mardi 20 mars 2012

Le sucre du Printemps

1. L’éclair aux marrons de La Maison du Chocolat. 2. Mon opéra préféré. 3-4. Le Saint-Honoré de Jacques Genin : pâte feuilletée, chou caramélisé à la crème, crème pâtissière, crème chantilly à la vanille de Tahiti. 5-6. LInsolent Caramel de Dalloyau. 7. Mon livre préféré. 8. Le chou à la vanille de Jacques Genin. 9. Les pâtes de fruit mangue passion de Jacques Genin. 10. Le mille-feuilles à la vanille de Jacques Genin. 11. Mon autre livre préféré. 12. Les Paris-Brest de Jacques Genin. 13. La tarte au citron de Jacques Genin. 14. La tarte au citron et au basilic de Jacques Genin. 15. LÉphémère mangue passion de Jacques Genin. 16. LÉphémère au chocolat de Jacques Genin. 17. Le puits d’amour de Stohrer offert par Antoine.

vendredi 16 mars 2012

Les Liaisons dangereuses, épisode 2

Victoire! Je les ai enfin. Quelle journée! Jai cru que je ny arriverai jamais. Cétait très mal parti, ils avaient égaré mon bulletin d’abonnement, je vous passe les détails, j’ai cru mourir dix fois, mais en allant sur place, ils ont eu pitié de moi et mont finalement recasé au deuxième rang dorchestre. Tant pis alors pour mon premier rang fétiche, je crois que je survivrai à ce déracinement. Reste plus qu’à prier maintenant qu’il n’y ait pas un fou devant moi qui daube ou une folle avec un chignon qui dodeline de la tête!...

jeudi 15 mars 2012

Mars attaque

1. Paris, un quatorzième jour de mars. 2. Raviolis aux épinards importés de Milan (parce que je ne mange pas que des gâteaux). 3. Don Giovanni vu par Michael Haneke. Zerlina et Masetto paumés dans une tour de la Défense. 4. Promenade dans les bois. 5. La Descente de Croix de Rubens (détail), Marie-Madeleine aux pieds du Christ. Musée des Beaux-Arts de Valenciennes. 6. Fontaine de Watteau par Carpeaux (détail), figure de la base réalisée par Ernest Hiolle. 7. Retour sur Paris. 8. Le pourvoyeur dautographes (notez que je ne fournis pas le cadre !) © Benwa.

dimanche 11 mars 2012

Pause café à Vienne

L’an dernier, quand j’étais allé chez Sluka, en face de la Rathausplatz, je n’avais guère pu goûter au Maronibaiser, un gâteau à la crème de marrons et à la chantilly qui, à ce qu’il paraît, est l’une des gloires de la maison. Ce n’était en effet plus la saison des marrons et, pour ne pas me laisser abattre, j’avais donc commandé une Birnentorte, c’est-à-dire une tarte aux poires caramélisées, dont le goût et la fraîcheur extraordinaires m’avaient laissé rêveur au sujet du Maronibaiser. De retour à Vienne ce mois-ci pour trois jours, il n’était pas question de rater ce rendez-vous. À peine venais-je donc de me réveiller ce dimanche matin que mon premier réflexe fut de quitter mon hôtel, situé à deux pas du Volkstheater, pour foncer tout droit, dans l’adversité du froid et de la pluie, vers la Rathausplatz, à la recherche d’un de ces merveilleux Maronibaiser qui devait illuminer ma journée. Mais quelle ne fut pas ma surprise, à mon arrivée devant Sluka, de trouver portes closes ! J’avais oublié que, comme tous les dimanches matin, le salon de thé était fermé et qu’il me fallait rebrousser chemin! Et comme une malédiction n’arrive jamais seule, c’est au Café Schwarzenberg, au milieu du brouhaha et des touristes parlant anglais, que je devais finir ma course, après avoir fait un tour complet du Ring. Si ce café reste tout à fait typique de la Belle Époque, avec son joli plafond voûté et ses carreaux blancs qui ressemblent à des écailles de poisson, ce qu’on y mange, en revanche, est absolument infâme. Le pain est rassis et les gâteaux ont le même air fatigué que ceux que l’on trouve chez Aïda, sans parler du service qu’il faudrait revoir complètement et qui paraît indigne d’une maison qui se réclame pourtant de la grande tradition des Wiener Kaffeehäuser. Bref, on comprend pourquoi, avec ma moitié, je ne devais pas m’y attarder bien longtemps et pourquoi encore, les jours suivants, Sluka devait recueillir nos suffrages enthousiastes. Voilà en effet un petit salon de thé, situé dans un quartier tranquille, où le temps s’est comme arrêté et où des employées vêtues d’un tablier blanc et marchant en sandalettes, s’ingénient à vous traiter avec délicatesse. La décoration est sobre et classique, voire un peu surannée, mais non sans charme ; on se croirait dans la salle à manger d’un pensionnat religieux, avec ces dames, dans l’arrière-salle, qui astiquent la vaisselle et veillent à la disposition rigoureuse des petits fours, pendant que les clients, calés au fond d’une banquette rouge bien rembourrée, pianotent sur leur téléphone ou font tourner les pages d’un magazine. Il y règne un silence quasi monacal dont on s’accommode tout à fait pour lire le journal ou écrire des cartes postales.


On sort de Sluka en traversant le Rathauspark où  l’on retrouve quelques-uns des pigeons qui suscitaient lire de Thomas Bernhard dans Béton. Dans un autre parc, le Volksgarten, les rosiers ont été bâchés pour être préservés des injures de l’air qui pique en effet sévèrement la peau. C’est dans ce jardin que se dresse le Temple de Thésée qui est une réplique parfaite des temples grecs anciens, alors qu’à seulement quelques mètres de là, s’élève, sur la place Saint-Michel, l’une des plus audacieuses créations du grand architecte Adolph Loos : le Looshaus. On a du mal à imaginer combien ce bâtiment, qui nous semble maintenant tellement évident, a suscité vrai un tollé à l’époque où il fut construit. Sa façade austère et ses lignes pures dégagées de tout ornement n’avaient pas fait que des adeptes, surtout au milieu de cette grande place bordée par la prétentieuse façade de la Hofburg et les exubérances d’une église baroque. Mais Loos n’avait pas dit là son dernier mot et c’est en cheminant dans la ville qu’on découvre quelques-unes de ses autres réalisations : sur le Kohlmarkt, il a dessiné la vitrine de la librairie Manz et sous le Graben, les toilettes publiques. Cependant le froid qui sévit sans pitié nous oblige à abréger notre promenade et à renoncer aux églises qui ressemblent à des frigidaires. On est ainsi contraint de se réfugier là où il fait un peu meilleur, comme au premier étage du Julius Meinl, où l’on se pâme comme toujours devant les jambons, les marques de sauces tomates inédites et les magnifiques salades de la mer aux prix insolents. On n’oublie pas non plus l’enseigne polonaise Trezsniewski qui propose de délicieuses tartines aux anchois, aux poivrons et aux cornichons aigres-doux. Mais on se demande parfois si, à force de braver le froid, on ne serait pas mieux inspiré d’aller faire un tour chez H&M pour trouver une paire de gants : le magasin est splendide et lon se surprend à admirer au deuxième étage des soutiens-gorge rose fuschia suspendus dans une belle armoire en marqueterie de bois 1900. Mais on en revient toujours aux cafés. Il y a d’abord Diglas, derrière la cathédrale, où nous calons devant une tarte au citron meringuée, puis le Palmenhaus, situé à proximité de lAlbertina, où l’on s’engouffre après avoir admiré des Monet et des Seurat chavirants de beauté.

Après le Kunsthistorisches Museum, qui abrite une dizaine de Dürer, une vingtaine de Bruegel, une trentaine de Titien, après l’Österreichische Galeriedu Belvédère et ses incroyables Klimt, après l’Akademie der bildenden Künste qui conserve un superbe triptyque de Bosch à voir absolument et l’Albertina, qui consacrait cet hiver ses principales salles d’exposition à Magritte et aux impressionnistes, voilà qu’il me restait encore, parmi les incontournables musées viennois, à découvrir l’Österreichisches Museum für angewandte Kunst, c’est-à-dire le musée des arts appliqués. On l’appelle plus sobrement le MAK et ce musée, qui est situé en bordure du Ring, possède une collection unique d’objets d’arts, qui embrasse plusieurs époques – du Moyen Âge à notre ère, en passant par le baroque, le rococo, le classicisme, l’Empire – et qui se distribue sur plusieurs salles. Rien ne manque à l’appel : on découvre des verreries, des porcelaines remarquables, des panneaux marquetés, des pièces de dentelle, de la vaisselle, des éventails, des costumes anciens, des livres reliés, sans oublier, bien sûr, le mobilier. Mais le MAK est surtout le berceau des arts décoratifs et du design autrichien, qui comblera à la folie tous les amateurs du style Biedermeier, du Jugendstil et d’Art déco. Dans la salle consacrée à l’Empire, on peut ainsi découvrir une gamme très large de chaises Biedermeier, en frêne ou en noyer, avec des tissus sobres et chamarrés, alignées en rangées ou accrochées au mur comme des tableaux sur des cimaises. Par ailleurs, pour mettre en valeur dans chacune des salles les collections du musée, le MAK a fait appel à des artistes contemporains reconnus. Ainsi, Barbara Bloom, qui est une artiste américaine, à mis en scène l’histoire de la chaise viennoise, de Thonet à Loos, par un superbe jeu d’ombres chinoises qui fait tout son effet. De même, ce sont les designers viennois Gregor Eichinger et Christian Knechtl qui ont installé dans des vitrines suspendues une belle collection de verreries et disposé autour de la série des neuf fresques réalisées par Klimt pour décorer la salle à manger de l’hôtel Stoclet à Bruxelles, les magnifiques bureaux, bibliothèques et coffres-forts dessinés par Moser, Hoffmann, Mackintosh et Van den Velde. C’est un véritable enchantement et c’est tout juste si, pendant les quatre heures qu’on passe au milieu de ces merveilles, on croise une dizaine de personnes. Mais il est vrai aussi que, pendant notre séjour, la moitié de la population était barricadée chez elle, l’autre moitié dans les hôpitaux, à cause d’une violente épidémie de grippe qui allait faire, comme on n’allait pas tarder à s’en rendre compte,  une victime supplémentaire et plutôt inattendue…
 
1. Verreries de la Renaissance. 2. Chaises Biedermeier. 3. Verre Ranftbecher (1816). 4. Éventail florentin du XVe siècle. 5. Chaises. 6. Erwin Puchinger, Orpheus und Euridike, 1900 (détail). 7. Buste de Gluck.

Notez que Vienne n’est pas seulement la capitale des designers. C’est aussi, comme chacun sait, la Mecque des musiciens et des mélomanes. La musique est en effet omniprésente dans la ville. On ne compte plus les plaques en marbre, fixées sur les murs des bâtiments, qui rappellent le passage de tel ou tel compositeur. Rien que sur la Dorotheergasse, la maison de Schubert se dresse face à celle de Salieri. Et parmi tous les temples dédiés à la musique, que ce soit le Staatsoper, le Musikverein, le Koncerthaus et, bien sûr, le Theater an der Wien, on ne sait guère où donner de la tête ! Un pèlerinage à Vienne s’impose donc presque chaque année, surtout au Theater an der Wien qui est en quelque sorte l’analogon de l’Opéra Comique, c’est-à-dire un petit théâtre, aux dimensions parfaites où la musique baroque est constamment à l’honneur. En mars dernier, notre appétit avait été excité par la Rodelinda de Haendel avec Harnoncourt. Voir le maestro en action du haut de ses 82 printemps était quelque chose d’inoubliable ! Cette année, c’est pour le Telemaco de Gluck que nous avons fait le déplacement. Un opéra rarement monté, dont je ne connaissais que l’ouverture (que Gluck a réutilisée dans son opéra Armide) et le célèbre air de furie du dernier acte avec Bartoli. Bejun Mehta devait en interpréter le rôle-titre, mais victime à son tour de la grippe, il fut remplacé au pied levé par le contre-ténor David DQ Lee qui, avec beaucoup de mérite et de courage, a accepté de réapprendre le rôle en quelques heures (il lavait chanté lan dernier au festival de Schwetzingen). La pression était telle que, installé dans la fosse d’orchestre juste en face de Jacobs, il restait les yeux fixés sur le chef, qui tâchait de l’encourager, et sur ses partitions, qu’il continuait d’annoter au stylo bic. Mais dès son premier air, entonné avec plein de sensibilité et d’intelligence rhétorique, il fut tout de suite applaudi ! Quand il ne chantait pas, il restait concentré comme un athlète qui sait qu’il va devoir enchaîner encore de redoutables sauts d’obstacles. Rendons-lui une fière chandelle car, malgré ce qu’a toujours de ridicule une doublure sur scène, c’est grâce à lui que le spectacle a pu être sauvé.


Et l’an prochain, alors me direz-vous ? Je suis déjà en train de potasser, mais il est plus que probable que nous revenions en janvier 2013 pour Cecilia Bartoli qui a prévu de faire son retour sur la scène du théâtre avec Le Comte Ory de Rossini! Pas question de louper un tel événement ! Mais nous éprouvons aussi des démangeaisons d’achat pour le Radamisto de Haendel, qui sera donné à la fin de l’année, toujours avec Jacobs ! On le voit, cette ville nous donne le tournis, en nous plaçant devant des choix dilemmatiques. Il faut dire que le voyage à Vienne est devenu une étape quasi obligée depuis que nous subissons la tyrannie des directeurs de théâtres parisiens, qui s’obstinent à programmer des spectacles dont personne ne veut. Tout se passe comme si, en effet, les Michel Franck et compagnie n’avaient jamais entendu parler de René Jacobs qui, saison après saison, reste à Paris persona non grata, alors que c’est clairement l’un des meilleurs chefs au monde. Il fallait le voir, dès l’ouverture de Telemaco, diriger l’Akademie fur alte Musik, c’était comme toujours précis, brillant, inventif, plein de relief, plein de passion, en un mot brûlant !


Enfin, on ne peut guère terminer ce post sans consacrer quelques lignes à la gastronomie autrichienne. Je ne parlerai pas cette fois de l’incontournable wiener schnitzel, au sujet de laquelle il existe déjà une littérature bien abondante, mais du Tafelspitz mit seinen klassischen beilagen que j’avais découvert l’an dernier, c’est-à-dire de l’équivalent de notre pot-au-feu : une généreuse pièce de bœuf bouilli, accompagné de quelques légumes et d’un gratin de pommes de terres. Je m’étais vraiment régalé et j’avais béni le lecteur qui m’en avait révélé l’existence. J’ai découvert cette année que le Tafelspitz était le plat préféré de Joseph II. Probablement ai-je dû être empereur dans une vie antérieure, car je n’ai eu de cesse, pendant ces trois jours, de faire comme Joseph II, de courir après le meilleur Tafelsptiz de Vienne. J’estime  avoir été très vite récompensé de mes efforts en tombant devant l’enseigne d’un restaurant merveilleux, Plachutta, qui offre en effet l’un des meilleurs Tafelspitz de Vienne. Ce restaurant a ceci de fameux qu’on peut choisir le morceau du bœuf qu’on préfère et de commander, selon ses envies, un Tafelstuck, un Kruspelspitz, un Kavalierspitz, un Fledermaus, un Lungenbraten, etc, qui correspondent, comme on s’en doute, à chacune des parties de l’animal. Comme ce restaurant est toujours plein à craquer, il est bien sûr conseillé de réserver, faute de quoi, vous vous ferez inévitablement chasser comme un gueux. Mais une fois cette formalité remplie et les portes de cette vénérable institution dépassées, le spectacle peut alors commencer. Le service est en effet administré avec grand art. Votre Tafelspitz commandé, les serveurs commencent à s’activer et préparent votre table avec un sens inouï du théâtre. Deux belles casseroles cuivrées font tout d’abord leur apparition : l’une contient un beau bouillon de légumes encore fumant, l’autre des pommes de terres sautées, parsemées de quelques brins de ciboulette, qui sont posées sur des plaques chauffantes. Arrivent ensuite toute la panoplie des garnitures, un petit plat d’épinards et deux superbes saucières en inox : la première contient une sorte de sauce béarnaise, la seconde une compote de pommes maison mélangée à du raifort. On vous apporte également moult petits pains frais noirs et briochés et du beurre posé sur des glaçons pour éviter qu’il ne fonde. Pour accompagner ce plat, on choisira également un délicieux verre de Grüner Veltliner, ce qui prouvera à mes lecteurs inquiets que je ne me contente pas de la Quezac. Puis, lorsque tout est enfin prêt, un garçon de café fait son entrée, muni de sa plus belle louche, pour vous verser le bouillon dans une tasse avec des pâtes avant den extraire la superbe pièce de bœuf qui fera ensuite vos délices : la viande est tendre, elle fond comme du beurre. Le résultat est implacable : ce Tafelspitz chasse définitivement celui qu’on avait mangé la veille au GmoaKeller. Puis, quand vous croyez être venu à bout de cette superbe pièce de bœuf qui doit frôler les 300 grammes, qu’elle n’est pas votre surprise de découvrir au fond du bouillon une autre pièce de bœuf ! Faites attention avant d’aller plus loin dans cette direction car les desserts sont alléchants, à limage de ce fromage blanc aux abricots servi sur un coulis de fruits rouges. Réfléchissez donc bien avant de reprendre un Tafelspitz car, si vous cédez, vous ne pourrez plus participer à la ronde les desserts, ce qui est tout de même gênant au pays de la valse !