mardi 26 juillet 2011

L’Œil de LéO

Grand foyer et fresques de Baudry

Dessous du grand escalier et Pythonisse

Grand escalier (vue des troisièmes loges)

Salon de la Nuit

Escalier en colimaçon et (jolie) paire de Converse
(Per gentile concessione : Sir Leo T.)

samedi 16 juillet 2011

Cecilia Bartoli retrouve Vivaldi en compagnie de Jean-Christophe Spinosi

Après Munich, Prague et Versailles, Cecilia Bartoli était à Baden-Baden pour achever sa tournée Vivaldi, en compagnie de Jean-Christophe Spinosi et de son ensemble Matheus. Un récital entièrement dédié à la musique du Prêtre roux, comme cela faisait longtemps – au moins dix ans – que ce n’était plus arrivé ! À l’époque, notre chanteuse, qui se décrivait comme une « Indiana Jones des bibliothèques », fouillait avec acharnement les dépôts des conservatoires de musique et déterrait des partitions inconnues, épaulée par son ami le musicologue Claudio Osele. De cette collaboration est née, comme on le sait, l’Album Vivaldi qui devait révéler au monde entier des pans inédits de l’opéra vivaldien, mais aussi l’extraordinaire talent de l’interprète qui pouvait être, tour à tour, volcan, rossignol, amante éplorée, bacchante déchaînée, etc. Le résultat est là : 400 000 exemplaires vendus la première année, 1 million dix ans plus tard, c’est du jamais vu dans l’univers lyrique ! Même Pavarotti, dans toute sa carrière, n’a pas vendu autant de disques que Bartoli avec ce seul album.
Pour cette nouvelle tournée, il ne fallait toutefois pas s’attendre à une simple reprise des airs qui avaient fait le succès de l’Album Vivaldi. Certes, quatre d’entre eux s’y retrouvaient, mais la plupart des airs sélectionnés étaient nouveaux, à l’exception du fameux Gelosia, que la chanteuse égrenait autrefois dans ses bis, et du célèbre Sposa, son disprezzata, qui est une adaptation du sublimissime Sposa non mi conosci de Giacomelli enregistré dans Sacrificium. Les airs nouveaux provenaient, pour l’essentiel, de l’opéra Orlando furioso, dont Spinosi est depuis longtemps un ardent défenseur, et d’opéras plus ou moins connus, tels La Silvia, Catone in Utica, Andromeda liberata et Argippo.
Précisons que le choix d’aller à Baden-Baden écouter Cécilia Bartoli a été motivé par le refus de cautionner le brigandage mis en place par les organisateurs du château de Versailles, lesquels avaient fixé à 495 euros le prix des billets pour les quinze premiers rangs dans la Galerie des Glaces. Baden-Baden a au moins cet avantage sur Versailles, c’est que les cinquième et sixième rangs d’orchestre correspondent à une catégorie 3, et culminent à 125 euros. Ça peut même être un peu moins, si on déclare être étudiant, ce dont on ne s’est bien sûr pas privé, en en endossant une fois sur place le costume, avec une paire de converse et un tee-shirt Petit Bateau. Autant vous dire que cet étrange équipage tranchait sévèrement avec les robes de soirée et autres complets grisâtres de la population locale ! Mais à deux, on aura vite compris que cela faisait une économie de 740 euros et un beau voyage à la clé, comme le reconnaîtront deux de mes fidèles lecteurs, que j’ai retrouvés deux rangs devant moi et qui n’ont pas hésité une seule seconde à s’associer à cette épopée bartolesque !

Avant d’en venir au récital proprement dit, deux mots encore sur la salle ne seront pas de trop, car sa taille n’est malheureusement pas sans incidence sur la perception du concert. Je n’avais encore jamais mis les pieds à la Festspielhaus de Baden-Baden et je dois avouer que je ne m’attendais pas à découvrir une salle aussi immense. Comptez que cette ancienne gare, transformée en gigantesque scène d’opéra, peut accueillir jusqu’à 2500 spectateurs (si on veut un ordre de grandeur, c’est 2700 à la Bastille) et qu’il est par conséquent très rare que les spectacles soient sold out. Si la règle veut qu’un concert de Cecilia Bartoli se joue toujours à guichets fermés, on peut donc dire que la maison des festivals de Baden-Baden est l’exception qui confirme la règle. Aussi ne voit-on jamais de pauvres hères arpenter les abords du théâtre avec une pancarte : « cherche place ». Bien que ce ne soit pas la première fois que Cecilia Bartoli s’y produise et y rencontre le succès, je dois avouer que son choix de privilégier une salle de cette dimension, qui rend insuffisamment justice à sa voix, me laisse sceptique.

Les récitals de Cecilia Bartoli étant basés, comme toujours, sur une alternance d’airs rapides et lents, c’est avec Gelosia, un air de passion, tiré de la fin du premier acte d’Ottone in villa, que la chanteuse a fait son entrée, qui se voulait fracassante. On connaît tous ce fameux air extrait du premier opéra de Vivaldi (je mets un lien sur Youtube pour ceux pour qui il demeure inconnu) : c’est l’un des plus redoutables que le compositeur ait jamais écrits. Il met en scène la rage d’un amant qui découvre la trahison de sa bien-aimée, et ce qui est proprement bouleversant dans cet air, c’est non seulement la sonorité des mots qui créent tout une atmosphère (il suffit de penser aux cascades de vocalises sur le mot inferno), mais aussi le rapide changement de tempo qui fait écho au changement d’état psychologique du héros, lequel passe ainsi de la fureur de l’homme jaloux à la langueur de l’amant éperdu. Pourtant, dès les premières notes, le son produit par l’orchestre m’apparaissait tout petit – l’effectif n’avait clairement pas été proportionné aux dimensions de la scène –, tout comme la voix de la chanteuse qui paraissait mal s’accommoder du volume de la salle. Tout ceci, je dois dire, n’était pas sans générer une petite frustration. Car, pour la première fois de ma vie, j’ai eu l’impression que Cecilia Bartoli ne chantait pas cette aria avec la facilité qu’on lui connaît. Entendons-nous bien : l’air était magnifiquement restitué, et je ne connais aucune chanteuse qui peut rivaliser avec elle sur ce terrain-là. Mais ce qui était tout à fait nouveau, c’était la difficulté de l’interprète à aboutir au résultat qu’elle souhaitait, et cette difficulté était perceptible sur le visage de la chanteuse qui semblait beaucoup plus crispé qu’à l’accoutumée. Or ce qui est fascinant chez Cecilia Bartoli, ce n’est pas seulement son intrépidité vocale, c’est le naturel avec lequel elle vocalise, et ce soir-là, il n’est pas exagéré de dire que ce naturel faisait quelque peu défaut.

La chanteuse a enchaîné ensuite avec un air plus lent, Zeffiretti che sussurate, que Vivaldi a réutilisé dans l’opéra Ercole sul termondonte. Malheureusement, la petitesse du son de l’orchestre, n’en était ici que plus manifeste car nous avons affaire à un air où la voix dialogue avec deux violons solos et deux clavecins, qui personnifient la nature dans laquelle est plongée l’héroïne qui confie son message d’amour aux éléments. Cet air, qui doit être murmuré, et qui joue sur les sonorités et les effets d’écho (consolate répond à mormorate qui répond à son tour à sussurrate), avait encore quelque chose d’un peu sec dans cette salle aux proportions gigantesques.

Loi du contraste oblige, la chanteuse est alors revenue à la charge avec un air à vocalises rapides, le fameux Siam navi all’onde algenti, extrait de l’opéra l’Olimpiade. Dans cet air de toute beauté, qui est une célébration de la folie amoureuse, où les hommes sont comparés à des navires qui vont à vau-l’eau, et leurs passions à des vents impétueux, la chanteuse a mobilisé tout l’engagement personnel dont elle est capable sur scène. Toutefois, sans vouloir encore une fois donner l’impression de titiller, je dirais que le souffle était moins long, et les respirations plus fréquentes. Mais que les choses soient bien claires : que cet air ait pu sembler difficile à chanter ne veut bien sûr pas dire qu’il fut hors de portée pour l’interprète et on devrait se souvenir de la phrase de Spinoza qui disait que « les choses difficiles sont aussi belles que rares. » Le chant est resté impeccable et le public ne s’y est pas trompé en applaudissant à tout rompre la diva.

Avant que celle-ci ne revienne, les musiciens de l’ensemble Matheus ont exécuté avec fougue une petite symphonie tirée de l’Olimpiade. Force est de reconnaître que j’écoutais à peine la musique, je me demandais plutôt intérieurement, le front brûlant : « Mais que se passe-t-il ? Pourquoi la mise en route est-elle si difficile ? ». Ma momie, à qui ce brusque changement n’avait pas bien sûr échappé, s’était alors retournée vers moi, en me communiquant son inquiétude par un regard agité. Il faut dire que j’ai toujours craint le moment où je me dirais : « Tiens, ça elle ne le fait plus comme avant », que je croyais fatalement cette heure venue. Fort heureusement, les quelques doutes qui avaient commencé à m’ébranler pendant cet intermède musical, se sont bien vite dissipés avec le quatrième air, Sposa, son disprezzata, que la chanteuse a interprété de façon absolument royale. Dans cet air, extrait de l’opéra Bajazet, il est question d’une princesse outragée, Irene, qui vient d’apprendre que l’homme qu’elle aime, Tamerlano, renonce à l’épouser. Il s’agit d’un lamento sublime, d’une intensité émotionnelle telle que le spectateur le plus indifférent aurait pu entrevoir ici des mondes de douleurs. Un air, enfin, dans lequel la chanteuse s’est totalement surpassée, surtout dans son da capo qui ménageait d’incroyables notes filées sur le mot speranza. On aurait cru d’ailleurs que ces quelques notes tombaient du ciel.

Je commençais à reprendre vie pendant le second intermède musical, l’ouverture de l’Orlando furioso. Cecilia Bartoli, qui n’avait pas dit son dernier mot, est alors revenue sur la scène avec le très poignant Gelido in ogni vena, tiré de l’opéra Farnace, qu’elle avait déjà exhumé dans l’Album Vivaldi. Une aria di tomba, où le héros se retrouve figé devant le tombeau de son fils qu’il croit mort, et dans lequel la musique n’est pas sans rappeler les premières notes glacées du concerto L’Hiver des Quatre saisons. Claudio Osèle a des mots parfaitement justes pour décrire cet air dans lequel il devine derrière « le timbre vitreux des cordes qui éclatent soudain en un forte », l’intensité d’un hurlement de douleur. On disait autrefois que Cecilia Bartoli ne pouvait pas chanter cet air sans penser à son frère mort et que c’est pour cela que son visage se figeait sur scène et ressemblait à un masque de tragédienne. Il est certain en tout cas que, onze ans plus tard, on atteint toujours au comble de l’émotion et qu’on ressort de cette expérience complètement transformé, les yeux chargés de larmes. Et l’on apprécie la délicatesse du public allemand qui, probablement sous le coup de l’émotion, est mieux disposé que le public parisien à laisser mourir le son avant que d’applaudir à tout rompre.

Pour clore cette première partie, il fallait un nouvel air rapide, et ce fut Anch’il mar par che sommerga, tiré de l’opéra Bajazet. Un air de bravoure, puisque le morceau témoigne des capacités hors du commun que possédait le castrat Giovanni Manzoli pour qui il fut écrit à l’origine, et un air de tempête à la fois, puisqu’il est question d’un navire qui s’engouffre dans la mer. Si l’air est toujours de nature à susciter l’émerveillement, on croit deviner que la chanteuse ne dispose plus tout à fait des mêmes facilités qu’autrefois pour en venir à bout. Voilà qui était alors de nature à relancer pendant l’entracte la machine à hypothèses. Avec ma moitié et mes amis dijonnais, on les passait toutes en revue. Il y avait les raisons contingentes : la salle était-elle un problème ? le chef était-il un trouble-fête, en cherchant constamment ses partitions, en n’étant jamais prêt à temps ? l’interprète était-elle fatiguée après une saison qui s’était révélée particulièrement épuisante ? Et les raisons plus sourdes qu’on n’osait à peine évoquer : l’âge de la chanteuse était-il en cause ? Tout le monde y allait de sa petite musique et au verdict effrayant : c’est plus comme avant, certains avançaient plus sagement : Non, ce soir c’est différent.

Force est de reconnaître que ce sont ces derniers qui avaient raison. Dans la seconde partie du concert, Cecilia Bartoli, qui avait entre-temps changé d’équipage, est revenue sur la scène plus éblouissante que jamais, dans une robe rouge écarlate, qui devait détromper nos plus funestes craintes et devenir en quelque sorte le porte-drapeau d’une vitalité retrouvée. C’est ainsi que le concert a redémarré sur Quell’augellin che canta, un air tiré de La Silvia, une pastorale dans laquelle l’héroïne célèbre le bonheur de chanter, avec des guirlandes de notes sur le mot canta. Dans cette aria si tendre et si suave, la bergère compare la liberté que le ciel lui a donnée à celle d’un oiseau qui sautille au milieu des hêtres. Un air où la voix dialoguait avec une flûte et s’entortillait à elle comme un lierre, et un air aussi pendant lequel le visage de Cecilia Bartoli s’illuminait de cette joie communicative si caractéristique. Il y avait dans cet air le même climat, la même atmosphère printanière que dans le Felicissima quest’alma de Haendel, qui devait faire bondir notre cœur de plaisir.

Toutefois, je dirais que le coup de grâce est venu avec l’air suivant, Sol da te mio dolce amor de l’opéra Orlando furioso, que Jean-Christophe Spinosi, au moment où j’écris, s’apprête à redonner ce soir au festival de Beaune. C’est probablement le plus bel air de tout l’opéra, un air d’une incroyable sérénité, où le chevalier Ruggiero, sous l’emprise d’un filtre d’amour, ne reconnaît plus Bradamante. Un instrument, omniprésent dans cet air, se dégage de tous et symbolise le filtre : c’est la flûte traversière de Jean-Marc Goujon, avec laquelle la voix de notre chanteuse concertait pendant près de huit minutes de pure magie.

Dans l’air qui suivait, un air de vaillance, toujours extrait de l’Orlando furioso, on changeait de registre émotionnel, pour passer de l’extase amoureuse à l’alarme guerrière. La chanteuse avait retrouvé tout le mordant, toute l’élasticité de sa voix et cet air, qui n’a pas de da capo, n’avait pour le spectateur transi que j’étais qu’un seul défaut, celui d’être trop court.
À un bref épisode instrumental, l’allegro d’un concerto pour violon, dans lequel Jean-Christophe Spinosi et son premier violon Laurence Paugam ont donné la pleine mesure de leur talent, devaient encore succéder deux autres airs élégiaques, Se mai senti spirarti sul volto et Sovvente il sole, tirés respectivement de Catone in Utica et de Andromeda liberata, deux airs que je ne connaissais pas et sur lesquels je serai donc un peu moins loquace, mais qui viennent démontrer que la chanteuse se surpasse autant dans l’art du lamento que dans la pyrotechnie vocale la plus flamboyante, qu’illustrait enfin le dernier air rapide du concert, Se lento ancora il fulmine de l’opéra Argippo, impeccablement rendu. Un air de fureur, hyper virtuose, avec lequel devait se conclure ce concert qui s’est ainsi mieux terminé qu’il n’avait commencé.

Le spectacle avait beau être achevé, on n’avait toutefois encore rien vu. La chanteuse préparait son retour avec deux bis qui devaient aller droit à mon cœur puisqu’il s’agissait de deux airs de mon compositeur fétiche, à savoir Haendel. Nous étions cette fois devant une Bartoli tout feu tout flamme, un cran au-dessus de celle que nous venions de quitter dans la seconde partie du spectacle, et qui allait définitivement mettre le feu aux planches de la Festspielhaus. Il s’agissait de deux airs déjà entendus l’hiver dernier à Pleyel, tout d’abord, M’adoro l’idol mio extrait de Teseo, un air d’ardeur amoureuse, où Haendel a imaginé une joute musicale entre la voix de l’héroïne et un exquis hautbois, qui n’est pas sans rappeler le Va tacito de Giulio Cesare avec le cor naturel. Il fallait voir comment cette fière artiste alignait ses vocalises hallucinantes avec une incroyable insolence. On navait encore rien entendu de pareil de toute la soirée. Et pendant que tous les spectateurs commençaient à se soulever d’enthousiasme, Cecilia, radieuse, demandait si on voulait continuer : le public était en transe. Notez bien que c’est dans le bis suivant, qui devait malheureusement être le dernier, que la chanteuse allait frapper définitivement les esprits. La chanteuse avait choisi d’interpréter Destero dall’empia Dite, l’air de Melissa dans Amadigi, un air encore plus fou, encore plus redoutable que jamais, enchaîné à une vitesse diabolique, et où il ne s’agit plus d’un dialogue à deux, comme tout à l’heure avec le hautbois, mais à trois, avec la trompette naturelle. La regina enchaînait ses vocalises et ses staccatos sublimes de précision avec la même facilité qu’un pur-sang qui vient à bout de n’importe quel saut d’obstacle. C’était d’ailleurs tellement incroyable que même les deux ou trois couacs du trompettiste, qui ne pouvait manifestement pas suivre la cadence infernale, avaient quelque chose de tout à fait attendrissant ! Il y avait en effet quelque chose proche du sublime dans le regard indulgent de la chanteuse sur cet instrument quelle avait terrassé !

 Le concert s’est finalement achevé comme s’achève toujours un concert de Cecilia Bartoli, par une standing ovation. C’était bien le moins qu’on pouvait offrir à cette généreuse artiste qui était parvenue à tirer parti de cette gigantesque salle et à se battre comme une lionne pour donner le meilleur d’elle-même. Le sourire de la diva en disait long en nous quittant : il était le salaire de leffort accompli et le triomphe de la grâce, de la vraie liberté sur le travail obstiné. Et comme il s’agissait du dernier concert de sa saison, on pouvait y deviner aussi les prémices d’un repos bien mérité, avant la reprise de Semele en décembre prochain. Tel est le paradoxe : l’été a à peine commencé qu’on se dit déjà : vivement l’hiver !

samedi 9 juillet 2011

La Lozère, à nous deux maintenant !

Les premières années, quand j’allais en Lozère, je me comportais comme un parfait Parisien, j’étais à la recherche d’un cadre idyllique pour lire et me reposer. Je ne quittais pas ma chambre, je me contentais d’écoper ma malle à livres, ou si j’en sortais, c’était uniquement pour lire en bronzant dans le jardin. C’est comme cela que j’ai lu la moitié de La Comédie humaine et raflé au passage quelques coups de soleil, tout absorbé que je pouvais être dans mes lectures. Un jour, en faisant mes courses dans les rues de Saint-Chély, ma curiosité a été piquée par les quelques bizarreries gastronomiques qui trônaient comme des trophées derrière les vitrines des bouchers : le sac d’os de Monsieur Prunière, la jambonnette de Madame Pradal et les saucisses à l’huile en bocal. Mon estomac ayant, comme la nature, horreur du vide, il me fallait goûter à toutes ces merveilles. Très vite, je devins incollable sur toutes les autres spécialités de la région, les fricandeaux aux orties, le museau farci, les coustellades de porc. 
Plus les années passent, et plus je m’efforce de progresser dans la connaissance intime de la Lozère. L’an dernier, j’ai surtout étudié la topographie lozérienne, en sillonnant les hauts plateaux de l’Aubrac, de Nasbinals à Laguiole, en dévalant les Gorges du Tarn, du Point Sublime à Sainte-Énimie, et en escaladant, tel un chamois souple et léger, les rochers de la Margeride.

Cette année, ne me contentant plus des quelques saucisses qui souriaient dans mon assiette, j’ai donc voulu remonter des charcuteries aux charcutiers, des créations aux créateurs. Car pour dompter la Lozère, vous admettrez comme moi qu’il faut d’abord se concilier les Lozériens et aller au contact de ces hommes et ces femmes qui incarnent si exemplairement ce pays. C’est comme cela alors que, mieux quun député, jai sillonné les terres et me suis entretenu avec plusieurs acteurs de la gastronomie lozérienne, d’abord avec Monsieur Clavel à La Canourgue, ensuite avec un producteur de confitures de Saint-Georges-de-Lévéjac et, last but not least, avec Madame Fages, la présidente de la guilde des charcutiers de Lozère à Langogne.

Commençons par le début : La Carnougue. J’eus d’abord l’idée de découvrir la maison Clavel dont l’adresse m’avait été soufflée par l’auteur du Guide des bons produits, Vincent Ferniot, un guide précieux malheureusement épuisé et non réédité depuis 2005. À peine arrivé dans cette petite commune où le Lot rencontre sur son chemin le l’Urugne, je découvrais un tout autre spectacle : d’antiques maisons à colombages qui s’élevaient au pied de ces deux sources qui s’entortillent si bien au bâti que les élus n’ont pas hésité à baptiser leur ville « petite Venise lozérienne ». Après tout, Brantôme est bien surnommée la Venise du Périgord, Bonneval la Venise de la Beauce, Crécy-la-Chapelle la Venise de la Brie, Montargis la Venise du Gâtinais, etc. : il fallait bien que la Lozère ait aussi la sienne ! Entre deux maisons à encorbellement, on découvre la demeure de Céleste Albaret, la servante de Proust. J’ignorais que cette dernière était la fille d’un meunier du coin, qui eut la bonne idée d’épouser Odilon Albaret en 1913, le chauffeur de taxi attitré de l’auteur d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs. L’année suivante, Céleste entrait au service de Proust et jusqu’à la mort de celui-ci, elle allait recueillir toutes ses confidences, au point de passer auprès des proustologues pour celle qui l’avait le mieux connu. Sa maison est maintenant transformée en bibliothèque, ouverte deux heures par jour, et quatre jours sur sept, mais on y trouve quand même son livre, Monsieur Proust, qu’elle s’est décidée à écrire 50 ans après la mort du grand écrivain.

À La Canourgue, on a l’embarras du choix pour trouver de bons pâtés et de délicieuses saucisses, mais c’est toutefois sur les hauteurs de la ville, à l’emplacement de l’ancienne bastide, que Clavel a bâti son empire charcutier, dans un entrepôt moderne hyper sophistiqué. On reste étonné par la taille et l’allure de la fabrique, et à la question de savoir si l’on peut trouver ses bons produits sur Paris, on apprend que non. L’intéressé a bien tenté une fois de déposer ses bocaux, mais n’a jamais vu la couleur de son argent. Il a dû monter, à l’occasion d’un voyage à Paris, avec deux gars à lui pour récupérer son chèque. Échaudé par ces Parisiens qui veulent bien acheter, mais ne jamais payer, il préfère donc se limiter au marché lozérien et distribue ainsi ses produits dans toutes les GMS [Ndlr : grandes et moyennes surfaces], ce qui suffit, visiblement, à ses besoins. On est content d’avoir découvert cet atelier qui manque juste un peu de poésie et on se sépare en achetant des manouls, le nom lozérien pour les tripoux auvergnats, et quelques-uns des museaux farcis qui avaient fait nos délices l’an dernier.

On reprend son bâton de pèlerin et l’on arrive ensuite par je ne sais quel chemin dans le village de Saint-Georges-de-Lévéjac, en haut du causse de Sauveterre qui domine les Gorges du Tarn. Et l’on tombe nez à nez devant un pavillon dont le portail comporte deux macarons du Routard. Il s’agit de La Sauvagine, l’enseigne des délicieuses confitures lozériennes. J’avais découvert cette marque il y a trois ans, en faisant mes courses au marché barraban, qui est une sorte de KaDeWe à l’échelle locale. À l’époque, j’avais acheté un pot de crème de marrons, qui s’était révélée la meilleure crème de marrons que j’avais goûtée. Séduit, j’avais essayé ensuite la confiture de myrtilles, et cet essai devait aboutir au même verdict ! Voilà pour le coup une confiture qui n’a clairement pas volé son trophée Lozère gourmande 2008 ! Depuis cette date, l’enseigne accumule les distinctions, et il ne s’est pas écoulé une seule année sans que les institutions en charge de promouvoir les bons produits de la région ne lui renouvellent son prix.

Il est difficile de décrire le plaisir que j’ai eu de tomber devant ce portail car les confitures de La Sauvagine n’étaient plus en vente cette année au marché barraban, là où j’ai l’habitude de faire mes courses. La patronne du marché a préféré donner sa chance à un autre petit producteur, qui a moins le vent en poupe. Entendez : qui n’irrigue pas les grandes surfaces, avec lesquelles le marché barraban entend cultiver sa différence ! Car si vous augmentez la production dans des proportions telles qu’on trouve les pots de l’enseigne dans n’importe quel supermarché, vous vous exposez au soupçon que vos fruits ne viennent pas de la Lozère, mais d’un autre région, voire d’un autre pays. Or, la plupart des préparations de La Sauvagine, sirops, confitures et condiments, sont réalisées avec des fruits de Lozère de première qualité, exceptées, bien sûr, les confitures de figues ou doranges amères et les poivrons confits. Mais comme le marché barraban a de très hautes exigences et n’entend pas prêter le flanc à la moindre critique, il était écrit que nous serions, ma moitié et moi, les deux victimes collatérales de cette politique rigoureuse. Il est donc permis de croire qu’il y a une justice sur cette terre car nos pas devaient nous conduire, par le plus pur des hasards, devant le laboratoire central de fabrication de La Sauvagine : un petit pavillon, planté au milieu des champs, qui ne payait pas de mine et équipé de deux panneaux solaires qui permettent de chauffer l’eau dont on a en permanence besoin pour nettoyer les chaudrons. Le parking a été aménagé en local de vente, avec des bibliothèques en pin où, en guise de livres, l’on découvre des confitures et des sirops de fruits. Et c’est juste derrière ce local que s’engage l’activité : une production en petite quantité, totalement artisanale, assurée par le mari et sa femme, et qui ne mérite sans doute pas les foudres du marché barraban! On apprend en effet que tous les fruits sont bio et achetés à des producteurs bio, mais si lon ne trouve pas sur l’étiquette le logo AB, c’est uniquement parce que le fabricant n’a pas envie de payer la somme de 1400 euros dont s’acquittent déjà les producteurs auxquels il achète ses fruits. Et quand on fait part à ce producteur de la tristesse qu’on a de ne plus trouver ses confitures au marché barraban, lintéressé nous répond : « Que voulez-vous, il faut bien que je vive, et pour vivre, je ne peux pas me contenter de vendre mes produits à quelques marchands alternatifs, je suis obligé de les vendre aux autres supermarchés, ce qui déplaît fortement à quelques-uns. » De façon intéressée, on lui demande ensuite où l’on peut trouver ses produits sur Paris, en dehors de La Maison de la Lozère, où nous avons l’habitude de nous fournir le reste de l’année. Il nous répond : À la ville de Rodez, rue Vieille-du-Temple, mais il nous met en garde car si jamais nous y allons, les pots seront méconnaissables puisque les revendeurs lui ont imposé de changer ses étiquettes au motif qu’elles ne leur plaisaient pas du tout.
Moi : — Mais elles sont pourtant très belles vos étiquettes !
Lui : — Ben oui, on s’efforce de faire de notre mieux, on les personnalise, regardez on a mis un Gargantua à côté du gratte culs.
Moi : — Ah oui !
Lui : — Vous connaissez la confiture de gratte culs ?
Moi : — Non, jamais essayé.
Lui : — Attendez…
Le voilà qui se faufile derrière son atelier et revient quelques minutes plus tard avec un petit échantillon de gratte culs. Vous aimez le roquefort, nous demande-t-il ? Nous : « Oui, bien sûr ! » Tenez, nous dit-il alors, essayez donc cette confiture avec un petit morceau de roquefort ou, si vous n’avez pas de roquefort, avec un bout de bleu. Vous m’en direz des nouvelles. De retour à la maison, nous n’avions ni roquefort ni bleu, mais une tome de la Margeride qui commençait à se bleuter. Nous avons appliqué à la lettre les conseils du maître, c’était en effet à se damner !

Au cours de cette plongée au cœur de Saint-Georges de Lévejac, ma moitié avait repéré sur une affiche l’annonce d’un feu d’artifice à Chanac, en l’honneur des fêtes votives du village. Le feu devait être tiré le vendredi soir, et comme nous sommes grands amateurs de feux d’artifice, il n’était pas question, sous quelque prétexte que ce soit, de louper ce rendez-vous. Or, là encore, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que, dans la foulée de ce feu d’artifice, allait être organisée une « soirée mousse géante », ralliant toute la jeunesse chanacoise !

Car vous serez d’accord avec moi pour dire que si les soirées mousse sont monnaie courante, les soirées mousse géantes, en revanche, le sont nettement moins et méritent, sous ce rapport, la plus grande attention ! Moi qui avais toujours rêvé d’assister à une soirée mousse géante, vous pensez si j’en ai été pour mes frais, dans la salle polyvalente du camping de Chanac ! Et le lendemain samedi, alors que la Gay Pride battait son plein dans les rues de Paris, les rues de Chanac vibraient au rythme du concert de Stevo’s teen et du défilé de majorettes.

Les majorettes, dont on se réjouissait fort de voir le défilé, nous auront, je dois l’avouer, un petit peu déçus. Qu’on s’explique ! Si la fanfare était présente, le bataillon possédait une étrange allure. Manquait l’uniforme, à savoir le képi, la jupe plissée et les bottines cirées, bref toute la panoplie de la parfaite majorette. Mais il est vrai que la chaleur, écrasante ce jour-là, commandait un moins leste équipage. Faisait défaut aussi la concentration. Force est de constater que le geste n’était pas très assuré, qu’il manquait de régularité et que nos majorettes, attendrissantes au demeurant, maniaient le bâton avec infiniment moins de dextérité que les majorettes de Saint-Yrieix-la-Perche, qui resteront dans mon souvenir, comme dans celui de ma moitié, comme l’unique référence en la matière.

Cette fête n’aurait par ailleurs pas été complète sans le défilé du corso fleuri, entraîné par la jolie danseuse de la troupe Pina Colada qui a mis le feu au village.

Quelques jours plus tôt, tout heureux de disposer d’un merveilleux char pour moi tout seul, je m’étais même entraîné dans le Beaujolais :

Passé cet intermède, nous avons repris notre sérieux en allant à Langogne la seconde semaine, pour tester une deuxième adresse référencée dans le guide Ferniot : la maison Fages, célèbre, entre autres, pour avoir remporté en 1999 le concours de la plus longue saucisse, avec ses 23,7 kilomètres ! Le problème de cette maison, c’est que ses produits sont tellement extraordinaires et d’une qualité si élevée, qu’ils ont pour effet d’abaisser automatiquement d’un cran tout ce que nous avons testé en matière de charcuterie lozérienne quelques jours plus tôt. Que je vous en dise donc plus.

On reste d’abord stupéfait devant la beauté des produits (les côtes de porc sont rose bonbon) et devant la très grande variété de saucisses et saucissons. Avec un peu de chance, ce sera le responsable de la fabrication qui, avec son bon sourire, vous accueillera derrière ses rosettes et ses jésus entier dans cette boutique qui accumule prix et trophées. Sa mine réjouie plaide incontestablement en faveur de chacune des spécialités de la maison qu’il vous décrit avec un luxe de détails, comme la Toupinette qui est l’autre nom de la potée lozérienne. Vous ne connaissez pas une variété de saucisse qu’il vous la met déjà en scène, en vous expliquant comment la préparer, avec quels aromates. À l’écouter, on a donc envie de tout acheter et l’on craque ainsi devant une saucisse sèche à la biche et aux myrtilles, une paire de saucisses aux cèpes, deux énormes bocaux de tripoux, du jambon de Bourgogne, du fromage de tête, de la hure, un murson et une maoche, les deux spécialités de la maison.

Le murson est un saucisson au vin blanc et aux oignons, à cuire à l’eau comme un saucisson lyonnais, puis à griller sur un barbecue ; la maoche que l’on voit ici est une saucisse joufflue au chou et aux herbes, qu’il faut faire cuire au four sur un lit de pommes de terres arrosées de vin blanc et parsemées d’ail et d’une feuille de laurier.

Succès garanti ! Quant à la hure, cest assurément une des meilleures que j’aie jamais goûtée, non seulement elle était très tendre et fondait dans la bouche, mais on devinait aussi derrière le bon goût de la viande, le délicieux bouillon dans lequel elle avait cuit. On se doute qu’après toutes ces agapes, il fallait beaucoup d’exercice pour éliminer tout ça et être digne des bains allemands qui m’attendaient à Baden-Baden.

Notez que cette virée à Langogne aura aussi été l’occasion de discuter avec la patronne, qui est restée éberluée quand on lui a dit tous les kilomètres que nous avions accomplis pour découvrir ses produits. Pour un habitant de Langogne, Saint-Chély-d’Apcher est en effet le bout du monde. Elle nous parle spontanément de sa boutique, sa grande fierté, mais ne cache pas la dureté du métier. Langogne est en effet une ville en plein déclin qui a vu ses commerces fermer les uns après les autres. En 1977, quand elle a ouvert sa boucherie charcuterie, la ville comptait 10 bouchers ; il n’en reste maintenant plus que quatre en activité. Plusieurs facteurs ont joué : l’exode rural, bien sûr, mais surtout les grandes surfaces, où les gens vont maintenant faire les courses. « Que voulez-vous, c’est tellement pratique, on met tout dans son caddie, on paye et c’est terminé. » On a beau lui objecter que ce n’est quand même pas pareil, que les produits ne sont pas les mêmes, elle nous répond, un rien désabusée, que les gens ne s’en rendent même plus compte ! Et il est vrai que lorsque je vais à l’Intermarché de Saint-Chély acheter mon charbon de bois, je suis toujours surpris de voir dans les caddies des saucisses sous cellophane et des Caprices des dieux, alors qu’une bonne saucisse au couteau atteint 8 euros le kilo dans ces contrées, et qu’un excellent Cantal plafonne à 9 euros le kilo chez le fromager.

Je rassure mon interlocutrice en lui disant que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau ni rien d’aussi appétissant à plusieurs kilomètres à la ronde, et pour l’encourager, j’en déduis que les affaires doivent être florissantes. Elle précise : « Oui, l’été ». J’apprends alors que 70% de la production est vendue entre juin et septembre, aux vacanciers. L’hiver est rude dans les montagnes, ce n’est pas chose facile que de continuer à travailler. En discutant plus longuement, on se rend compte qu’il existe peut-être une troisième raison au déclin des commerces : les normes européennes qui ont tout compliqué, au point que plusieurs artisans n’ont pas pu suivre. Certains, par exemple, n’avaient pas terminé de rembourser leur petite entreprise qu’ils se trouvaient contraints de réaliser de nouveaux investissements pour se mettre en conformité avec ces normes. Ils ont donc fermé leur commerce. D’autres ont survécu en faisant de nouveaux emprunts. Quant à la question de savoir si les normes ont tué le goût, elle répond sans ambiguïté : « Jusqu’à présent, non, on a réussi à résister, mais maintenant, un grand danger nous menace. » Nous : « Ah bon, lequel ? » Elle : « Vous voyez les saucissons que vous avez achetés, ils sont réalisés avec des chaudins, c’est-à-dire des boyaux naturels. Ces boyaux, en séchant, produisent cette jolie couleur blanche qui ressemble à de la farine : ce sont des mycéliums, c’est-à-dire des champignons. Et bien on voudrait en finir avec les boyaux naturels et nous imposer des boyaux en plastique au motif qu’il y a des gens allergiques au mycélium. » Elle, se faisant plus pressante : « Vous imaginez ce que serait un monde avec des saucisses avec des boyaux en plastique ? » On n’ose en effet y penser sans frémir, et cet exemple nous montre une fois de plus que l’aseptisation des choses conduit parfois aux pires abominations. Après 34 ans de services, Madame Fages est en train de transmettre son tablier à sa fille qui a maintenant pris la relève, mais la maman ne reste jamais très loin pour lui donner un coup de main, notamment l’été.

Enfin, entre deux chapitres du Comte de Monte-Cristo, j’ai repris les jours suivants mes promenades dans les forêts de sapins odoriférantes, en empruntant des sentiers sablonneux, bordés de genêts, de bouleaux et parsemés de pommes de pins éclatées.

Ces chemins, qui se hissent jusqu’à la crête des montagnes, conduisent parfois, entre deux précipices, jusqu’à des champs et de frais pâturages qu’on traverse en pensant alors à Flaubert : « comme les moutons qui broutent le thym parmi les prés ont ensuite la chair plus savoureuse, quelque chose des saveurs de la nature doit pénétrer notre esprit s’il s’est bien roulé sur elle » écrivait le maître, un soir d’août 1853.

Alors on se roule dans les foins, quand ils n’ont pas encore été fauchés et qu’ils se balancent encore dans le vent. Et lorsqu’ils ont été fauchés, on s’enroule aux meules, qu’on essaie de dompter, par quelques sauts périlleux. On fait peut-être moins le fier devant les vaches et les veaux, d’autant qu’un taureau veille au grain pas très loin, et on se contente, derrière les barbelés, de contempler sagement ces statues vivantes jetées dans ce vert paradis.

Voilà la Lozère sous une dernière facette. Ce sont des paysages à vous couper le souffle, mais qui, paradoxalement, vous aident à respirer. Et du souffle, vous vous doutez bien quon en aura à coup sûr besoin, pour ne pas s’évanouir de plaisir en allant à Baden-Baden écouter la divine Cecilia