samedi 9 juillet 2011

La Lozère, à nous deux maintenant !

Les premières années, quand j’allais en Lozère, je me comportais comme un parfait Parisien, j’étais à la recherche d’un cadre idyllique pour lire et me reposer. Je ne quittais pas ma chambre, je me contentais d’écoper ma malle à livres, ou si j’en sortais, c’était uniquement pour lire en bronzant dans le jardin. C’est comme cela que j’ai lu la moitié de La Comédie humaine et raflé au passage quelques coups de soleil, tout absorbé que je pouvais être dans mes lectures. Un jour, en faisant mes courses dans les rues de Saint-Chély, ma curiosité a été piquée par les quelques bizarreries gastronomiques qui trônaient comme des trophées derrière les vitrines des bouchers : le sac d’os de Monsieur Prunière, la jambonnette de Madame Pradal et les saucisses à l’huile en bocal. Mon estomac ayant, comme la nature, horreur du vide, il me fallait goûter à toutes ces merveilles. Très vite, je devins incollable sur toutes les autres spécialités de la région, les fricandeaux aux orties, le museau farci, les coustellades de porc. 
Plus les années passent, et plus je m’efforce de progresser dans la connaissance intime de la Lozère. L’an dernier, j’ai surtout étudié la topographie lozérienne, en sillonnant les hauts plateaux de l’Aubrac, de Nasbinals à Laguiole, en dévalant les Gorges du Tarn, du Point Sublime à Sainte-Énimie, et en escaladant, tel un chamois souple et léger, les rochers de la Margeride.

Cette année, ne me contentant plus des quelques saucisses qui souriaient dans mon assiette, j’ai donc voulu remonter des charcuteries aux charcutiers, des créations aux créateurs. Car pour dompter la Lozère, vous admettrez comme moi qu’il faut d’abord se concilier les Lozériens et aller au contact de ces hommes et ces femmes qui incarnent si exemplairement ce pays. C’est comme cela alors que, mieux quun député, jai sillonné les terres et me suis entretenu avec plusieurs acteurs de la gastronomie lozérienne, d’abord avec Monsieur Clavel à La Canourgue, ensuite avec un producteur de confitures de Saint-Georges-de-Lévéjac et, last but not least, avec Madame Fages, la présidente de la guilde des charcutiers de Lozère à Langogne.

Commençons par le début : La Carnougue. J’eus d’abord l’idée de découvrir la maison Clavel dont l’adresse m’avait été soufflée par l’auteur du Guide des bons produits, Vincent Ferniot, un guide précieux malheureusement épuisé et non réédité depuis 2005. À peine arrivé dans cette petite commune où le Lot rencontre sur son chemin le l’Urugne, je découvrais un tout autre spectacle : d’antiques maisons à colombages qui s’élevaient au pied de ces deux sources qui s’entortillent si bien au bâti que les élus n’ont pas hésité à baptiser leur ville « petite Venise lozérienne ». Après tout, Brantôme est bien surnommée la Venise du Périgord, Bonneval la Venise de la Beauce, Crécy-la-Chapelle la Venise de la Brie, Montargis la Venise du Gâtinais, etc. : il fallait bien que la Lozère ait aussi la sienne ! Entre deux maisons à encorbellement, on découvre la demeure de Céleste Albaret, la servante de Proust. J’ignorais que cette dernière était la fille d’un meunier du coin, qui eut la bonne idée d’épouser Odilon Albaret en 1913, le chauffeur de taxi attitré de l’auteur d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs. L’année suivante, Céleste entrait au service de Proust et jusqu’à la mort de celui-ci, elle allait recueillir toutes ses confidences, au point de passer auprès des proustologues pour celle qui l’avait le mieux connu. Sa maison est maintenant transformée en bibliothèque, ouverte deux heures par jour, et quatre jours sur sept, mais on y trouve quand même son livre, Monsieur Proust, qu’elle s’est décidée à écrire 50 ans après la mort du grand écrivain.

À La Canourgue, on a l’embarras du choix pour trouver de bons pâtés et de délicieuses saucisses, mais c’est toutefois sur les hauteurs de la ville, à l’emplacement de l’ancienne bastide, que Clavel a bâti son empire charcutier, dans un entrepôt moderne hyper sophistiqué. On reste étonné par la taille et l’allure de la fabrique, et à la question de savoir si l’on peut trouver ses bons produits sur Paris, on apprend que non. L’intéressé a bien tenté une fois de déposer ses bocaux, mais n’a jamais vu la couleur de son argent. Il a dû monter, à l’occasion d’un voyage à Paris, avec deux gars à lui pour récupérer son chèque. Échaudé par ces Parisiens qui veulent bien acheter, mais ne jamais payer, il préfère donc se limiter au marché lozérien et distribue ainsi ses produits dans toutes les GMS [Ndlr : grandes et moyennes surfaces], ce qui suffit, visiblement, à ses besoins. On est content d’avoir découvert cet atelier qui manque juste un peu de poésie et on se sépare en achetant des manouls, le nom lozérien pour les tripoux auvergnats, et quelques-uns des museaux farcis qui avaient fait nos délices l’an dernier.

On reprend son bâton de pèlerin et l’on arrive ensuite par je ne sais quel chemin dans le village de Saint-Georges-de-Lévéjac, en haut du causse de Sauveterre qui domine les Gorges du Tarn. Et l’on tombe nez à nez devant un pavillon dont le portail comporte deux macarons du Routard. Il s’agit de La Sauvagine, l’enseigne des délicieuses confitures lozériennes. J’avais découvert cette marque il y a trois ans, en faisant mes courses au marché barraban, qui est une sorte de KaDeWe à l’échelle locale. À l’époque, j’avais acheté un pot de crème de marrons, qui s’était révélée la meilleure crème de marrons que j’avais goûtée. Séduit, j’avais essayé ensuite la confiture de myrtilles, et cet essai devait aboutir au même verdict ! Voilà pour le coup une confiture qui n’a clairement pas volé son trophée Lozère gourmande 2008 ! Depuis cette date, l’enseigne accumule les distinctions, et il ne s’est pas écoulé une seule année sans que les institutions en charge de promouvoir les bons produits de la région ne lui renouvellent son prix.

Il est difficile de décrire le plaisir que j’ai eu de tomber devant ce portail car les confitures de La Sauvagine n’étaient plus en vente cette année au marché barraban, là où j’ai l’habitude de faire mes courses. La patronne du marché a préféré donner sa chance à un autre petit producteur, qui a moins le vent en poupe. Entendez : qui n’irrigue pas les grandes surfaces, avec lesquelles le marché barraban entend cultiver sa différence ! Car si vous augmentez la production dans des proportions telles qu’on trouve les pots de l’enseigne dans n’importe quel supermarché, vous vous exposez au soupçon que vos fruits ne viennent pas de la Lozère, mais d’un autre région, voire d’un autre pays. Or, la plupart des préparations de La Sauvagine, sirops, confitures et condiments, sont réalisées avec des fruits de Lozère de première qualité, exceptées, bien sûr, les confitures de figues ou doranges amères et les poivrons confits. Mais comme le marché barraban a de très hautes exigences et n’entend pas prêter le flanc à la moindre critique, il était écrit que nous serions, ma moitié et moi, les deux victimes collatérales de cette politique rigoureuse. Il est donc permis de croire qu’il y a une justice sur cette terre car nos pas devaient nous conduire, par le plus pur des hasards, devant le laboratoire central de fabrication de La Sauvagine : un petit pavillon, planté au milieu des champs, qui ne payait pas de mine et équipé de deux panneaux solaires qui permettent de chauffer l’eau dont on a en permanence besoin pour nettoyer les chaudrons. Le parking a été aménagé en local de vente, avec des bibliothèques en pin où, en guise de livres, l’on découvre des confitures et des sirops de fruits. Et c’est juste derrière ce local que s’engage l’activité : une production en petite quantité, totalement artisanale, assurée par le mari et sa femme, et qui ne mérite sans doute pas les foudres du marché barraban! On apprend en effet que tous les fruits sont bio et achetés à des producteurs bio, mais si lon ne trouve pas sur l’étiquette le logo AB, c’est uniquement parce que le fabricant n’a pas envie de payer la somme de 1400 euros dont s’acquittent déjà les producteurs auxquels il achète ses fruits. Et quand on fait part à ce producteur de la tristesse qu’on a de ne plus trouver ses confitures au marché barraban, lintéressé nous répond : « Que voulez-vous, il faut bien que je vive, et pour vivre, je ne peux pas me contenter de vendre mes produits à quelques marchands alternatifs, je suis obligé de les vendre aux autres supermarchés, ce qui déplaît fortement à quelques-uns. » De façon intéressée, on lui demande ensuite où l’on peut trouver ses produits sur Paris, en dehors de La Maison de la Lozère, où nous avons l’habitude de nous fournir le reste de l’année. Il nous répond : À la ville de Rodez, rue Vieille-du-Temple, mais il nous met en garde car si jamais nous y allons, les pots seront méconnaissables puisque les revendeurs lui ont imposé de changer ses étiquettes au motif qu’elles ne leur plaisaient pas du tout.
Moi : — Mais elles sont pourtant très belles vos étiquettes !
Lui : — Ben oui, on s’efforce de faire de notre mieux, on les personnalise, regardez on a mis un Gargantua à côté du gratte culs.
Moi : — Ah oui !
Lui : — Vous connaissez la confiture de gratte culs ?
Moi : — Non, jamais essayé.
Lui : — Attendez…
Le voilà qui se faufile derrière son atelier et revient quelques minutes plus tard avec un petit échantillon de gratte culs. Vous aimez le roquefort, nous demande-t-il ? Nous : « Oui, bien sûr ! » Tenez, nous dit-il alors, essayez donc cette confiture avec un petit morceau de roquefort ou, si vous n’avez pas de roquefort, avec un bout de bleu. Vous m’en direz des nouvelles. De retour à la maison, nous n’avions ni roquefort ni bleu, mais une tome de la Margeride qui commençait à se bleuter. Nous avons appliqué à la lettre les conseils du maître, c’était en effet à se damner !

Au cours de cette plongée au cœur de Saint-Georges de Lévejac, ma moitié avait repéré sur une affiche l’annonce d’un feu d’artifice à Chanac, en l’honneur des fêtes votives du village. Le feu devait être tiré le vendredi soir, et comme nous sommes grands amateurs de feux d’artifice, il n’était pas question, sous quelque prétexte que ce soit, de louper ce rendez-vous. Or, là encore, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que, dans la foulée de ce feu d’artifice, allait être organisée une « soirée mousse géante », ralliant toute la jeunesse chanacoise !

Car vous serez d’accord avec moi pour dire que si les soirées mousse sont monnaie courante, les soirées mousse géantes, en revanche, le sont nettement moins et méritent, sous ce rapport, la plus grande attention ! Moi qui avais toujours rêvé d’assister à une soirée mousse géante, vous pensez si j’en ai été pour mes frais, dans la salle polyvalente du camping de Chanac ! Et le lendemain samedi, alors que la Gay Pride battait son plein dans les rues de Paris, les rues de Chanac vibraient au rythme du concert de Stevo’s teen et du défilé de majorettes.

Les majorettes, dont on se réjouissait fort de voir le défilé, nous auront, je dois l’avouer, un petit peu déçus. Qu’on s’explique ! Si la fanfare était présente, le bataillon possédait une étrange allure. Manquait l’uniforme, à savoir le képi, la jupe plissée et les bottines cirées, bref toute la panoplie de la parfaite majorette. Mais il est vrai que la chaleur, écrasante ce jour-là, commandait un moins leste équipage. Faisait défaut aussi la concentration. Force est de constater que le geste n’était pas très assuré, qu’il manquait de régularité et que nos majorettes, attendrissantes au demeurant, maniaient le bâton avec infiniment moins de dextérité que les majorettes de Saint-Yrieix-la-Perche, qui resteront dans mon souvenir, comme dans celui de ma moitié, comme l’unique référence en la matière.

Cette fête n’aurait par ailleurs pas été complète sans le défilé du corso fleuri, entraîné par la jolie danseuse de la troupe Pina Colada qui a mis le feu au village.

Quelques jours plus tôt, tout heureux de disposer d’un merveilleux char pour moi tout seul, je m’étais même entraîné dans le Beaujolais :

Passé cet intermède, nous avons repris notre sérieux en allant à Langogne la seconde semaine, pour tester une deuxième adresse référencée dans le guide Ferniot : la maison Fages, célèbre, entre autres, pour avoir remporté en 1999 le concours de la plus longue saucisse, avec ses 23,7 kilomètres ! Le problème de cette maison, c’est que ses produits sont tellement extraordinaires et d’une qualité si élevée, qu’ils ont pour effet d’abaisser automatiquement d’un cran tout ce que nous avons testé en matière de charcuterie lozérienne quelques jours plus tôt. Que je vous en dise donc plus.

On reste d’abord stupéfait devant la beauté des produits (les côtes de porc sont rose bonbon) et devant la très grande variété de saucisses et saucissons. Avec un peu de chance, ce sera le responsable de la fabrication qui, avec son bon sourire, vous accueillera derrière ses rosettes et ses jésus entier dans cette boutique qui accumule prix et trophées. Sa mine réjouie plaide incontestablement en faveur de chacune des spécialités de la maison qu’il vous décrit avec un luxe de détails, comme la Toupinette qui est l’autre nom de la potée lozérienne. Vous ne connaissez pas une variété de saucisse qu’il vous la met déjà en scène, en vous expliquant comment la préparer, avec quels aromates. À l’écouter, on a donc envie de tout acheter et l’on craque ainsi devant une saucisse sèche à la biche et aux myrtilles, une paire de saucisses aux cèpes, deux énormes bocaux de tripoux, du jambon de Bourgogne, du fromage de tête, de la hure, un murson et une maoche, les deux spécialités de la maison.

Le murson est un saucisson au vin blanc et aux oignons, à cuire à l’eau comme un saucisson lyonnais, puis à griller sur un barbecue ; la maoche que l’on voit ici est une saucisse joufflue au chou et aux herbes, qu’il faut faire cuire au four sur un lit de pommes de terres arrosées de vin blanc et parsemées d’ail et d’une feuille de laurier.

Succès garanti ! Quant à la hure, cest assurément une des meilleures que j’aie jamais goûtée, non seulement elle était très tendre et fondait dans la bouche, mais on devinait aussi derrière le bon goût de la viande, le délicieux bouillon dans lequel elle avait cuit. On se doute qu’après toutes ces agapes, il fallait beaucoup d’exercice pour éliminer tout ça et être digne des bains allemands qui m’attendaient à Baden-Baden.

Notez que cette virée à Langogne aura aussi été l’occasion de discuter avec la patronne, qui est restée éberluée quand on lui a dit tous les kilomètres que nous avions accomplis pour découvrir ses produits. Pour un habitant de Langogne, Saint-Chély-d’Apcher est en effet le bout du monde. Elle nous parle spontanément de sa boutique, sa grande fierté, mais ne cache pas la dureté du métier. Langogne est en effet une ville en plein déclin qui a vu ses commerces fermer les uns après les autres. En 1977, quand elle a ouvert sa boucherie charcuterie, la ville comptait 10 bouchers ; il n’en reste maintenant plus que quatre en activité. Plusieurs facteurs ont joué : l’exode rural, bien sûr, mais surtout les grandes surfaces, où les gens vont maintenant faire les courses. « Que voulez-vous, c’est tellement pratique, on met tout dans son caddie, on paye et c’est terminé. » On a beau lui objecter que ce n’est quand même pas pareil, que les produits ne sont pas les mêmes, elle nous répond, un rien désabusée, que les gens ne s’en rendent même plus compte ! Et il est vrai que lorsque je vais à l’Intermarché de Saint-Chély acheter mon charbon de bois, je suis toujours surpris de voir dans les caddies des saucisses sous cellophane et des Caprices des dieux, alors qu’une bonne saucisse au couteau atteint 8 euros le kilo dans ces contrées, et qu’un excellent Cantal plafonne à 9 euros le kilo chez le fromager.

Je rassure mon interlocutrice en lui disant que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau ni rien d’aussi appétissant à plusieurs kilomètres à la ronde, et pour l’encourager, j’en déduis que les affaires doivent être florissantes. Elle précise : « Oui, l’été ». J’apprends alors que 70% de la production est vendue entre juin et septembre, aux vacanciers. L’hiver est rude dans les montagnes, ce n’est pas chose facile que de continuer à travailler. En discutant plus longuement, on se rend compte qu’il existe peut-être une troisième raison au déclin des commerces : les normes européennes qui ont tout compliqué, au point que plusieurs artisans n’ont pas pu suivre. Certains, par exemple, n’avaient pas terminé de rembourser leur petite entreprise qu’ils se trouvaient contraints de réaliser de nouveaux investissements pour se mettre en conformité avec ces normes. Ils ont donc fermé leur commerce. D’autres ont survécu en faisant de nouveaux emprunts. Quant à la question de savoir si les normes ont tué le goût, elle répond sans ambiguïté : « Jusqu’à présent, non, on a réussi à résister, mais maintenant, un grand danger nous menace. » Nous : « Ah bon, lequel ? » Elle : « Vous voyez les saucissons que vous avez achetés, ils sont réalisés avec des chaudins, c’est-à-dire des boyaux naturels. Ces boyaux, en séchant, produisent cette jolie couleur blanche qui ressemble à de la farine : ce sont des mycéliums, c’est-à-dire des champignons. Et bien on voudrait en finir avec les boyaux naturels et nous imposer des boyaux en plastique au motif qu’il y a des gens allergiques au mycélium. » Elle, se faisant plus pressante : « Vous imaginez ce que serait un monde avec des saucisses avec des boyaux en plastique ? » On n’ose en effet y penser sans frémir, et cet exemple nous montre une fois de plus que l’aseptisation des choses conduit parfois aux pires abominations. Après 34 ans de services, Madame Fages est en train de transmettre son tablier à sa fille qui a maintenant pris la relève, mais la maman ne reste jamais très loin pour lui donner un coup de main, notamment l’été.

Enfin, entre deux chapitres du Comte de Monte-Cristo, j’ai repris les jours suivants mes promenades dans les forêts de sapins odoriférantes, en empruntant des sentiers sablonneux, bordés de genêts, de bouleaux et parsemés de pommes de pins éclatées.

Ces chemins, qui se hissent jusqu’à la crête des montagnes, conduisent parfois, entre deux précipices, jusqu’à des champs et de frais pâturages qu’on traverse en pensant alors à Flaubert : « comme les moutons qui broutent le thym parmi les prés ont ensuite la chair plus savoureuse, quelque chose des saveurs de la nature doit pénétrer notre esprit s’il s’est bien roulé sur elle » écrivait le maître, un soir d’août 1853.

Alors on se roule dans les foins, quand ils n’ont pas encore été fauchés et qu’ils se balancent encore dans le vent. Et lorsqu’ils ont été fauchés, on s’enroule aux meules, qu’on essaie de dompter, par quelques sauts périlleux. On fait peut-être moins le fier devant les vaches et les veaux, d’autant qu’un taureau veille au grain pas très loin, et on se contente, derrière les barbelés, de contempler sagement ces statues vivantes jetées dans ce vert paradis.

Voilà la Lozère sous une dernière facette. Ce sont des paysages à vous couper le souffle, mais qui, paradoxalement, vous aident à respirer. Et du souffle, vous vous doutez bien quon en aura à coup sûr besoin, pour ne pas s’évanouir de plaisir en allant à Baden-Baden écouter la divine Cecilia

21 commentaires:

  1. Anonyme9.7.11

    Oui, alors, c'était comment la divine Cecilia ???

    Dominique.

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  2. Ce n'était pas comme d'habitude. Patience, chère Dominique, ce sera l'objet du prochain post!

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  3. Je les trouve superbes, moi, ces majorettes !!!
    Et en attendant les variations céciléennes, voilà un récit qui met en appétit et occupe bien agréablement ton lecteur coincé en service public pour tout l'après-midi... On salive devant les saucissons et autres merveilles charcutières de la Lozère et on se prend (enfin, je me prends) à rêver que tu m'en mettras une dans ton bagage de retour...

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  4. Anonyme9.7.11

    En effet… des assiettes…

    Dites-nous G.F. vous nous aviez promis dix heures de lecture journalière. Si je crois votre relation de voyage (qui vaut bien celle d’autres que vous développez), vous avez passé votre temps en lectures, en bains de mousse, en clins d’œil aux majorettes, en visites de courtoisie à des artisans qu’on apprécie de connaître par votre entremise, en stations cuisine puisqu’il faut bien préparer tout ça et dans tout le domestique que des vacances imposent. Je n’arrive pas à faire des journées de vingt-quatre heures. Avez-vous dormi un brin ? Parce que, des vacances sans repos, sont-ce des vacances ? Vous devez être épuisé ! Et tout ce devant quoi vous avez craqué doit bien imposer un brin de sieste pour laisser passer tout ça ! Il est vrai que, lorsqu’elles sont bonnes, les journées de vacances ont le bon goût de nous offrir plus de vingt-quatre heures. J’en arrive à penser que vous avez inversé les horaires prévus et que les lectures n’ont été que des bouche-trous entre vos divagations préhistoriques, gastronomiques, culturelles et balnéaires (vous aviez prévu des bains à Chaudes-Aigues) et que vous avez rempli les petits interstices avec quelques pages de La Pléiade. Alors, penser que certains s’attendent à vous retrouver la giberne remplie de saucisses, de bleu et de confitures pour égailler leur retour du service public du samedi… on sourit. Ou alors c’est qu’après avoir passé votre permis tracteur, vous êtes rentré avec un plateau à ridelles et que vous commencerez la distribution dès lundi prochain. Vous nous raconterez ça après nous avoir parlé de la Divine dont par un autre canal on vient d’avoir quelques informations.

    En tout cas grand merci à vous pour ce joli compte-rendu qui va nous faire revoir notre opinion de vous. Vous êtes peut-être réellement fait pour, dans une vingtaine d’années, vous retirer dans ce pays encore béni des dieux. Et d’ici-là, gageons que la région ne sera plus ‘en situation de handicap’ pour ‘citer’ la citation (sic) de quelqu’un que vous connaissez et qu’internet fonctionnera suffisamment bien pour que vous nous établissiez une nouvelle Thélème où vous recevrez lecteurs, cuisiniers, mangeurs et bûveurs très illustres et autres verolez très précieux car c’est à nous, non à d’autres que sont dédiés vos écrits (notre grand Lyonnais de l’Hôtel-Dieu).

    On vous souhaite un bon week-end… de repos !!!

    Michel de Lyon.

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  5. Ah, le murson...ça donne envie! Quant au jambon persillé, nous avons l'équivalent en Bourgogne! Merci G-F de nous mettre l'eau à la bouche, mais après ces agapes, ce n'est pas étonnant que vous n'ayez pas osé vous exposer aux regards critiques des curistes...ah ah ah!!!! En tout cas, le séjour a l'air d'avoir été intense en exercices variés et je ne vois pas comment vous avez pu caser les dix heures journalières de lecture prévues ???? Bon courage pour la reprise!

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  6. Raf : On a eu tellement de mal à se voir ces deux derniers mois pour notre plan vanille (rebaptisé entre temps "plan gousses" par BgBs, lequel s'est proposé spontanément de te remplacer dans cet échange) que je n'ai pas pris le moindre risque, cette fois, de charger ma voiture de saucissons et de les exposer pendant trois jours au soleil alsacien...

    Michel et NB: Je dois fournir effectivement des explications à mes lecteurs comptables et démêler les hypothèses farfelues : non, mes nuits n'ont pas été raccourcies, elles ont même été exagérément étendues, puisque j'ai dormi en moyenne 8 heures (contre 6 habituellement), excepté celle où le lendemain je devais me lever très tôt pour aller découvrir à Albi les fresques des 6 péchés capitaux (eh oui il en manque un, et je vous laisse deviner lequel)... ; non je ne suis pas épuisé, malgré mes longues randonnées pédestres (j'avais écrit pédérastiques!!!) et non je n'ai pas cuisiné puisque c'est mon mari qui était tout affairé à cela (vous savez combien il adore lancer le barbecue). Il est vrai, en revanche, et j'en demande pardon à votre Honneur, que je n'ai pas pu consacrer les dix heures escomptées à mon ambitieux programme de lecture, mais que 6 à 7h00 journalières (sauf escapade albigeoise et rodezienne) ont été suffisantes pour absorber - par ordre de découverte - La Rabouilleuse, le Voyage en Italie de Flaubert et quelques autres opuscules de jeunesse, le Flaubert de Jean Bruneau et, last but not least, les 1500 pages du Comte de Monte-Cristo. Enfin 1200, car il ne m'en reste plus que 300... Je reconnais humblement avoir eu les yeux plus gros que le ventre avec Peter Brown et Cyrano de Bergerac, mais qu'on se rassure, l'été n'est pas fini...
    Quant aux curistes, chère NB, vous avez tout deviné, on se rattrapera à Luxembourg en octobre prochain pour Cavalli, j'essaierai alors d'être digne de votre regard et de celui des Luxembourgeois...

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  7. Anonyme12.7.11

    Quel partage des tâches !
    Vous vous éparpillez sur la Lozère et ses alentours et vous laissez votre mari dans la cuisine. En fin de compte, c’est lui qui a lu ce que vous aviez emporté pour vous. Il saura, sans aucun doute vous faire de fiches de lecture. On espère que vous avez tout de même laissé un peu de loisirs à ce pauvre homme et qu’il a pu, lui aussi, visiter un peu et se paillarder sur une chaise longue.

    C’est ça le couple moderne ?

    Jouissez du Paris en période estivale et continuez-donc à lire sans trop penser aux confitures artisanales.

    Michel de Lyon.

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  8. Anonyme13.7.11

    Bonjour GF,
    votre épopée bucolique et charcutière , si joliment narrée comme toujours, ravit la Lotoise (figeacoise plus exactement) fervente que je suis: en vous lisant je vois passer des vols de cabécous et de saucisse sèche, c'est presque insoutenable...
    a bientôt!
    Agnès

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  9. il me semble entendre le bruit des grelots et celui du vent ...

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  10. Encore un superbe reportage qui met l'eau à la bouche a défaut de toutes ces superbes hures maoches et mursons à quand un reportage sur les boissons qui vont avec car on a la gorge sèche... alors que boit-on en Lozère ? un peu plus bas il y a de bien belles bouteilles en Languedoc.
    J'ai savouré le millefeuilles de Génin un modèle de légèreté à la saveur subtile... un autre monde !

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  11. Alors GF, l'amateur de feux d'artifice que tu es était-il au Champs de Mars hier soir ? Pour moi le plus beau feu jamais vu en ce lieu, époustouflant !!! Ah, ces pluies d'or pour accompagner la voix de la grande Barbara Streisand dans Cats...
    Dommage qu'il ait fallu se coltiner les nunucheries françaises en seconde partie de programme...

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  12. Chère Agnès, merci pour votre message! Bon séjour figeacois si vous êtes en vacances, c'est une ville magnifique où j'ai fait de nombreuses escales gourmandes à l'époque bénite de mes 20 ans où je pouvais engloutir bien davantage de choses!
    Laurence, si vous saviez comment le bruit de ces cloches me manque! Je donnerais tout Lully pour cinq minutes de ces grelots!
    Robert : Vous avez raison, j'ai complètement oublié d'évoquer la Quézac, bien sûr, cette délicieuse eau de source légèrement pétillante qui s'accommode de toutes les viandes et de tous les poissons! Un grand cru vraiment! Merci en tout cas d'avoir suivi mes conseils pâtissiers, j'en suis très touché, surtout quand je vois tous les kilomètres que vous avez dû parcourir pour goûter cette petite merveille. J'espère que le plaisir était à la mesure du mythe!
    Raf : L'amateur de feu d'artifice que tu connais était hier soir phagocyté par son livre, Monte-Cristo, qu'il voulait absolument terminer! Le monde n'avait plus de consistance, tout cédait devant la merveilleuse figure du comte...

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  13. Je me demandais si j'avais lu tes billets dans le bon ordre, car après l'émotion provoquée par Cécilia, la tension était à son comble. Et j'avoue que, ton talent de conteur a relevé le gant ! Les trésors gastronomiques de la Lozère, les délices de la campagne française, (re)vue et par corrigée par un parisien qui sait, 15 ans plus tard, en apprécier les charmes sans se prendre pour un explorateur, une curiosité qui a dépassé le stade de la simple observation de moeurs étranges pour y lire le quotidien, parfois difficile, de ceux qui vivent là, bref, tu abordes tout cela avec une grande et belle sagesse.
    Et pas de doute, le sommeil, une alimentation saine et copieuse, les distractions diverses et parfois légères que tu as croisées sur ton chemin, t'ont redonné belle mine, te voilà armé pour affronter la vie speedante de la capitale !
    Ouf, j'ai retrouvé la Quézac dans le billet consacré à Cécilia (en comm !!)

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  14. Merveilleux.

    Merci mille fois.

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  15. Tu as presque réussi à me convaincre de sauter dans le premier train pour Mende (s'il existe...), j'éviterai de penser au majorettes lorsque je me déciderai à aller gouter toutes les délices que tu a montrées.
    Tes exercices pour rester en forme consistaient à poursuivre des moutons avec un gourdin ? C'est mieux que pilates ?

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  16. Merci Michelaise pour ton commentaire. Je crois que tu as très bien perçu l'esprit de mon billet. Je ne suis effectivement pas à la recherche du folklore et mon regard n'est pas celui d'un Parisien cultivant son altérité et conscient de sa supériorité. Ce serait plutôt l'inverse...

    F£ö : Tu le vois, j'obéis! Tu m'as demandé une photo où je fais le costaud comme au bon vieux temps. Je n'ai pas bronché, j'ai obéï! Tu décides, j'exécute!!!

    Mers : Hélas, ce serait trop simple s'il y avait un direct pour Mende! Cette terre est inaccessible et se mérite. Il faut au moins trois correspondances pour arriver au pied de cet Hercule en herbe qui poursuit, avec sa massue et sa haine vengeresse, non pas les moutons inoffensifs qui broutent les herbes dans les alentours, mais les mouches qui viennent toujours se poser indélicatement sur mon fromage blanc! Aux grands maux, les grands moyens!

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  17. Roman-photo alléchant aussi bien pour sa maoche et sa tome de Margeride que pour ses majorettes et sa soirée-mousse ! :)
    Comme tu es une boussole pour moi, un horizon indépassable qui guide mes pas, je vais, dès la semaine prochaine, découvrir moi aussi la vie simple à la campagne : à la Tour d'Aigues en Provence, à Gélos dans les Pyrénées et à Casteljaloux dans le Lot-et-Garonne, un tour du sud de la France entièrement dédié à la bonne chair et aux bons vins ! :)
    (et, à mon avis, les férias de Casteljaloux devraient valoir ta soirée-mousse de Chanac !^^)

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  18. Merci pour ce reportage sur notre joli département ! que de kilomètres parcourus (il faut prendre le temps si on veut vraiment découvrir la Lozère si diversifiée !)
    Mers : eh oui la Lozère se mérite ! Il faut être patient pour atteindre notre jolie contrée. Vous avez le choix entre le train ou l'avion et l'autocar via Le Puy en Velay...

    A très bientôt chez nous !

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  19. Merci pour ce reportage sur mon joli département si varié !
    Eh oui la Lozère se mérite (lol) et il faut prévoir de faire quelques kilomètres pour l'apprécier !

    A bientôt dans notre belle contrée !

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  20. Bonjour,

    Tout d'abord, félicitations pour ce blog très réussi! Actuellement en thèse de physique à Rennes, je vous écris dans un but un peu particulier.
    Je participe cette année au festival Sciences en Courts (http://www.sciences-en-courts.fr/). Le principe est de réaliser un court-métrage de vulgarisation scientifique court, tonique et ludique sur le sujet de ma thèse: les bulles de savon. Dans une séquence du court-métrage, je souhaiterais illustrer les applications des bulles. Parmi elles, il en est une assez sympa et décalée: les soirées mousse! En visitant votre site, j'ai découvert une très belle photo prise au cours d'une soirée mousse, et souhaiterais vivement la montrer dans mon court-métrage. Seriez-vous d'accord? Naturellement je citerais le cas échéant la référence de cette photo, c'est-à-dire l'adresse de votre site internet, dans le générique de fin du court-métrage.
    Je vous remercie par avance pour le temps que vous m'avez consacré en lisant ce message, et espère avoir la chance de recevoir une réponse de votre part très prochainement.

    Bien cordialement,
    Louis
    mail: louissalkin@hotmail.fr

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    1. Bien évidemment, vous pouvez utiliser cette photo dans le cadre de ce court métrage! Je regrette qu'elle soit juste un peu floue. J'ai d'autres photos à vous proposer et ne vais pas manquer de vous écrire à l'adresse indiquée! Bien cordialement et bonne continuation!

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