lundi 8 juillet 2013

Dernier jour

Coup de théâtre (j’apprends la nouvelle à la terrasse du Terra Corsa, en mangeant des raviolis au brocciu) : la dépouille du fugitif de Silvareccio a été retrouvée dans un arbre, criblée de balles, à proximité de la scène du crime. Loin de mettre un terme à l’enquête, cette découverte macabre la relance, puisque cette même zone avait été passée au peigne fin par les gendarmes pendant plusieurs heures. Et ce qui ne manquera certainement pas de faire jaser dans les chaumières de la Castagniccia, c’est que la pauvre victime avait donné l’alerte à... 5 kilomètres du lieu où s’est engagé le drame !... Comment le corps a-t-il pu alors ensuite se retrouver à cet endroit précis ? Y aurait-il alors un cinquième homme, de mèche avec le tireur, qui aurait donné l’alerte? Voilà quelques-unes des questions laissées en suspens que j’abandonne à mes amis d’enfance qui me relaient au village tout l’été... 

1. Corte, au bas de la citadelle. 2. Quelque part entre Morosaglia et Ponte Leccia 3. Musée de Corte. 4. Entre le lac de Calacuccia et le col de Vergio 5. Corte. 6. En route vers Corte : le Monte Padru. 7. Corte. 8. Corse Matin, 8 juillet 2013. 9. Provisions supplémentaires de fromage de brebis pour accompagner mes précieuses confitures de figues.

vendredi 5 juillet 2013

Chez soi

1. Ficaja, la vue derrière la place de l’église. 2. La Castagniccia et le San Pedrone dans les nuages. 3. Le figuier du jardin. 4. La confiture de figues du jardin (récolte 2012). 5. Ficaja (la vue depuis le cimetière). 6. À la croisée des chemins. 7. L’attente interminable à la plage. 8. Des conditions de travail inhumaines et dégradantes... 9. A mio casa. 10-11. La vue du balcon le lendemain matin : du San Pedrone (à gauche) au col de Prato (à droite). 12-13. L’église et le campanile baroques de La Porta. 14. De retour de la plage.

jeudi 4 juillet 2013

L’ascension du San Pedrone


De toutes les régions de la Corse, la Castagniccia est de loin la plus belle, mais c’est paradoxalement aussi la moins connue, la mieux préservée, et ce n’est certainement pas moi qui vais m’en plaindre. Je pense d’ailleurs que si mes amis d’enfance, ou même mes cousins, savaient que j’en fais ici la publicité, qui plus est à des pinzuti (terme générique pour désigner les gens du « Continent », cette entité vague qui va de l’arrière-pays niçois jusqu’aux steppes de l’Oural), ils me tueraient sans état d’âme (je me garde d’ailleurs bien de leur dire que j’ai un blog). Mais comme il est vrai aussi que « nul plaisir n’a saveur pour moi sans communication », je ne peux guère résister à la tentation de me laisser aller à parler de cette région, où enfant puis adolescent j’ai passé tous mes étés ! Et tant pis alors si des camping-cars de Hollandais débarquent l’année prochaine à La Porta… Qu’ils essaient ! Il y a peu de risque de toute façon qu’ils parviennent à franchir ces contrées, en raison des routes excessivement étroites et dangereuses, bordées de vaches et de veaux, qui ont toujours la bonne idée de se vautrer dans les tournants les plus improbables. Car s’il y a toujours en Corse des terres totalement inaccessibles, c’est bien ici, dans cette partie de l’île qui n’est peut-être pas la plus élevée ni la plus élancée, mais à coup sûr la plus boisée. Et les villages, qui concentraient autrefois une grande partie de l’activité économique, puisqu’on y cultivait les châtaignes, sont maintenant abandonnés au profit des villes… S’ils se repeuplent facticement l’été, c’est à la faveur des vacances scolaires, quand les familles se retrouvent, mais ils restent de toute façon dépourvus de structures hôtelières nécessaires pour accueillir des vacanciers en grand nombre…

J’ai un rapport charnel avec les montagnes de Castagniccia, comme Marguerite Duras avec les plages de la côte normande. Tout mon être se transforme dès que je me retrouve au milieu de ces châtaigniers centenaires, dans cet océan de verdure, que même les flammes criminelles de l’été se refusent à ronger ! Et les premières voluptés « me fripponnent aux sens », comme dirait Montaigne, lorsqu’au petit matin, j’ouvre les persiennes de ma chambre et découvre les rochers du San Pedrone qui rougeoient sous l’action des premiers rayons du soleil. Il n’est jamais plus splendide qu’à cette heure-là. Cette montagne, avec ses arrêtes bien tranchées, ses schistes lustrés, est vraiment le joyau de la Castagniccia : elle offre à son sommet un aperçu magnifique sur toute la vallée d’Ampugnani, sur toute la plaine orientale qui se déploie jusqu’à l’étang de Biguglia, tandis que par l’autre versant, on embrasse alors toute la chaîne montagneuse de la Corse alpine, du Monte Rotondo au Monte Cinto. On n’a pas idée de la pureté de l’air qui règne à ces hauteurs, des arbres odoriférants qui parfument l’atmosphère, de ces odeurs délicieuses qui vous empoignent le cœur…

Il faut généralement éviter de monter au San Pedrone quand les premiers nuages se forment car le risque est grand d’arriver au sommet de la montagne et de se retrouver dans la brume. Mais quand le ciel est sans tache, on doit alors y foncer tête baissée ! Il ne faut pas écouter les gens des villages qui vous diront que l’idéal est d’y aller au petit matin, avant que le ciel ne se couvre, car la probabilité est élevée d’y croiser des randonneurs, qui savent aussi que la vue n’est jamais plus dégagée qu’à cette heure-ci. Mais tout ça, c’est la vieille école ! Pour ma part, je préfère y aller en général le midi, quand les gens en redescendent, car la récompense finale est infiniment plus grande. On se retrouve alors tout seul, sans autre compagnie que celle des aigles, qui fendent le ciel. Et sachant qu’il faut, lorsqu’on part du col de Prato (985 m), entre trois et quatre heures pour arriver au sommet du San Pedrone (1767 m), je mets alors le turbo pour arriver à mon point d’arrivée en deux heures (c’est l’équivalent de six kilomètres à pied, pour un dénivelé de 800 mètres) et savourer alors ma victoire avec un bon casse-croûte : un sandwich au prisuttu et au fromage de brebis, et quelques pêches des vergers de la plaine.

Opération réussie cette année (alors que l’an passé j’avais dû stopper ma marche au niveau de la clairière) : pendant tout le temps que je suis resté perché là haut, à lire et lézarder au soleil, je n’ai pas croisé un seul quidam. Je m’apprêtais à rebrousser chemin quand j’ai vu surgir un couple d’Allemands qui hurlaient plus fort que tout, mais dès qu’ils m’ont vu, ils ont commencé à la mettre en sourdine. C’est que, sans ma gourde et mon parfait attirail de randonneur, je faisais très couleur locale ! J’aurais pu les intimider plus longtemps et me comporter en censeur impitoyable, comme le sacristain de la basilique d’Assise, qui répète en boucle Silenzio… silenzio, mais bon prince, j’ai préféré les laisser seuls, contempler ce spectacle plus efficace que n’importe quel shoot, et sans rien dire, je m’en suis allé sur la pointe des pieds ! Voyez donc comme je suis finalement charitable envers mes amis les pinzuti !

1. Le San Pedrone depuis Croce (photo prise la veille de mon ascension, sur le chemin de Cargèse). 2. Le San Pedrone, sans tache et sans nuage. 3. Ficaja au loin, et la plage de l’hôtel San Pellegrino encore plus au loin. 4. La route vers le col de Prato. 5. Sentiers de la Castagniccia. 6. La digitale pourpre de Corse. 7. La pinède rafraîchissante. 8. Sous bois. 9. La prairie, avant dernière étape. 10. Les rochers du San Pedrone. 11. La vue depuis le San Pedrone. 12. La croix en haut des 1767 mètres. 13. Animal de compagnie. 14. La vue depuis le San Pedrone (dos à la mer). 15. Lové dans un rocher, avec un fidèle compagnon de lecture. 16. L’heure du départ (après deux heures de lecture sans croiser un quidam). 17. Brebis corse égarée. 18. Hameau de la Castagniccia.