un choc sonore dès les premières notes, saisissantes, de l’ouverture – une des plus belles que Haendel ait jamais écrite. Mention spéciale pour le théorbe de Theodoros Kitsos dont la présence dans le continuo est plus qu’enivrante : entêtante. Mais il demeure aberrant de continuer à donner cette œuvre à Pleyel : une amie, placée dans les derniers rangs de lorchestre, n’entendait rien. De même, il est dommage que, pour satisfaire au confort du public soucieux de ne pas rater le dernier métro, de nombreux passages aient été mutilés, je pense au Sì, m’è caro imitar quel bel fiore de Lisaura, au Tempesta e calma de Rossana, au Pupille amate d’Alessandro, etc., ainsi qu’aux deux derniers duos du troisième acte : il devient dès lors impossible de comprendre pourquoi les deux croqueuses de contre-ténor se rabibochent à la fin de l’opéra. Gageons alors que cet Alessandro rencontrera son public et qu’il sera à l’avenir brillamment défendu par deux prime donne d’au moins égale valeur.

dimanche 22 septembre 2013

À vos agendas !

Pour donner un petit avant-goût des critiques musicales qu’on lira bientôt sur ce blog, je publie aujourd’hui une sélection des spectacles les plus excitants que j’ai prévu d’aller voir et que je présente ici par ordre chronologique.


1. Le Nozze di Figaro. Mozart. Paris, Salle Pleyel. 
11 octobre 2013

Alors que de nombreux théâtres parisiens déploient leur tapis rouge pour tant de mauvais chefs, René Jacobs, qui est pourtant le meilleur d’entre eux, n’a droit, depuis des années, qu’à un misérable strapontin dans la capitale : cela doit bien faire dix ans (depuis Opera seria de Gassmann, si je ne me trompe) qu’il n’a pas dirigé à Paris un opéra avec mise en scène. Voilà pourquoi on se réjouit de chacune de ses apparitions, y compris quand il s’agit d’un opéra de Mozart qu’il a déjà exploré et qu’il présentera en version concert. Il revient cette année avec un autre orchestre et une distribution entièrement renouvelée. C’est le Freiburger Barockorchester, fidèle compagnon de route, qui succédera cette année au Concerto Köln, et l’on verra si le trio Spagnoli/Joshua/Karthaüser tient toutes ses promesses. Quoi qu’il arrive, il sera en tout cas intéressant de comparer les différences d’approche entre les deux formations et de vérifier si la vision du chef a évolué tout au long de ces dix dernières années.


2. Pantagruel. Benjamin Lazar. Paris, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet. 
8 novembre 2013

Ne jamais manquer un rendez-vous avec Benjamin Lazar. À l’occasion de ce spectacle présenté la saison dernière à Quimper et repris cette année à Paris, notre metteur en scène préféré retrouve le comédien Olivier Martin-Salvan, qui fut l’inoubliable Monsieur Jourdain de son Bourgeois gentilhomme baroque, créé en 2004 à la Comédie-Française. Ensemble, ils ressuscitent la langue charnelle de Rabelais et font revivre, par le rire et en musique, un des chefs-d’œuvre de notre patrimoine littéraire, en convoquant sur scène toute une galerie de personnages farcesques et burlesques : le géant Gargantua, goinfre rigolard enclin à la paresse, son fils Pantagruel, admiré pour sa grande érudition, sans oublier son fidèle Panurge, ainsi que toute une cohorte de créatures bouffonnes et fantastiques. C’est le compositeur David Colosio qui mettra en musique le texte de Rabelais. On s’attend donc à être, comme le disait Montaigne de la poésie, « transpercé et transporté ».

3. Caffarelli. Franco Fagioli. Paris, Salle Gaveau. 
25 novembre 2013

Ce concert risque bien d’être l’événement de la rentrée 2013. Après nous avoir foudroyés l’an dernier dans l’Artaserse de Vinci, le contre-ténor Franco Fagioli est de retour à Paris cette saison pour un récital entièrement dédié au grand castrat napolitain Caffarelli, le rival de Farinelli, dont il vient d’exhumer dans un disque récent un répertoire d’une richesse incroyable. Les airs de bravoure à la Vinci (In braccio a mille furie), avec leurs plus prodigieuses vocalises, côtoieront les airs plus élégiaques, au lyrisme irrésistible, tel le poignant Cara ti lascio du compositeur inconnu Gennaro Manna. Le chanteur sera accompagné par Riccardo Minasi à la tête d’Il Pomo d’oro, un ensemble plein de panache et de verve.


4. La Vienne classique. Cecilia Bartoli. Paris, Salle Pleyel.
26 novembre 2013

Sous aucun prétexte, on ne saurait louper le récital annuel de Cecilia Bartoli à Paris. Cette année, la mezzo revient à ses premières amours et remet à l’honneur la musique de Mozart et Haydn qu’elle avait si brillamment interprétée par le passé. Du premier, elle chantera surtout quelques airs de concert, ainsi que l’Exultate jubilate ; du second, des airs de l’opéra Orfeo ed Euridice, dont le sublime Al tuo seno fortunato, qui me plonge à chaque fois dans des états de transe pas possibles, sans oublier la très dramatique cantate Berenice che fai qui a servi de modèle à Beethoven pour sa scène Ah ! perfido, un air que Cecilia Bartoli interprétera également ce soir-là. Quelques arias de Gluck ne sont pas non plus à exclure dans ce programme qui, depuis l’été dernier, subit d’incessants changements. Quoi qu’il en soit, il faudra s’attendre, comme à chaque fois, à une soirée inoubliable et riche en émotions.


5. La Calisto. Francesco Cavalli. Munich, Bayerische Staatsoper.
19 janvier 2014 

La Calisto est le chef-d’œuvre de Cavalli, comme Giulio Cesare est celui de Haendel. C’est vraiment l’un des plus beaux opéras vénitiens, à la fois un des plus drôles et des plus cruels aussi. Grâces soient rendues à René Jacobs pour avoir dépoussiéré ces partitions et offert au public une version rajeunie dans un enregistrement qui a fait date. Voir La Calisto est toujours une fête et l’on se souvient avoir fait des centaines, parfois des milliers de kilomètres pour voir cet opéra qui, de façon anecdotique, peut passer pour le premier opéra lesbien ! Cette année, La Calisto sera présentée à Munich, dans la production de Bolton et Steinberg qui date de 2006. Mais si nous allons en Bavière, c’est moins parce que nous avons décidé de faire des infidélités à René Jacobs, que pour découvrir le casting éblouissant associé à cette production : Danielle de Niese chantera le rôle-titre, aux côtés de Karina Gauvin et Anna Bonitatibus, qui seront respectivement Junon et Diane. Côté hommes, on ne sera pas non plus en reste, avec Mathias Vidal en Pan, Emiliano Gonzalez-Toro en Linfea et Andrew Foster-Williams en Mercure. Si Luca Tittoto en Giove que nous ne connaissons pas est à la mesure des trois autres, ce sera alors un vrai festival de voix en perspective !


6. Diva. Sonia Yoncheva. Paris, Salle Pleyel. 
28 janvier 2014

On ne parle plus que d’elle en ce moment. Elle triomphe sur toutes les scènes internationales. Hier dans Les Contes d’Hoffmann, aujourd’hui dans Lucia di Lamermoor. En janvier prochain, elle sera de nouveau à Paris, dans un récital Haendel, pour interpréter les airs des différentes héroïnes haendeliennes : Cleopatra, Alcina, Agrippina ou encore Atalanta. Autant dire qu’on ne se privera pas d’aller écouter cette jeune soprano bulgare, dotée d’une voix pulpeuse, agile et puissante, qui est à l’aise dans tous les répertoires, qu’il s’agisse du baroque ou du bel canto. Elle sera accompagnée de Nathalie Stutzmann, à la tête de son ensemble Orfeo 55, qui a conçu un programme réjouissant, intitulé Diva, sorte de pendant féminin du Castrat diva dont elle nous avait régalés il y a deux ans à la Cité de la Musique.


7. Riccardo Primo. Georg-Friedrich Haendel. Karlsruhe. Staatstheater. 
26 février 2014

Après Giulio Cesare (1724) et Rodelinda (1725), Haendel est toujours en proie à une diabolique inspiration lorsqu’il s’attelle à la composition de Riccardo Primo (1727) qui est, selon moi, l’un des opéras les plus magnifiques qu’il ait jamais écrits. Alors quand c’est Franco Fagioli qui en interprète le rôle-titre, Michael Hofstetter qui prend la direction de l’orchestre et, last but not least, Benjamin Lazar qui signe et en soigne la mise en scène, on n’hésite pas une seule seconde à foncer jusqu’en Allemagne pour voir ce spectacle. Cette rencontre entre un jeune chef talentueux (voyez sa Didone abandonnata), un metteur en scène débordant d’imagination et le plus spectaculaire contre-ténor de sa génération, sera, à n’en pas douter, l’un des plus grands événements opératiques de la saison 2013-2014.


8. Elena. Francesco Cavalli. Lille, Opéra de Lille.
9 et 10 avril 2014

Toute la presse fut unanime cet été pour saluer la résurrection de cette Elena qui aura vraiment été la grande surprise du Festival d’Aix 2013. En effet, ce n’est pas tous les jours que des chefs se mettent à déterrer des partitions inconnues d’opéras vénitiens, et il faut donc saluer ici la grande audace défricheuse du jeune chef argentin Leonardo Garcia Alarcon qui, manifestement, marche avec beaucoup de sûreté et de hardiesse sur les pas de René Jacobs, notre maître à tous en ce domaine. Avec son ensemble Cappella Mediterranea, il repart en tournée pour présenter cette belle Elena, avec le même plateau. À une exception – regrettable – près : le magnifique contre-ténor Valer Barna-Sabadus, qui chantait Ménélas, ne sera cette fois plus de la partie. L’ensemble sera à Montpellier, à Versailles, à Lille – c’est dans cette dernière ville que nous avons choisi de faire escale pour deux soirs : à 33 euros le fauteuil de première catégorie, on aurait vraiment eu tort de s’en priver.


9. Otello. Rossini. Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 
17 avril 2014

Elle a du mal à le croire quand on le lui dit, mais cela fera bientôt 22 ans que Cecilia Bartoli ne s’est plus produite sur une scène d’opéra à Paris. La dernière fois, c’était dans Le Nozze di Figaro, à l’Opéra Bastille. Elle avait 25 ans. Alors quand le Théâtre des Champs-Élysées se met en quatre pour inviter la plus grande chanteuse de tous les temps, sans augmenter faramineusement le prix des places, on applaudit des deux mains. La stupenda interprétera le rôle de Desdemona, aux côtés de John Osborn, qui chantera pour sa part Otello, dans la production zurichoise signée par le tandem Leiser/Caurier. Elle sera accompagnée de Jean-Christophe Spinosi, qui n’en est pas à son premier Rossini, à la tête de l’ensemble Matheus. Une rencontre qu’on attend avec la plus insoutenable impatience.


10. Orlando. Georg-Friedrich Händel. Paris, Cité de la Musique.
19 juin 2014

Orlando est un opéra à l’intérieur duquel règne un climat musical tout à fait unique et qui comporte, outre des airs neufs pleins de fougue et de vitalité, un nombre important de récitatifs accompagnés, proche des ariosos, qui semblent à Haendel plus appropriés pour exprimer la folie et les errances du héros. C’est le grandiose Bejun Mehta qui en interprétera le rôle-titre et René Jacobs, une nouvelle fois, qui sera à la direction du jeune ensemble Baroque Orchestra B’Rock, qui s’est donné pour objectif de renouveler l’interprétation de la musique ancienne en mettant surtout l’accent sur l’expressivité. Ce spectacle qui fut créé à Bruxelles en 2012 revient à Paris en 2014 dans une distribution quasi identique, avec Kristina Hammarström en Medoro et Sunhae Im en Dorinda (seule Sophie Karthaüser sera remplacée par Lenneke Ruiten dans le rôle d’Angelica). Mais on fait ici le pari que le plaisir sera supérieur à celui de la création bruxelloise, car le public parisien n’aura cette fois plus à se coltiner la mise en scène affreuse conçue par Pierre Audi qui avait, je dois dire, un peu gâché la fête.


11. L’Italiana in Algeri. Rossini. Dortmund, Konzerthaus.
29 juin 2014 

Encore Cecilia Bartoli ! Et toujours dans un Rossini ! Avec un de ses plus fidèles compagnons de route, l’infatigable Jean-Christophe Spinosi, qui sera de nouveau à la direction de l’ensemble Matheus, lequel devrait nous offrir la première Italienne à Alger sur instruments d’époque. Il faut dire que Cecilia Bartoli a décidé, en 2014, de mettre le cap sur Rossini, en le remettant à l’honneur du festival de Salzbourg et en interprétant pas moins de trois opéras : Otello, bien sûr, qu’elle chantera à Paris et à Salzbourg, Cenerentola, qui sera représenté à Salzbourg également et, enfin, L’Italiana in Algeri, qui sera donné dans une version concert à Dortmund. Cet opéra de Rossini est un de ceux qui me mettent le plus en joie : le maître y a composé des pages d’une furieuse et redoutable allégresse. C’est une espèce de Cosi fan tutte à l’envers, où les femmes ont le beau rôle, et notamment Isabella, qui se lance à l’assaut du palais de Mustafa pour libérer son amant. C’est naturellement la délicieuse Cecilia qui chantera le rôle d’Isabella, aux côtés de son compatriote, le baryton-basse Ildebrando d’Arcangelo, qui lui apportera la réplique dans le rôle de Mustafa. Une confrontation qui s’annonce déjà hilarante…

Et vous alors, quels spectacles avez-vous prévu d’aller voir ? 

Photos : 1, 10. Marco Borggreve. 2, 7. Nathaniel Baruch. 3. Julian Laidig. 4. Georg Friedrich. 5. D.R. 6. Javier Del Real. 8. Pascal Victor. 9. Hans Jörg Michel. 11. Mary McCartney

mercredi 18 septembre 2013

Mosaïque de Cantal et de Lozère

1. Sur la route de Saint-Léger du Malzieu. 2. Saint-Beauzire. 3. Environs de Chaulhac. 4. Aurillac, Place Saint-Géraud. 5. Chaudes-Aigues, la vue depuis la place de l’église. 6. Cirque de Paladines. 7. Framboises prêtes à être cueillies. 8. Chaudes-Aigues, maison à louer. 9. Lieu dit : Le Truc de l’homme. 10. Saint-Chély d’Apcher, magasin à vendre. 11. Myrtilles (et non airelles) des bois (private joke). 12. Taureau se grattant contre un sapin. 13. Ferme de Saint-Léger du Malzieu. 14. Vache d’Aubrac. 15. Aurillac. Boucherie Victor Hugo. 16. Les mûres du jardin. 17. Grande sauterelle verte.

mardi 17 septembre 2013

Lozère gourmande

1-3. Courgette du jardin, généreusement offerte par le voisin. 4-5. Saucisse au couteau de Madame Pradal et côte de porc de Monsieur Prunière. 6. Vache dAubrac. 7-9. La blanquette de veau (ce nest pas moi qui lai faite). 10-11. En revenant du marché de Saint-Chély. 12. La tarte aux pêches jaunes et aux pêches blanches de Pierre.

jeudi 12 septembre 2013

Saint-Julien de Brioude


Ce fut une des belles surprises de l’été : la basilique Saint-Julien de Brioude, en Haute-Loire. Construite aux XIe et XIIe siècles, sur l’emplacement du tombeau présumé du saint (qui aurait subi le martyre à Brioude en 304), cette église romane est la plus grande d’Auvergne, mais pas nécessairement la plus connue ou la plus fréquentée... L’abbaye de La Chaise-Dieu, qui n’est qu’à quelques kilomètres, lui vole un peu la vedette (en raison, bien sûr, de son festival de musique ancienne). Et pourtant, Saint-Julien de Brioude est un superbe bâtiment qui mérite vraiment le détour. Tant à l’extérieur, avec son clocher et son chevet en grès rouge (imphotografiables), qu’à l’intérieur, avec sa belle polychromie de pierres grises, roses et blanches, qui s’harmonisent avec le pavement de la grande nef centrale, à base de galets noirs et blancs de l’Allier, réalisé plus tardivement, à la Renaissance. L’intérieur de l’église est très richement décoré, avec quelques fresques peintes au plafond, des chapiteaux remarquables qui mettent en scène des joueurs de flûte, des sirènes, des tritons, des griffons, bref tout un bestiaire fabuleux, sans parler du monumental maître-autel en bois doré qui date du XVIIe siècle. Mais ce qui saisit d’emblée le spectateur, ce sont les vitraux de Kim en Joong, un artiste coréen qui, peu après avoir achevé un cursus à l’école des Beaux-Arts de Séoul, est venu s’installer en Europe en 1974, où il a été... ordonné prêtre. L’idée de lui confier la réalisation des vitraux de la basilique est née en 2004, à l’occasion d’une campagne de restauration qui se limitait initialement aux vitraux de l’abside. Certains élus avaient alors remarqué que la grande nef centrale était dépourvue de vitraux significatifs. Dès lors, ils se mirent à battre le fer tant qu’il fut chaud et songèrent à transformer le bâtiment. Un appel d’offre fut donc lancé cette année-là qui recueillit 56 propositions. Kim en Joong et les Ateliers Loire en sortirent victorieux, talonnés de près par Jean-Michel Alberola, qui jouissait de son passé glorieux, avec les célèbres vitraux de la cathédrale de Nevers qu’il avait naguère réalisés. Après un chantier qui aura duré deux ans, et dont le coût s’élève à 700 000 euros, la basilique a enfin été réouverte au public en 2009.

Mais tout n’est pas fini. Et comme on peut le voir, il reste maintenant à moderniser le restaurant italien de Brioude et, tant qu’à faire aussi, son modeste café au nom vraiment très immodeste !