Pour célébrer l’anniversaire de la
naissance de Haendel, qui est un né un 23 février, et pour répondre aussi aux
demandes pressantes de mes lecteurs et lectrices, je vais donc reprendre, en
l’étoffant et en l’actualisant, un article que j’avais publié il y a deux ans
sur l’état de la discographie haendelienne. Il est vrai qu’entre-temps, le
paysage discographique s’est fortement enrichi, comme pourra le prouver ma
haendelothèque, qui est passée de 3 à 4 mètres linéaires. Des œuvres qui étaient totalement
épuisées, je pense au Scipione de
Christophe Rousset, ont été rééditées. Des projets de CD qu’on croyait
définitivement enterrés, comme l’Agrippina
de René Jacobs, ont soudain vu le jour, après une nouvelle reprise à Berlin. Des
œuvres dont on n’avait jamais entendu parler, comme Germanico, ont même refait surface, grâce aux talents défricheurs de
certains musicologues, qui n’ont pas hésité à en attribuer la paternité au compositeur, non sans s’attirer au passage les foudres des haendeliens patentés, qui ont exprimé leurs plus vives réserves à l’égard de ce qu’ils ont appelé une énorme supercherie. Bref, on le voit, il s’est passé de grandes choses, dont
on tâchera de rendre compte dans les quelques lignes qui suivent.
De la part d’un artiste comme
Haendel, on ne s’attendait pas à moins. Auteur de plus de quarante opéras,
d’une trentaine d’oratorios, sans oublier toutes les cantates italiennes, concerti
grossi, suites pour
clavecin et autres concertos pour orgue, Haendel est en effet un compositeur
extraordinairement fécond, dont l’immense production, si elle force mon
admiration, peut aussi effrayer le simple curieux. Par où en effet commencer ?
Comment distinguer le bon grain de l’ivraie ? Il est vrai que la pléthore
d’enregistrements ne facilite vraiment pas les choses et, qu’à la différence
d’un Cavalli, dont l’essentiel reste encore à découvrir, Haendel est
le compositeur baroque (avec Bach) le plus exploré, mais aussi le plus mal servi. Dans cet
univers, le pire côtoie souvent le meilleur, et il faut donc faire très
attention. Ce n’est pas toujours aisé car de grands noms peuvent faire illusion.
On peut ainsi être attiré par une distribution alléchante qui masquera une
direction affligeante, comme souvent chez Curtis ; on peut être tenté de
redécouvrir une œuvre qu’on possède déjà avec de bons interprètes et se
rendre compte, après coup, que les espoirs qu’on a formés étaient totalement inconsidérés
et qu’il aurait mieux valu s’abstenir.
À la différence de ce qu’on voit en magasin, la présentation
des œuvres de Haendel suivra ici l’ordre chronologique. En effet, si l’on
devait adopter l’ordre alphabétique, on serait amené
à décrire des œuvres, comme Agrippina (1710) et Athalia (1733),
que tout sépare : pas seulement le genre, mais l’écriture, l’année et le
lieu de création ! La présentation suivra donc la vie de Haendel et sera
ainsi, espère-t-on, plus vivante. Commençons donc par le commencement,
en évoquant Almira car c’est avec cette œuvre que la carrière opératique de
Haendel débute. Notre musicien n’a pas encore fêté ses 20 ans quand il présente
son premier opéra sur la scène du Theater am Gänsemarkt de Hambourg. Il faut
croire que cette œuvre de jeunesse ne passionne pas beaucoup les chefs, à
l’exception d’Andrew Lawrence-King qui est le seul à en avoir proposé en 1996
un enregistrement. Le résultat n’est d’ailleurs pas très brillant. Plusieurs
raisons à ce désintérêt manifeste, l’œuvre est assez faible d’un point de vue
musical et l’écriture de Haendel ressemble parfois à s’y méprendre à celle de
Keiser, qui régnait alors en maître sur la scène hambourgeoise. Il faut donc
attendre 1707 pour voir le style haendelien se fixer une bonne fois pour toutes
avec Rodrigo (Florence 1707). Deux enregistrements sont
disponibles, celui d’Alan Curtis, paru en 1999 chez Virgin, et celui du chef
espagnol Lopèz Banzo. Bien que la version de Curtis possède un avantage vocal
supérieur, avec Gloria Banditelli dans le rôle-titre et Sandrine Piau dans celui
d’Esilena (à la place de Maria Bayo, à contre emploi, comme on l’avait déjà relevé
dans le compte rendu du concert que nous en avions fait, pour la création
parisienne de Rodrigo), on ne
conseillera ni l’une ni l’autre de ces versions. Nombre de pages rédigées dans
cet opéra trouveront une nouvelle expression dans des œuvres ultérieures, à
commencer par Il Trionfo del tempo e del disinganno (Rome, 1708)
qui n’est pas un opéra à proprement parler, mais un oratorio profane, avec des
allégories qui font office de personnages : la Beauté et le Plaisir qui
s’opposent au Temps et à la
Désillusion. La meilleure interprétation reste
incontestablement celle de Minkowski, avec ses Musiciens du Louvre, tandis que
Rinaldo Alessandrini, qui a gravé cette œuvre en 2001, ne paraît pas avoir eu
beaucoup d’idées musicales dans sa direction qui est somme toute assez plate. À
noter toutefois que dans ce dernier opus, Sara Mingardo campe une très
poignante Désillusion. Autres œuvres à reprendre des motifs contenus en germe
dans Rodrigo, La
Resurrezione (Rome, 1708), autre oratorio profane
composé pendant la période romaine de l’artiste. Ici encore il faut privilégier
la version de Minkowski qui a réussi à renvoyer dans les oubliettes l’ancienne
version de Ton Koopman que je possédais et que je n’écoutais jamais.
En 1708,
Haendel voyage beaucoup en Italie, et il est invité à la cour de Naples où il
donne Aci, Galatea e Polifemo, une sérénade. La version
d’Emmanuelle Haym est la seule qui tient la route vocalement : on y
retrouve Sara Mingardo, à côté de Natalie Dessay et Laurent Naouri, mais on
attend avec impatience l’enregistrement de René Jacobs après l’avoir entendu
diriger cette œuvre à Berlin l’hiver dernier. Après son séjour à Naples,
Haendel se retrouve à Venise en 1709 où il donne son premier – et dernier –
opéra vénitien : Agrippina. Il était donc naturel que
René Jacobs, maître incontesté de l’opéra vénitien, s’empare de ces partitions
et y propose sa lecture. Si une première approche avait été tentée en mai 2000,
date à laquelle l’opéra fut présenté pour la première fois sur la scène du
Théâtre des Champs-Élysées, il aura fallu attendre plus dix ans pour voir cet
enregistrement aboutir. Entre temps, le chef a eu l’occasion de remettre son
ouvrage sur le métier, d’abord à Bruxelles en juin 2003, puis à Berlin en
février 2010. Et c’est à l’issue de cette dernière production que Harmonia Mundi,
qui avait déjà fait paraître en 1992 une bien terne Agrippina, sous la direction de McGegan, s’est laissé convaincre du bien-fondé d’un nouvel enregistrement. Il
faut dire que tout le génie de Jacobs éclate dans cette version. Le chef a
réuni pour l’occasion un orchestre totalement époustouflant de précision, de virtuosité,
l’Akademie für alte Musik de Berlin, et a su galvaniser ses interprètes qui
donnent ici le meilleur d’eux-mêmes : je pense à Alexandrina Pendatchanska,
tout feu tout flammes, à Sunhae Im, irrésistible et cabotine, sans oublier le
contre-ténor Bejun Mehta, à la voix si troublante. Les airs sont ciselés comme
des pièces d’orfèvrerie, avec une attention pour chaque détail sonore et les trilles de
l’orchestre sont un régal. Incontestablement, nous sommes là en présence d’un
véritable chef-d’œuvre d’interprétation et d’exécution, comme l’a bien relevé
l’auteur du blog Il tenero momento, auquel
je renvoie pour plus de détails, et qui fait de cette Agrippina une référence maintenant incontournable. La version de
Jacobs est d’ailleurs une telle merveille à tous points de vue qu’elle éclipse
toutes les autres versions disponibles sur le marché, que ce soit celle de Gardiner,
glaciale et sans âme, ou celle de McGegan, qui pourra néanmoins contenter les
groupies de Drew Minter dont je fais partie. À une date indéterminée de son
séjour en Italie, Haendel aurait composé également Germanico, une sérénade à 6 voix. C’est grâce au musicologue Ottaviano
Tenerani, qui a découvert dans une bibliothèque florentine le manuscrit de cet
ouvrage, que l’œuvre a pu être enregistrée pour la première fois en 2010. Les
filigranes du papier à musique nous renseignent sur le lieu (Venise) et la date
(entre 1706 et 1709) et l’on peut lire sur la partition la mention « Del Sigr Hendl ».
Mais d’après Ivan Alexandre, il s’agit d’une “grossière supercherie” et, selon Carlo Vitali, d’un “habile coup de marketing”. En effet, les papiers à musique voyagent et la mention du nom de Haendel sur la copie du manuscrit ne prouve rien : après tout le copiste a pu se tromper! Les spécialistes penchent donc plutôt pour Bononcini ou Ariosti. Toujours est-il que l’œuvre est magnifiquement exécutée, superbement chantée
(Sara Mingardo, Franco Fagioli), mais que les airs, il est certain, sonnent très peu Haendel,
mis à part quelques arias (le très beau Acceso
dal lampo). Haendel ou pas, la musique est superbe et la direction de l’orchestre
Il Rossignolo est d’un raffinement extrême. Un très beau disque en somme qui
mérite assurément d’être découvert. Après
cela, la parenthèse italienne se referme et Rinaldo, représenté à
Londres en 1711, marque une nouvelle étape dans la carrière de Haendel, puisque
c’est le premier opéra en langue italienne donné dans la capitale anglaise (qui
n’avait connu jusqu’alors que pastiches et adaptations) et donc aussi le
premier opéra londonien de l’artiste dans lequel il introduit des instruments
qui n’avaient jusqu’à présent pas droit de cité, comme le cor. On peut relever
ici deux versions, tout d’abord celle de Christopher Hogwood (1999), puis celle
de René Jacobs (2003). Si la première présente le très grand intérêt d’associer
Cecilia Bartoli, qui y déploie les mille facettes de son talent dans le rôle
d’Almirena, on lui préfèrera néanmoins la seconde, avec Vivica Genaux dans le
rôle-titre, et René Jacobs à la tête du Freiburger Barockorchester. Là encore,
le chef renouvelle en profondeur la vision qu’on pouvait avoir de cette œuvre.
Il faut dire que Rinaldo est un opéra féerique, qui comporte de
nombreuses scènes de tonnerre et d’éclairs, d’illuminations et de feux
d’artifices, où l’orchestre de Jacobs produit le maximum d’effets. Comme
toujours, on reste ébahi devant ce beau travail.
Après Rinaldo, c’est
avec Teseo (Londres, 1713) que Haendel conforte son succès sur la
scène londonienne. Le compositeur privilégie toujours le grand spectacle, avec un
cortège de furies, de démons et fantômes et des scènes de vengeance. Il existe à
ce jour deux enregistrements de cette œuvre : l’un à posséder absolument, c’est
celui de Marc Minkowski avec ses merveilleux musiciens du Louvre, l’autre à
proscrire énergiquement, c’est celui de Konrad Junghänel, qui se retrouve en
2009 la tête du Staatsorchester de Stuttgart, un orchestre moderne d’une
lourdeur incroyable, malgré la présence de quelques hautbois anciens qui
viennent rehausser les couleurs de l’ensemble. Qu’est donc allé faire l’ancien
luthiste de Jacobs dans cette galère ? Notez au passage qu’à la différence
de l’enregistrement de Minkowski, qui n’avait pas hésité à tailler dans les
partitions, celui de Junghänel est complet, et que si le flamboyant contre-ténor
Franco Fagioli en interprète le rôle-titre, la Médée d’Helena Schneiderman s’avère
en revanche incapable de rivaliser avec celle de Della Jones. Deux ans plus
tard, Haendel livre Amadigi (Londres, 1715), qui ne connaîtra que
6 représentations, à cause de la fermeture du King’s Theatre, pour cause de
rébellion politique. C’est totalement injuste car la musique en est absolument
magnifique. Là encore, on privilégiera une valeur sûre : l’enregistrement
vif et inventif de Marc Minkowski, qui nous décourage de découvrir la seule
version alternative à ce jour, celle d’Edouardo Lopez Banzo. La contralto
Nathalie Stutzmann en chante rôle-titre et les Musiciens du Louvre n’ont jamais
manifesté plus de fougue et de brio qu’ici. Puis vient Acis and Galatea
(Cannons, 1718), une pastorale, qui ne m’a jamais vraiment beaucoup touché.
La voir dirigée par Christie à la
Cité de la
Musique n’a jamais réveillé mon intérêt pour elle. Deux ans
plus tard, en 1720, Haendel donne Radamisto à Londres. Là encore
deux versions sont disponibles, celle de Nicolas McGegan et d’Alan Curtis, deux
versions qui rivalisent d’ennui, malgré la présence d’excellentes chanteuses
dans les deux cas. Aussi aura-t-on vite fait d’oublier ces deux Radamisto,
derrière lesquels perce pourtant une très belle musique, que l’on se donnera la
peine d’aller écouter à Vienne dans quelques mois, lorsque René Jacobs la
présentera au Theater an der Wien, en décembre prochain.
Même remarque pour Floridante
(Londres, 1721), cet enregistrement doit nous convaincre d’une chose :
qu’il ne suffit pas de faire appel à des stars, Joyce DiDonato en l’occurrence,
pour faire des disques inoubliables… Telle est l’erreur de Curtis qui nous
assène, Haendel après Haendel, ses médiocres et brouillonnes réalisations
musicales ! Passons alors à Ottone (Londres, 1723) qui est
l’un des plus successfull opéras de Haendel. Deux enregistrements
seulement, parus à un an d’intervalle, celui de Robert King et celui de
McGegan, un des moins pires. On y retrouve d’ailleurs Drew Minter, qui en
interprète le rôle-titre. Si j’aime ce disque, c’est parce que la musique en est
de toute beauté et me procure un bonheur énorme. Jamais Haendel n’a été aussi
inspiré que dans cette œuvre ! Pas étonnant qu’elle fut l’une des plus
populaires du vivant de Haendel. Vient ensuite
Flavio (Londres, 1723 encore). Dans cet opéra, la musique n’est
pas seulement sublime, la direction musicale, assumée par Jacobs, l’est aussi.
C’est d’ailleurs le premier coup d’essai de Jacobs avec Haendel en 1990, juste
avant son enregistrement culte de Giulio Cesare en 1991. Arrêtons-nous d’ailleurs
quelques instants à ce fameux Giulio Cesare (Londres,
1724) car c’est ici le chef-d’œuvre des chefs d’œuvres, tant celui de Haendel que
celui de Jacobs d’ailleurs. S’il n’y a qu’un disque à posséder dans cet océan
de disques, c’est bien celui-là et pas un autre. C’est un pur joyau musical.
Haendel n’a pas écrit de pages plus belles, il est au sommet de son génie
mélodique, qui trouvera cependant encore bien d’autres expressions avec Rodelinda
ou Alcina par exemple. Ensuite, Jennifer Larmore, est l’interprète
parfaite : je ne crois pas qu’on pourra jamais faire mieux qu’elle et,
comme le disait tel personnage de Nathalie Sarraute : « dans cette
direction-là, la route est barrée. » Regardez comme la pauvre Mijanovic à
laquelle Minkowski a fait appel en 2002 pour graver sa version est incapable d’arriver
à la cheville de Larmore. J’en dirai autant de tous les autres Jules que j’ai
vus et entendus, James Bowman, Graham Pushee, Lawrence Zazzo, Andreas Scholl,
etc. Ici, Larmore est tout simplement grandiose, c’est le rôle de sa vie.
Jugez-en par cet extrait-ci et après vous me direz si vous
avez jamais vu meilleur Jules. Admirez ensuite l’orchestre qui est à l’œuvre.
Le Concerto Köln, sous la direction de Jacobs, est un véritable brasier où tout
étincelle. Les autres chanteurs, Olivier Lallouette, Bernarda Fink, Dominique
Visse, sont également remarquables. Plus récente, et finalement inattendue, la
version de George Petrou (2010) mérite attention. Non seulement pour la
direction tout à fait énergique et véritablement surprenante, mais aussi parce
que c’est l’occasion, après tant de mauvais Jules, d’en découvrir un nouveau
qui tient tout à fait la route : celui de Kristina Hammarström, qui ne
laissera pas d’impressionner. On se délecte également du Ptolémée de Romina
Basso, plein de mordant et de noirceur. Bref, une version à recommander, après
celle de Jacobs.
La même année que Giulio Cesare, Haendel compose Tamerlano
(Londres, 1724), dont il manque encore à ce jour une bonne version. Celle de
Gardiner est un peu datée (il s’agit d’un enregistrement réalisé en 1985) et le
son en est tout réverbéré, mais Derek Lee Ragin y demeure flamboyant dans le
rôle-titre. En 2002, Trévor Pinock, avec The English Concert, ne fait guère
mieux. Il signe un enregistrement effectué lors d’un concert, avec tous les
inconvénients associés au live : applaudissements à tout rompre, bruits
multiples sur la scène, etc. On se demande pourquoi il a fait appel à Monica
Bacelli qui, dans le rôle-titre, est vraiment loin de nous convaincre, tout
comme le contre-ténor Graham Pushee, qui peine avec les partitions Andronico,
mais Anna Bonitatibus, elle, nous émeut en Irène, surtout dans le délicieux Par che mi nasca in seno. L’année
suivante, Haendel s’attelle à Rodelinda (Londres, 1725) qui est
du même tonneau que Giulio Cesare. Il fait partie de mes trois opéras
préférés de Haendel, avec Alcina.
Deux versions à retenir, là encore. La plus ancienne, de Michael Schneider, que
je trouve très suave, très délicate, très raffinée, avec Barbara Schlick et son
timbre très cristallin et Christoph Prégardien, au sommet de sa gloire. La plus
récente, de Curtis, se veut plus racoleuse, notamment avec Simone Kermes, qui
nous a habitués à tant de fulgurances vocales et qui n’hésite pas ici à
multiplier les ornements dans ses da capo. La première fois qu’on entend
cela, on reste scotché, mais après, on finit par s’en lasser et par préférer
l’aspect plus sage et plus lisse de Barbara Schlick au côté assez vulgaire,
pour ne pas dire putassier, de Simone Kermes, qui vous fera tourner de l’œil si
jamais vous la voyez dans le Agitata da due venti de Vivaldi. On notera dans
cette version de bonnes chanteuses (Marie-Nicole Lemieux), et de moins bonnes,
voire d’exécrables, comme Sonia Prina, dont le recrutement a toujours constitué
pour moi la plus grande énigme artistique. Passons maintenant à Scipione
(Londres, 1726), dont il n’existe à ce jour qu’un seul enregistrement, celui de
Christophe Rousset (1994) qui faisait ses premiers pas ici avec Haendel. Très
vite, ce disque était devenu introuvable car le label, Fnac, a fait faillite. J’étais
parvenu à le dénicher en 1998, chez un disquaire lillois, alors que je
désespérais de remettre la main dessus ! Bonne nouvelle, depuis 2010, le
disque est de nouveau disponible, mais chez un autre éditeur : Aparté. Rien
que pour Sandrine Piau, cette excellente haendelienne, qui totalise une dizaine
d’airs dans l’opéra, dont le fameux Scoglio d’immota fronte (que la
chanteuse réenregistrera 10 ans plus tard toujours avec Rousset), ce disque
mérite de figurer en bonne place dans votre discothèque. La basse Olivier
Lalouette ne démérite pas non plus, et son air Tutta rea la vita umana est une authentique leçon de chant.
L’ouverture à la française est également extraordinaire et cet opéra
m’accompagne chaque fois que je pars en Italie. Alessandro
(Londres, 1726), composé la même année que ce Scipione, est aussi un grand cru haendelien. Malheureusement, cet
opéra n’est jamais joué, jamais enregistré non plus. C’est dire si l’exemplaire
de Kuijken qu’on aperçoit là est précieux car cela fait depuis belle lurette
qu’il est introuvable et ce n’est pas pour frustrer mes plus jeunes lecteurs
que j’en décrète l’ouverture pas seulement géniale, mais génialissime. Il y a
aussi dans cet opéra deux airs que je chéris par-dessus tout, ce sont ceux de
Rossane, Lusinghe piu care et Brilla nell’alma un non intenso ancor qu’on pourra, encore une fois, découvrir avec Sandrine Piau (qui
l’a enregistré en 2009 avec Alessandrini). Admeto (Londres, 1727)
est un disque épuisé lui aussi, mais inutile de déployer tous ses efforts pour
l’acquérir car l’œuvre est sans relief aucun. Difficile, peut-être, de savoir
si la faute en incombe à l’objet représenté, c’est-à-dire l’opéra lui-même, ou
au sujet représentant, Alan Curtis, qui signait là son premier Haendel, mais
hélas pas son dernier.
L’inspiration de Haendel est de nouveau au rendez-vous
avec Riccardo Primo (Londres, 1727), un opéra où, une fois de
plus, tous les airs sont sublimes. Mais un disque là encore épuisé… Je possède
la version de Christophe Rousset, avec Sandrine Piau et Sara Mingardo, qui
forment ici leur premier tandem, bien avant leur grand disque sorti en 2009, d’où est extrait l’air d’Alessandro ci-dessus. Rousset à la
direction, ce n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus mordant dans l’univers
haendelien, mais ça reste quand même élégant. En revanche, si vous repérez un
jour Siroe rè di Persia (Londres, 1728), sous la direction
d’Andreas Spering, il n’y a pas à tergiverser, vous devez l’acheter car ce
coffret est devenu une rareté. Je voulais l’offrir il y a deux ans à une amie,
je suis resté coi quand le vendeur d’Harmonia Mundi m’a dit qu’il était épuisé.
Je trouve cette œuvre aussi bien dirigée qu’admirablement chantée. Et entre Sunhae
Im, Ann Hallenberg et Johanna Stojkovic, on ne sait en effet à qui remettre la
palme. L’orchestre est vif, le son a beaucoup de relief ! L’opéra Tolomeo
(Londres, 1728) a été composé dans la foulée de Siroe. L’enregistrement
d’Howard Arman est correct et offre une alternative à celui de Curtis paru en
2008 où l’excellente Anna Bonitatibus est à contre-emploi dans le rôle d’Elisa,
un rôle beaucoup trop haut pour elle. On lui préférera Romelia Lichtenstein,
une soprano colorature, bien plus à l’aise ici. Il faut préciser ici que,
depuis quelques années, Curtis investit le terrain de l’opéra italien et inonde
le marché en enregistrant, année après année, tous les opéras les plus méconnus
de Haendel. S’il est le seul chef à pouvoir se payer ce luxe (que l’on songe à
Jacobs qui doit toujours convaincre son éditeur du bien-fondé d’enregistrer Aci,
Galatea e Polifemo ou La
Patience de Socrate de Telemann), c’est parce qu’il est aidé par sa mécène Donna
Leon qui, entre nous soit dit, n’a pas beaucoup de flair, et qui aurait été
mieux inspirée tout miser sur Jacobs. C’est comme cela encore qu’Alan Curtis a
pu enregistrer Lotario (Londres, 1729) que personne avant lui
n’avait exploré. Mais cette version, qui date de 2004, présente deux graves
défauts. Tout d’abord, certains airs sont amputés de leurs da capo : il fallait faire rentrer l’opéra
dans deux disques et non dans trois pour éviter une déconvenue commerciale. Ensuite,
Sonia Prina hérite du rôle de Matilde. C’est elle qu’il aurait fallu censurer !
Heureusement que pour éclipser sa présence Sara Mingardo en interprète le
rôle-titre, à côté d’une Simone Kermes qui se livre, comme toujours, à quelques
étincelles vocales aventureuses. On ne conseillera pas non plus la version de
Paul Goodwin (en 1CD), sauf pour entendre Nuria Rial à la place de Simone
Kermes dans le rôle d’Adelaïde. Avec Partenope (Londres, 1730),
nous rentrons dans la décennie 1730, la dernière de l’opéra italien à Londres.
Comme pour Alessandro, le disque est rare. Vous le trouverez à La Chaumière,
si vous ne tardez pas à aller y faire un tour, je l’ai vu jeudi dernier en
boutique. Mais ne vous y précipitez que si vous avez le goût de l’archéologie :
vous découvrirez alors comment on jouait il
caro Sassone il y a plus trente ans, quand le continent Haendel était
encore terra incognita et que les
chefs ressemblaient à des navigateurs portugais accostant sur des rivages
inconnus. Après Partenope, notre héros
compose Poro (Londres 1731), le premier opéra de Haendel que
Fabio Biondi a enregistré, mais aussi le dernier : le disque a été un tel
échec commercial que cela a dissuadé le maestro de recommencer. Pourtant, il y
avait une belle brochette de chanteurs : Gloria Banditelli, Bernarda Fink,
Gérard Lesne. Mais avec un orchestre aussi peu engagé dans le drame, le théâtre
est complètement absent de ce Poro. Avec
Ezio (Londres, 1732), Haendel met en musique un livret de
Métastase. L’œuvre est absente de ma discothèque, alors qu’Alan Curtis l’a
pourtant enregistrée chez Archiv en 2009. Une explication : je l’avais
entendue à Poissy quand le maître l’avait présentée avec les mêmes interprètes,
mais le moins qu’on puisse dire, c’est que je n’avais pas été secoué, sauf par
un air, La mio costanza, que j’aime par-dessus tout, avec la
délicieuse Karina Gauvin.
La même année, Haendel présente au public londonien Sosarme, un opéra
qui, une fois encore, a été représenté sur la scène de l’Opéra de Lisbonne par
l’indécrottable Alan Curtis, mais sous un autre titre, celui de Fernando, car l’œuvre
devait initialement s’appeler Fernando re di Castiglia. Inutile d’acheter
ce disque, qui ne vaut vraiment pas tripette, sauf si vous avez des problèmes
de sommeil et que vous êtes à la recherche d’un somnifère puissant. Remarquez
que la Deborah (Londres, 1733) de Robert King pourra remplir le
même usage. Il s’agit de l’un des premiers oratorios de Haendel, qui n’allait
bien sûr pas en rester là et qui allait présenter la même année un autre
oratorio : Athalia (Oxford, 1733). On conseillera en
priorité la version récente de Paul Goodwin, avec Nurial Rial et Lawrence Zazzo,
à celle de Peter Neumann, avec Simone Kermès dans le rôle-titre. Mais si
Haendel s’engage dans un nouvel axe d’écriture, avec ses oratorios en langue
anglaise, il n’abandonne pas pour autant la composition de ses opéras italiens.
C’est dans ces années-là, en effet, qu’il écrit ses plus grands drames :
tout d’abord Orlando (Londres, 1733), qui est l’œuvre d’un
génie supérieur. Il y a un climat dans cette œuvre qu’on ne retrouve nulle part
ailleurs et qui est perceptible dès l’ouverture – une ouverture à la française,
très bien charpentée, d’une extraordinaire noblesse. Les airs qu’il a écrits
sont tous plus sublimes les uns que les autres et les interprètes, dans
l’enregistrement de Christie, sont de tout premier plan : Patricia Bardon,
Rosemary Joshua, Hilary Summers, Harry van der Kampf. Malheureusement, la
direction de Christie manque sacrément de peps. Mais si vous écoutez la version
qu’en propose Malgoire, vous trouverez alors celle de Christie miraculeuse. On
avoue avoir cédé à l’Orlando de
Malgoire uniquement pour Christophe Dumaux, mais on jure qu’on ne s’y fera plus
reprendre car, malgré l’excellente prestation du contre-ténor, l’œuvre demeure
totalement inécoutable. Vivement l’Orlando
de Jacobs en avril prochain à la Monnaie. S’agissant de l’Arianna
(Londres, 1734) composée l’année suivante, il n’existe pour le moment que deux
versions, celle du chef grec Georges Petrou (2006), qu’on se souvient avoir
entendu à la Fnac horrifié, et une autre plus ancienne, de Nicholas McGegan
(1999), totalement introuvable. Enfin, quand je dis introuvable, ça dépend pour qui : il y a un rigolo qui la vend
sur Amazon à 230 euros !
Vient ensuite Ariodante (Londres,
janvier 1735). Un très grand Haendel devant lequel il faut s’arrêter ici
quelques minutes. L’œuvre a d’abord été enregistrée en 1995 chez Harmonia Mundi
avec Lorraine Hunt, remarquable mezzo s’il en est, mais qui nous a quittés
beaucoup trop tôt. Pas totalement exempte de défauts, cette version avait au
moins le mérite de reléguer celle de Leppard (1978) dans un passé dépassé. En
1997, Marc Minkowski décide d’enregistrer à son tour ce chef-d’œuvre de
Haendel. Il s’entoure des plus grands noms, Anne-Sofie von Otter, Lyne Dawson,
Ewa Podles, Richard Croft, Denis Sedov, etc., et choisit d’enregistrer l’œuvre
dans le meilleur théâtre, celui de Poissy, pour son acoustique exceptionnelle. Ce
fut un choc comme il s’en produit rarement dans une vie musicale. Présent à
l’enregistrement de cet opéra en 1997, je me souviendrai toute ma vie d’Ewa
Podles (Polinesso), la seule interprète qui chantait sans regarder ses
partitions... Le public avait été médusé. Je pense qu’à l’applaudimètre, c’est
même elle qui l’avait emporté. Mais n’oublions pas non plus Anne-Sofie von
Otter qui était, à 42 ans, au sommet de son art et avait conquis le public avec
son Scherza infida, son Doppo notte,
si royalement chantés. À Christian Chorrier, qui était venu la féliciter dans
sa loge, elle aurait confié que ce qu’elle avait fait ce soir-là, elle serait
tout bonnement incapable de le refaire. Bref, vous l’aurez compris, il s’agit
d’un disque à faire figurer en bonne place dans toute haendelothèque qui se respecte...
On n’en dira pas autant, en revanche, de l’Ariodante
de Curtis ! Voilà une interprétation où le chef est quasiment absent
du drame et où l’orchestre se contente d’accompagner. Il manque tout dans cette
interprétation, que ce soit la vitalité, le souffle baroque, le sens des
contrastes. Tout cela, on s’en doute, nuit gravement aux chanteurs qui sont
pourtant loin d’être des lapins de trois semaines. Que ce soit Joyce DiDonato,
Karina Gauvin ou Marie-Nicole Lemieux, pour ne citer qu’elles, aucune ne
parvient à nous transir d’émotion. Autre chef-d’œuvre haendelien : Alcina
même date (Londres, avril 1735). Musique géniale, airs splendides, encore une
fois tout est renversant dans cet opéra. Le problème est qu’il n’existe pas
d’enregistrement satisfaisant de mon point de vue. Celui de Richard Hickox
(1985) peut passer encore pour le meilleur, avec Arleen Auger, dans le
rôle-titre, Kathleen Kuhlmann dans celui de Bradamante et Della Jones dans
celui de Ruggiero, etc., mais le son en est un peu réverbéré. De ce point de
vue, la version de Christie ne fait guère mieux : il s’agit d’une capture
assez grossière du spectacle donné à Garnier en 1999. On y entend les talons de
la soubrette Morgana et des tas de bruits superflus. Le drame veut que Renée
Fleming, qui n’a jamais rien compris au style de Haendel, comme le prouvera
plus tard son disque dédié au compositeur, en interprète ici le rôle-titre. C’est
d’une vulgarité sans nom et, tout bien pesé, un non-sens. Quant à Natalie
Dessay, si je n’ai jamais été un de ses fans, force est de reconnaître que
c’est encore là qu’elle m’émeut le plus, notamment dans son grand air Credete
al mio dolore, au début du troisième acte, que j’écoutais en boucle l’été
2000. Mais s’agissant de la direction de Christie... elle n’est
franchement pas au niveau. Reste alors la version de Curtis, que je n’ai jamais
pu me résoudre à acheter, mais à l’enregistrement de laquelle j’ai assisté en
2007, toujours en présence de Joyce DiDonato qui, de toutes les Alcina que j’ai
entendues, m’a paru de loin la meilleure. Pour autant, je ne vous conseille pas
d’acheter le disque : la fête sera gâchée par Sonia Prina, le
poisson-pilote de Curtis, qui a eu la curieuse idée de lui confier le rôle de
Bradamante que Kathleen Kuhlmann avait si magistralement interprété dans les
deux premières versions ici évoquées. En 1736, Haendel revient à l’oratorio,
avec Alexander’s Feast (Londres, 1736), qui est un de ceux que je
préfère. C’est une œuvre pour laquelle j’éprouve un très vif plaisir, en raison
bien sûr de la musique, qui est sublime, de Felicity Palmer, qui l’interprète
avec toute la noblesse requise, et enfin de Nikolaus Harnoncourt qui, à la tête
du Concentus Musicus de Vienne, ressemble ici à un prince. La même année,
Haendel créé Atalanta, le
seul opéra de Haendel qui manque à mon tableau de chasse. L’année 1737 est
l’une des plus fastes puisque Haendel compose pas moins de trois opéras. Tout
d’abord Arminio (Londres, janvier 1737). Devinez qui a donc
enregistré cette œuvre ? Curtis, pardi ! Quand je vous disais qu’il
inonde... Heureusement que pour compenser le défaut de sa direction, il fait
appel à des chanteurs qui parviennent parfois, c’est rare, à transcender les
limites du chef. C’est le cas ici avec Vivica Genaux, avec Al par della mia
sorte. Rien que pour cet air, le plus exquis de tout l’opéra, ce disque
vaut bien la peine d’être acheté. La musique est par ailleurs très belle.
Vivement qu’un nouveau chef s’empare de ces partitions car c’est de l’or !
Pas moins d’un mois plus tard, Haendel présente Giustino
(Londres, février 1737). Quelle santé quand même, comparé à Boulez qui totalise
4 heures de musique sur toute une vie bien remplie et bien subventionnée (j’en
deviens poujadiste !). Encore une fois, tout dans cet opéra est absolument
génial. Mais curieusement, il s’agit de l’un des opéras les moins connus et les
moins joués de Haendel... Vous aurez compris que McGegan n’est pas le chef dont
je raffole le plus, mais je dois dire ici que sa direction est tout à fait
convenable et qu’on se laisse charmer par les si nombreuses et jolies mélodies
qui composent cet ouvrage. Achetez donc ce disque, vous ne serez vraiment pas
déçus. Vient ensuite Berenice (Londres, mai 1737), que
Curtis a fait paraître en 2010 et qui constitue, je dois l’avouer, une
véritable surprise. Tant d’un point de vue musical (il s’agit des plus belles
pages jamais écrites par Haendel) que d’un point de vue vocal, avec un plateau
solide et sans faille, qui nous plongera dans un théâtre de passions vécues. On
découvrira ici une soprano épatante, Ingela Bohlin, qui fait preuve d’une
musicalité et d’une finesse incomparables dans son chant ! Il faut
également dire deux mots de la mezzo Romina Basso qui vous empoignera avec
l’air Si Poco e forte, l’un des plus
beaux de tout l’opéra, et du contre-ténor Franco Fagioli qui vocalise avec une
technique très proche de celle de Bartoli. Ecoutez-le dans Su, Megera, Tesifone, Aletto : il ménage d’incroyables
et spectaculaires coloratures dans le da
capo. On comprend que Cecilia Bartoli l’adore et en ait fait son compagnon
de chant ! Autre joli disque à posséder sans aucune réserve : le Faramondo
(Londres, 1738) de Diegos Fasolis. Une belle musique, servie par d’excellents
interprètes (Cencic, Jaroussky, Karthauser), dont j’ai déjà dit tant de bien, à
l’occasion du concert de Fasolis en octobre 2009 au Théâtre des Champs-Élysées.
Voilà une partition qui a été scrupuleusement fouillée, travaillée, analysée.
Ce qui est fascinant dans cet enregistrement, c’est que Diego Fasolis est un
chef qui a une vraie vision de l’œuvre et qui ne se contente pas, comme Curtis,
d’exécuter cette musique au mètre : il propose une véritable mise en scène
de cette musique, qu’il cisèle avec une précision incroyable, ce qui fait que chaque
air ressemble à une miniature ou chaque détail compte. Serse (Londres, 1738), présenté la même année, est du même
tonneau que Faramondo. Parmi le
nombre élevé d’enregistrements parus à ce jour, il est difficile d’isoler une
bonne version. Celle de McGegan (1998) ne tient la route ni vocalement ni
orchestralement parlant. Judith Malafronte, qui chante le rôle-titre, vocalise
d’une façon assez laide et c’est souffrir que de l’entendre dans son grand air
de bravoure, Se bramate d’amor. Brian
Asawa et Lisa Milne rattrapent toutefois un peu les choses. L’orchestre est
placide pendant les trois actes, sauf dans le chœur final, où il se ressaisit
de façon spectaculaire ! La version de William Christie (2004) reste encore
la meilleure, sans être non plus complètement renversante. On y retrouve avec
bonheur Anne-Sofie von Otter, très certainement en moins bonne forme que dans Ariodante
(six ans se sont écoulés entre-temps), mais en ce qui concerne le style, la
sensibilité, l’émotion et l’intelligence musicales, la mezzo suédoise est
imbattable ! C’est également une occasion d’entendre Sandrine Piau, qui a
fait ici un grand come back et
retrouve William Christie, après sept ans de fâcherie. Le point faible de ce
disque : Silvia Tro Santa Fe, la sœur jumelle de Sonia Prina. Un autre
point faible : il s’agit d’un enregistrement live, réalisé au Théâtre des
Champs-Élysées l’année précédente. Enfin, l’année 1738 ne serait pas complète
sans Alessandro
Severo, un pasticcio créé à
partir d’airs pris dans une dizaine
d’opéras (Orlando, Giustino, Berenice, Faramondo, etc.).
C’est George Petrou, le chef grec dont on a déjà parlé au sujet de Giulio Cesare, qui a exhumé cette œuvre
l’an dernier. Il en confie encore une fois le rôle le plus important à Kristina
Hammarström qui fait sensation. Achetez ce disque si vous voulez, à votre
modeste échelle, aider la Grèce et encourager les jeunes talents !
Paradoxalement, c’est au moment où le
génie mélodique de Haendel atteint des sommets, c’est-à-dire à la fin des
années 1730, que l’intérêt du public londonien fléchit pour l’opéra italien.
Haendel est donc contraint d’explorer de nouvelles formes musicales s’il veut
conserver durablement son public. C’est ainsi que, dans les années à venir, le
public londonien va assister à l’éclosion de l’oratorio en langue anglaise. Haendel
fourbit ainsi ses armes avec Israël in Egypt
(Londres, 1738), « la plus grande épopée vocale qui existe », comme disait
Romain Rolland. Outre la matière religieuse et non plus profane du drame, c’est
par les chœurs que l’oratorio se distingue de l’opéra. Dans Israël in Egypt,
ils sont omniprésents, et il y en a un qui me donne toujours la chair de poule,
c’est celui-ci : He smote all the first born, qu’il soit interprété avec le Monteverdi
Choir sous la direction de Gardiner ou l’ensemble Arsys Bourgogne sous la
direction de Pierre Cao. Cela ne veut pas dire bien sûr que les chœurs
n’existaient pas dans l’opéra italien, Haendel en a écrits de magnifiques dans Giulio
Cesare ou Ariodante, mais ils sont toujours limités et réduits à une
fonction très codifiée, à la fin du troisième acte, en général pour acclamer le
héros ou l’héroïne qui a surmonté tous les obstacles que le librettiste a semés
sur son chemin. On sait par ailleurs que si Haendel avait voulu faire appel aux
chœurs dans ses opéras, il n’aurait pas pu en supporter le coût financier car
les chanteuses captaient l’essentiel des recettes. Dans l’oratorio, tout est
complètement différent. Haendel n’est plus soumis aux exigences des cantatrices,
qui imposent leurs airs de malle, et il redécouvre en quelque sorte la liberté,
comme l’explique René Jacobs. Il n’a plus besoin des stars du chant baroque et
peut utiliser à la place des masses chorales. Par conséquent, si l’on veut se
donner les moyens de bien interpréter ce genre de drames musicaux, il faut
faire appel à d’excellents choristes. Pour moi, l’un des meilleurs chœurs au
monde, c’est le Monteverdi Choir. Il est indépassable dans Saul
(Londres, 1739). Lorsqu’on écoute cet oratorio de Haendel, avec ce chœur, on
n’est de part en part submergé d’émotion. Trois versions à retenir ici :
celle d’Harnoncourt, peut-être pionnière mais incomplète ; celle de Gardiner, excellente
en raison du chœur évoqué et de l’orchestre, l’English Baroque Soloists qui n’a
jamais atteint d’aussi belles couleurs, et celle de Jacobs enfin, que j’ai
beaucoup de mal à départager avec celle de Gardiner. Le Concerto Köln y est flamboyant. On y remarque la
performance d’un jeune ténor, Michael Slattery, que l’on n’a jamais plus revu
par la suite, mais qui m’avait fait la plus forte impression, lorsque je
l’avais vu sur la scène du théâtre de Poissy, à l’époque bénie où il y avait
encore un directeur musical. 1739, c’est également l’année où Haendel compose
l’Ode pour la sainte Cécile ou Cecilienode,
une pure merveille. J’exige cette musique à mon enterrement. Je ne veux qu’un
air : But oh ! What art can teach, avec Felicity Palmer, ou rien du
tout.
L’Allegro, il penseroso e il moderato (Londres,
1740) que Haendel compose pendant l’hiver après une période de crise est une
œuvre absolument à part dans la production du maître, il ne s’agit ni d’un
opéra, ni d’un oratorio, mais d’une grande ode pastorale, qui s’appuie cette
fois sur deux poèmes allégoriques de Milton. Il n’y a pas d’ouverture,
on plonge d’emblée dans le drame avec l’Allegro, personnage joyeux, qui se
déchaîne contre il Penseroso, personnage méditatif et mélancolique, avant qu’un
troisième personnage, il Moderato, intervienne plus tard pour sceller la
réconciliation entre ces deux personnages qui symbolisent les deux tendances
extrêmes de l’esprit humain. Une seule version acceptable, celle de Gardiner
toujours, avec son English Baroque Soloists et son Monteverdi Choir
indétrônable. Mais Haendel n’a pas encore renoncé à l’opéra italien ni dit son
dernier mot, puisqu’il compose encore Imeneo (Londres, 1740).
L’enregistrement d’Andreas Spering (2003) est de très bonne tenue. On y
retrouve d’excellentes chanteuses, Ann Hallenberg et Joanna Stojkovic,
découvertes dans Siroe. Et un air d’une virtuosité décapante : Sorge nell’alma mia (que maintenant toutes les mezzo-soprano enregistrent,
qu’il s’agisse de DiDonato ou Cencic). Mais c’est avec Deidamia
(Londres, 1741) que la parenthèse de l’opéra italien se referme
définitivement : c’est en effet le dernier opéra de Haendel, que l’on
découvrira ici, faute de mieux, sous la direction de Curtis, égale à elle-même.
À noter quand même ici la participation de Hallenberg et Bonitatibus. Trois
représentations seulement à la création. C’est que, en effet, le public devient
las de l’opéra italien et se fait moins nombreux. L’argent ne rentre plus dans
les caisses du théâtre. Qu’à cela ne tienne! Haendel va composer exclusivement
des oratorios, et ce sera le début d’un nouveau cycle, d’une nouvelle gloire.
Jean-François Labie, le grand spécialiste de Haendel, expliquait qu’on pouvait
faire une histoire de la musique de Haendel à la lumière de l’histoire de son
compte en banque : quand les affaires marchent mal, notre musicien invente
de nouvelles formes musicales, qui lui assurent le succès, comme ici
l’oratorio. Et l’oratorio le plus célèbre de Haendel, c’est bien évidemment Le
Messie (Londres, 1741) dont je possède maintenant 7 versions (ce qui
n’est rien à côté de mon ami Ruggiero qui – excusez du peu – en possède plus de
150) : celle de Klemperer, d’Harnoncourt, de Corboz, de Gardiner
(magnifique), de Christie (superbe aussi), de Minkowski et, enfin, celle de
Jacobs que le Père Noël m’a apportée cette année. Mais le plus beau souvenir du
Messie que je garde, c’est celui de Pierre Cao à la direction du
Concerto Köln et du chœur Arsys Bourgogne. C’était à Gaveau en 2003 ou 2004. De
1741 toujours, on retiendra Samson dans la flamboyante version
d’Harnoncourt. Encore un disque à posséder sans aucune sorte de retenue. C’est
l’un des derniers du Concentus dans ce répertoire.
Puis vient Semele
(Londres, 1743) que j’ai vraiment re-explorée cet hiver, à l’occasion du
concert de Cecilia Bartoli à Pleyel. Je ne raffolais pas beaucoup de cet œuvre avant
de l’entendre avec elle et je ne l’écoutais pour ainsi dire jamais. Certes,
Gardiner l’avait enregistré, mais sans faire appel à de bons et grands
chanteurs, en dehors de Della Jones, qui campait une très théâtrale Junon. Avec
Cecilia Bartoli, tout a changé ! Elle m’a fait redécouvrir cette œuvre
bizarre, à mi chemin entre l’opéra et l’oratorio, et en même temps profonde.
Ceux qui l’ont vu à Pleyel en décembre dernier en garderont un impérissable
souvenir et se frotteront les mains de posséder les des deux versions pirates (des
4 et 7 décembre) qu’ils ont réussi à obtenir grâce à de précieux et
inestimables complices. On peut regretter que cette chanteuse, à qui Haendel va
comme un gant, n’enregistre pas plus d’opéras du maître. Elle serait tellement
sensationnelle dans Giulio Cesare, Alcina, Serse, etc. Malheureusement,
comme on l’a déjà dit, le Jupiter de Charles Workmann n’est pas des plus
convaincants. Pour en entendre un autre, autrement plus tonnant, il faudra vous
reporter à la version de Christian Curnyn (2007) avec Richard Croft ! Vous
y découvrirez également Rosemary Joshua dans le rôle-titre, laquelle est loin
de démériter, ainsi que l’hilarante Hilary Summers en Junon. La même année,
Haendel s’attelle à Joseph and his brethren (Londres, 1743) que
l’on découvrira ici sous la direction de Robert King qui a eu la bonne idée de
confier à Yvonne Kenny le sublime air O
lovely youth qui plongera dans l’extase les cœurs les plus endurcis.
L’année suivante, Haendel compose deux oratorios majeurs. Tout d’abord Hercules
(Londres, 1744), qui a été enregistré au Théâtre de Poissy par Minkowski avec
Anne-Sofie von Otter, Lyne Dawson et Richard Croft : c’est bien connu, on
ne change pas une équipe qui gagne ! Il s’agit d’une œuvre tout à fait
étonnante qui, musicalement, ne ressemble pas aux autres oratorios de Haendel.
Elle n’en demeure pas moins sublime, ainsi que ses différents interprètes.
Puis
arrive Belshazzar (Londres, 1744). Disons-le tout net :
c’est mon oratorio préféré de Haendel. Là encore, s’il n’y avait qu’un seul
oratorio à acheter, ce serait celui-ci. C’est le génie musical à l’état pur.
Haendel a atteint ici une sorte de limite. Il est vraiment difficile
d’aller plus haut dans la perfection. Et René Jacobs lui-même n’a jamais poussé
plus loin la virtuosité et l’excellence de cet orchestre, l’Akademie für Alte
Musik, que lorsqu’il a dirigé cette œuvre en juin 2008 au Staatsoper de Berlin !
Je m’en souviens encore, j’étais dans un état proche de l’évanouissement et
Bejun Mehta, qui était le plus complet dans la réussite, incarnait sur la scène
un Cyrus plein de générosité et de noblesse. Le drame veut qu’il n’existe pas
de CD de cette production, mais seulement un DVD, alors que l’œuvre ne présente
aucun intérêt d’un point de vue scénique et artistique. Au disque, on se
console alors avec la version d’Harnoncourt chez Teldec. La direction du maître,
que certains jugeront peut-être old fashioned, conserve tout son charme
et le Stockholmer Kammerchor s’implique ici avec une éloquence rare. À noter
également la présence du merveilleux contre-ténor Paul Esswood en Daniel et de
Felicity Palmer en Nitocris. Mais curieusement, cette année 1744, qui est l’une
des plus splendides en termes de création musicale, est aussi une des plus
misérables en termes de succès. Les ennemis de Haendel s’acharnaient à détourner
le public londonien en organisant des fêtes et des bals les soirs où ses
oratorios étaient programmés. Le pauvre tomba dans un accès de démence qui fut
sur le point de le tuer et qui dura 8 mois, d’où plus rien en 1745. Haendel
reprend ses esprits l’année suivante avec l’Occasional oratorio
(Londres, 1746), une œuvre qu’il me reste encore à découvrir, et Judas
Maccabaeus (Londres, 1746), qui est devenu en Angleterre un de
ses oratorios les plus populaires. Si la version de McGegan est à proscrire
absolument, en revanche, celle de Rolf Beck éditée l’an dernier chez DHM
satisfera le mélomane qui aura le plaisir d’entendre ici la délicieuse Nuria
Rial. Le Joshua (Londres, 1747) de
Robert King, adepte des chœurs d’enfants, déçoit quelque peu. S’agissant de Solomon
(Londres, 1748), on écartera sans sourciller la version sirupeuse de McCreesh
au profit de celle de Reuss qui conduit d’une main de maître l’Akademie für
alte Musik de Berlin. J’avais écouté le Salomon de Mc Creesh dans la
basilique de Beaune en 1998, c’est à coup sûr l’un de mes plus effroyables
souvenirs de concert. Que je vous explique en deux mots : j’avais
acheté un billet en rang J et le soir du concert, alors qu’il n’y avait qu’un
misérable nuage blanc sur un océan de ciel bleu, la direction du festival avait
décidé par précaution d’un repli dans la basilique, ce qui eu pour effet de me
faire rétrograder au rang N ! Le son qui nous parvenait ressemblait à une
immense bouillie pour chat, du coup je ne suis plus jamais retourné à Beaune.
Susanna
(Londres, 1748) n’est pas une œuvre franchement inoubliable non plus et l’on
déconseillera l’enregistrement de McGegan qui doit probablement être le seul
qui existe. Theodora (Londres, 1749), en revanche, est l’un des
plus splendides oratorios. Deux versions à retenir, celle d’Harnoncourt, que,
même incomplète, j’arrive à préférer encore à celle de Christie... C’est bien
simple, quand vous écoutez l’ouverture de Theodora par Christie, vous
avez l’impression d’entendre de la musique française... mais pas du tout de la
musique anglaise. Haendel compose ensuite Jephtha (Londres, 1751)
qui est son dernier oratorio. L’écriture de cette
oeuvre s’est faite très laborieusement. C’est à cette époque en effet que sa
vue a décliné et c’est à la fin de l’écriture qu’elle s’est éteinte tout à
fait. Parmi les multiples enregistrements qui existent, on distinguera trois versions :
celle de Gardiner, avec l’extraordinaire Monteverdi Choir, celle d’Harnoncourt
avec l’Arnold Schönberg Chor et enfin celle de Marcus Creed avec le Rias
Kammerchor. Une préférence, cette fois, pour la seconde. En perdant la vue,
Haendel a perdu la source de son inspiration. Il se contente par la suite de
diriger, quand il s’en sent la force, ses œuvres au clavecin et reprend à la
fin de sa vie un oratorio de jeunesse, le Trionfo del Tempo e del disinganno
qu’il transforme en langue anglaise avec The Triomph of Time and Truth
(Londres, 1757).
Sans prétendre passer en revue
tous les disques qui existent dans les autres domaines que Haendel a explorés,
on en retiendra au moins quelques-uns : les Concerti grossi opus 3
avec les Musiciens du Louvre ; les sonates pour clavecin d’Olivier
Beaumont. S’agissant des récitals de Haendel, je renvoie à un article paru dans Il tenero momento, article avec
lequel je suis totalement en phase. Je me contenterai de mentionner les récitals
de Sandrine Piau, de Sara Mingardo, de
Cecilia Bartoli et naturellement celui de Bejun Mehta paru l’an dernier.
N’oublions pas non plus les Deutsche Arien que Haendel a composés
entre 1724 et 1727 et qui sont ici magistralement interprétés par Dorothea
Röschmann et l’Akademie für alte Musik. Il s’agit des dernières pièces de
musique allemandes, composées juste avant que Haendel n’obtienne la nationalité
anglaise, et qui peuvent être regardées, selon le mot de Roman Hinke, comme «
d’aimables petits bijoux, toujours façonnés avec art, plein de charme mélodique
et de raffinement rhétorique ».
Maintenant la question est de savoir
si à ce compositeur « grand comme le monde », comme disait Lizst, il faut faire
correspondre un budget également « grand comme le monde ». Rien n’est moins
sûr ! On l’a vu, la qualité des enregistrements est variable, elle dépend
à la fois de la qualité des chanteurs et de la qualité des chefs. Or, de bonnes
chanteuses peuvent être recrutées par de mauvais chefs et s’investir dans des
projets condamnés à l’avance, comme ceux de Curtis qui sont, à une exception près, toujours
mauvais. En même temps, comment résister ? En mettant l’accent sur
certaines œuvres plutôt que sur d’autres, j’espère vous avoir non seulement
épargné des dépenses inutiles, mais vous avoir fait gagner un temps précieux…
18 commentaires:
Je me fais une joie de lire ton post et t'en remercie! Je ne manquerai certainement pas de suivre quelques uns de tes conseils comme je le fais déjà sans jamais le regretter.
Bises de Berlin,
Valérie
pire qu'un roman fleuve...mais quel rythme...et surtout quel savoir...à voir et à revoir...
Je lirai ton précieux article tranquillement pendant nos vacances, la semaine prochaine car il me semble bien étoffé et demande de l'attention. Je t'en dirai plus à ce moment là!
Tu as vu le petit livre de Donna Leon sur "le bestiaire de Haendel"?
Juste vu pas encore lu mais ce sera pour ce soir je crois que je vais apprendre beaucoup de choses... on e n reparle !
C'est exquis, c'est divin, c'est précieux, c'est Vous !
M.17
...et Cecilia ''Premier Ministre'', on saurait au moins que l'on vote utile....et on serait sûrs d'avoir des gens cultivés à la tête de la France. Mais je présume que ces deux là sont bien trop intègres et tiennent trop à leur liberté de pensée pour s'aventurer dans un pareil ''bourbier''...Ceci étant posé, tu nous livres un vrai trésor: de quoi alimenter nos soirées de fin d'hiver et même de printemps. Pas encore tout décortiqué mais je peux déja constater que ''Scherza infida'' d'ARIODANTE interprété par Von Otter est très très loin de celui d'Amsterdam (16/10/2010)D'autre part, même si PORO n'a pas tes faveurs (je le savais déjà et tes raisons sont fondées!)j'invite tes lecteurs à écouter AU MOINS les plages: 15 du CD2 et 13 du CD3, ils ne seront pas déçus!
Je retourne à la lecture. Il faut absolument que je soudoie des âmes charitables pour passer ensuite à l'audition... je pense trouver des munitions auprès de J-E ?
Tu te prépares pour Vienne et moi, psychologiquement, pour Zürich. Nous n'écouterons pas ''ton'' futur Président mais je pense que les remplaçants sauront aussi nous faire battre le coeur.
Merci ! Merci ! Merci ! Je vais prendre mes surligneurs et me faire un programme de cadeaux Haendéliens pour ces prochaines années...
En chemin vers la connaissance, merci GF.
J'aimerais beaucoup "podcaster" ton billet pour cela il faudrait que tu enregistres ta si belle voix en y ajoutant tes extraits de tes morceaux préférés.
Beau commentaire des œuvres vocales de Haendel que voilà !
J’avoue ne pas pouvoir discuter certains de vos points de vue quant aux opéras, étant beaucoup plus « inspiré » par les Oratorios.
Les critiques de Robert King sont sur ce point bien sévères, ce que je peux tout de même comprendre de par l’intervention des chœurs d’Oxford et de Cambridge, certes parfois en manque de justesse. Mais doit-on rappeler ici que ces chœurs sont composés d’une majorité d’adolescents voir d’enfants (je connais la polémique sur King). Justesse parfois mise à mal, oui, mais quelle profondeur et quel naturel ! le choix de faire intervenir un chœur d’enfants (très réputé) est parfait pour camper le rôle du peuple d’Israël (incontournable des Oratorios de Haendel). Parfait donc pour Judas Maccabaeus (quelques solistes sont en manque d’inspiration j’en conviens) et surtout pour le légendaire Joshua (John Mark Ainsley y brille !). Les chœurs de King semblent percer la voûte céleste !
Le Déborah de King est magnifiquement interprété alors que l’œuvre elle-même n’est pas bien originale, de même pour le Joseph and his Brethren.
Le naturel dans le baroque ne tue rien, au contraire. Harnoncourt excelle dans la verdeur (est-ce une critique au regard de son travail sur les œuvres de l’époque ?) et parfois pose quelques problèmes de justesse.
Ardent défenseur aussi de la cause Mc Creesch, qui nous livre (sur format CD et non à Beaune ici) un Solomon rêvé et presque parfait. L’intervention des cors tout au long de l’œuvre lors des moments chorals est cultissime, de même pour les hautbois (il faut prêter l’oreille mais leur intervention est splendide).
Bon, peut-être moins pour le Saul (la version de Jacobs est très inspirée) mais qui reste interprété de main de maître (quel orchestre !!).
Sans parler du Théodora, interprétée très solidement.
Mais entendons-nous sur un point, le Giulio Cesare par Minkowski (certes présentant de réelles qualités) mérite-t-il de dépenser 63 euros ??
(Encore merci pour la critique je l’ai sauvegardé pour la relire lorsque j’achèterai d’autres opéras de Haendel !)
Bien cordialement
Alors, là je dis "chapeau"!!!! Un catalogue que je garde sous le coude, précieusement ! Une référence qui pourra me servir à de nombreuses reprises, merci Monsieur le conseiller!
A bientôt
Merci, indispensable GF, pour cette nouvelle mouture de ton vertigineux catalogue haendelien... on rêve d'acquérir certains de ces trésors encore inconnus (quel bonheur d'avoir encore tant à découvrir chez Haendel, notamment les oratorios que je connais très peu!)et avec toi on est en rolls-royce avec chauffeur, adieu la perplexité face aux piles, et le choix aveugle entre deux ou trois versions... Au passage on apprend encore plein de trucs sur Haendel: vraiment, tu devrais écrire un livre sur lui, je suis sûre que ce serait 100 fois mieux que la tiède biographie de Rolland...
Je suis ravie, entre autres, que tu dises du bien du "Faramondo" de Fasolis, chef pêchu et raffiné qui fait ma joie; pour les récitals, j'en ai plein sur mes étagères, car j'ai attaqué la montagne Haendel par ce biais,et je suis un peu chiffonnée par les oukases du site auquel tu renvoies: Bejun Mehta, c'est l'évidence-même, et très beau CD de Cencic aussi, mais l'assassinat de Scholl me chagrine, et celui de Villazon me meurtrit: j'ai la faiblesse de beaucoup aimer ce disque en dépit de certaines remarques de mon entourage ("Il chante Haendel comme un pizzaiolo", "on dirait woody wood pecker", j'en passe et des plus cruelles); et j'ajouterais bien à la liste des merveilles les "duetti amorosi" (Rial/Zazzo)et les "streams of pleasure" des deux pulpeuses bombes canadiennes, Marie-Nicole et Karina,c'est vraiment chouette aussi, malgré Curtis...
Puisque nous en parlons, Alain C est déjà fin prêt pour ton enterrement (il piaffe, même); il a déjà engagé Prina, elle aussi très motivée, pour une ode à Sainte Cécile qui marquera au fer rouge l'histoire de l'hommage funéraire.
Bref le plus tard sera le mieux.
Un grand merci, et à très bientôt cher GF
Agnès
Il y a encore des gens qui écoutent des CD ? :)
Tu ne parles pas du "Dixit Dominus" : est-ce à dire que tu n'aimes pas cette oeuvre ou que tu n'as trouvé aucun enregistrement convaincant ?
Que voilà une campagne bien orchestrée !!! et au diapason de son (é)lectorat !!!
Un article de fond impossible à commenter qu'on garde sous le coude, pour le jour où on va acheter quelque disque !!! une référence donc cher GF dont nous te remercions par avance
Merci à tous pour vos fidèles commentaires, à ceux et celles qui ont sauvegardé l'article, et aux nouvelles lectrices pour leurs gentils mots.
Je réponds aux quelques questions qui me sont posées avant de partir pour Vienne.
Martine : Non, je ne connais pas le livre de Donna Leon sur Haendel, ça a l'air amusant, j'irai mettre mon nez dedans!
NB : Le Scherza infida de Bartoli et de von Otter n'ont rien à voir, elles ne le chantent absolument pas de la même façon, il y a beaucoup plus de pianissimi chez von Otter, et je t'avouerai que pour avoir été présent à l'enregistrement de cet Ariodante à Poissy en 1997, j'ai un petit faibl pour lui! Il faut que je t'envoie un petit message, j'ai du nouveau sur Cecilia!
Evelyne : OK, mais ne me demande pas de chanter, car je serai alors le plus mauvais avocat pour Haendel!
Clem : Oh vous savez, je ne pensais même plus à cette polémique quand je parlais des choeurs d'enfants. Robert King a maintenant purgé sa peine et il a le droit de rebondir. J'observe que l'an dernier, en octobre 2010, il avait été invité par le Theater an der Wien pour présenter Ottone de Haendel et que d'après les personnes que je connais qui étaient présentes à ce concert, c'était fantastique. Maintenant, s'agissant des oratorios de Haendel (que j'écoute moins souvent que les opéras, d'où mon extrême rapidité sur ce point), j'avoue n'être pas très convaincu par le style anglais, le son anglais et les choeurs anglais. Voilà pourquoi vous devez me trouver bien sévère avec King et McCreesh, mais pour faire bonne mesure, je vais réécouter ces oeuvres à la lumière de vos commentaires et je vous dirai après si j'ai changé d'avis. Merci en tout cas de votre passage.
Agnès : Tes commentaires me font toujours hurler de rire! Prina à mon enterrement, je comprends qu'elle soit très motivée, mais je crois que je serai capable de ressusciter et de fendre la boîte en sapin dans laquelle on m'aura placé pour lui fermer son clapet! S'agissant de Marie-Nicole Lemieux, que je n'ai pas entendue depuis fort longtemps (je n'étais pas présent pour Giulio Cesare au TCE), mais qui multiplie ses effets et en fait des tonnes, on me dit qu'elle serait en train de surpasser Sonia Prina qui, à côté, serait presque un modèle de sobriété! Qu'en penses-tu? Ma liste est loin d'être exhaustive et puisque tu évoques les récitals, il faudra que la prochaine fois qu'on se voie, je t'apporte celui d'Yvonne Kenny que j'ai oublié de mentionner et qui est absolument remarquable (mais introuvable maintenant, inutile donc d'aller sur Amazon). Quant à Villazon, je trouve que "pizzaiolo" est encore trop charitable et pour ma part, j'aurais tendance à en faire le Arnold Schwarzenegger du chant baroque: même style, même finesse, même élégance!
Anthouane : Tu achètes bien des livres, pourquoi n'achèterais-tu pas de disques? C'est à cause à de gens comme toi que l'industrie du disque s'écroule!!! Et mon billet est là pour tenter un ultime soubresaut!
Benwa : C'est vrai, j'ai oublié d'en parler et pas du tout pour la raison que tu crois. J'adore cette oeuvre et je possède l'enregistrement de Monkowski (que je conseille) qui a gravé cette oeuvre avec le Nisi Dominus. Petite anecdote : le disque a été enregistré en live le 12 juin 1998 à Radio France, en pleine coupe du monde de football, lors du match France/Afrique du Sud. Il n'y avait alors personne dans la salle (on devait être à tout casser une centaine sur les 1000 et quelques personnes attendues) et Radio-France nous avait racheté alors notre place!!! Un bien beau concert, dans une ambiance inédite, et gratuit!!!
Alors vite, vite avant de partir...je piaffe!
Payez-vous le Dixit par Gardiner, enregistré en 1976/77 : c'est plein de vie et les choeurs sont superbes. Et dans la foulée, le Delirio Amoroso et autres cantates italiennes par Dessay et Le Consert d'Astrée. Vous ne serez pas déçu.
Merci de toutes ces précieuses indications ! Je viens de profiter d'une vente faite sur Am*azon pour m'offrir Tamerlano dirigé par George Petrou avec le contre-ténor Nicholas Spanos dont la voix me bouleverse...
J'ai mis en vente la version par Gardiner que j'en avais et que je n'écoute jamais.
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