lundi 11 mai 2009

Vérone et le Museo Civico d’Arte

Tous les sites palladiens étant fermés le lundi à Vicence, c’est donc à Vérone que nos pas nous ont entraînés aujourd’hui. Pour n’avoir pas à gérer la problématique du stationnement, qui peut vite devenir un véritable casse-tête en Italie (sauf à Parme où se garer est gratuit pour les étrangers), nous avons pris le train, sachant qu’il faut à peine une heure pour aller de Lerino jusqu’à Vérone et que, par ailleurs, le coût du transport est vraiment modique : 3, 85 euros pour un aller simple (le même prix que pour aller à Venise).
Comme dans certaines villes de Vénétie, l’influence de Venise se fait ici beaucoup sentir. Il suffit d’ouvrir bien grand les yeux pour voir les arcs trilobés des loggias ou les colonnettes torsadées des fenêtres qui ornent les palais et les maisons. Mais, à la différence de Venise, les voitures sont présentes dans la ville, les maisons sont légèrement plus hautes, on y vend aussi un peu moins de cochonneries dans les boutiques et, surtout, on y trouve d’excellentes pâtisseries à plusieurs coins de rue (je donnerai bientôt les adresses), ce qui est loin d’être le cas dans d’autres villes du Nord de l’Italie.
L’inconvénient de Vérone, c’est que, comme à Venise, les cars déversent des hordes de touristes mais qui ont tous la même idée d’aller se faire photographier sur le balcon de Juliette et de rôder autour des arènes de Vérone qui n’ont rien à envier à celles de Nîmes. Il suffit alors, comme à Venise, de s’éloigner un peu du centre et des grandes artères pour se retrouver dans des rues complètement désertes. Mais en attendant, on aurait du mal à éviter les quelques points incontournables que sont, tout d’abord, la fameuse Piazza delle Erbe, une des plus belles places de Vérone, bordée par de belles maisons couvertes de fresques,

et la Piazza dei Signori, plus discrète, plus harmonieuse, plus aristocratique aussi, avec ses palais à la fois beaucoup plus anciens, comme le palais communal,
et beaucoup plus majestueux :


Au milieu de cette place, on trouve une statue de Dante qui a vécu à Vérone et qui a dédié une partie de sa Divine comédie à Cangrande Ier, dont le tombeau gothique est situé à quelques mètres de la place, mais demeure bâché car il est actuellement en complète restauration.

Le Duomo de Vérone, qui était fermé aujourd’hui, est somptueux. Hasard heureux des restaurations, sa façade vient d’être nettoyée et est maintenant resplendissante. Légèrement excentrée de la ville, la place carrée autour du Duomo est peu fréquentée par les badauds, ce qui fait qu’il était très agréable de s’y arrêter pour saucissonner et reprendre quelques forces avant la visite du Castel Vecchio.

Le Castel Vecchio aura été le clou de la journée. Deux mots ne seront pas de trop pour présenter ce bâtiment qui abrite un musée exemplaire à plus d’un titre. Le Museo Civico d’Arte, puisque tel est son nom, est hébergé dans cet ancien bâtiment militaire datant de l’époque des Scaliger, avec une grande cour qui était, jadis, une place d’armes.

Autour de ce bâtiment, se dresse une impressionnante muraille en briques, toute crénelée.

Mais là n’est absolument pas l’essentiel. Ce qui constitue vraiment l’intérêt de ce musée, en dehors bien sûr des admirables trésors qu’il recèle, c’est sa géniale scénographie que l’on doit à l’architecte Carlo Scarpa, qui a imaginé un parcours féerique avec des matériaux de très belle qualité : un chemin de marbre balisé par des portes ajourées en fer forgé.

La scénographie date de 1964 et n’a jamais changé depuis. Je dois reconnaître que je n’ai jamais vu un musée où les collections étaient aussi bien mises en valeur. Tout d’abord, les fresques ou les tableaux sont présentés dans leur immense majorité sur des chevalets au milieu des salles désertes, ce qui favorise indéniablement la perception que l’on peut en avoir. Le spectateur peut se pencher dans tous les sens, dessus, dessous, à droite, à gauche, scruter les auréoles poinçonnées des saints, sans craindre le rappel à l’ordre d’un surveillant qui exigerait que l’on maintienne une distance respectueuse à l’objet. Ensuite, chose extrêmement appréciable, on ne trouve aucune rampe de sécurité autour des œuvres exposées. Fait exceptionnel, aucune vitre ni aucune vitrine ne vient gêner la perception des œuvres. Le verre devant le tableau n’est jamais la solution privilégiée, il n’est qu’un dernier recours, quand le support est extrêmement fragile et que le tableau est dans un mauvais état de conservation, comme pour le Saint Jérôme de Jacopo Bellini. Mais qu’on se rassure car, juste en face du Bellini, il est possible d’admirer des tableaux aussi anciens que la célèbre Madone aux rosiers de Stefano da Verona qui date du début du Quattrocento et dans lequel la Vierge est placée dans un jardin construit comme une miniature persane.

Jamais le visiteur n’est infantilisé. Aucune ligne jaune à franchir, on peut être nez à nez avec le tableau et admirer sainte Catherine tressant des corolles de fleurs que lui apportent de petits anges.

Un exemple parmi mille avec La Sainte Conversation de Mantegna. J’ai découvert ce tableau l’an dernier au Louvre à l’occasion de la rétrospective Mantegna, derrière un cadre en verre et dans une salle obscure. J’ai eu l’impression cette fois de le redécouvrir à nouveau. La pièce était lumineuse et complètement vide. Le verre avait disparu. Il n’y a pas à dire, les conditions de perception modifient vraiment la perception esthétique d’un tableau.

Autre aspect à ne pas négliger, les œuvres sont présentées avec des fiches dans quatre langues différentes : français, anglais, allemand et italien bien sûr. A ma connaissance, c’est le seul musée italien à proposer cela. Même aux Offices de Florence, musée qui peut se flatter d’engranger des recettes bien supérieures à celles du musée de Vérone, les visiteurs étrangers sont loin de pouvoir bénéficier de telles facilités.

Dans la même salle, on trouve juste derrière le tableau de Mantegna un portrait Frantz Kolb par Faber von Kreuznach et un portrait de Rubens, La femme aux lychnis qui rappellera, pour ceux qui la connaissent, la femme à l’œillet de Pourbus (Musée des Beaux-arts de Nantes).

À noter encore, pour l’école vénitienne, un très beau Crivelli (La Vierge de la Passion), un magnifique Vivarini (Vierge à l’enfant), deux Carpaccio, deux Bellini dont un douteux, attribué à l’un de ses élèves, mais où il est possible de reconnaître, derrière la finesse des traits, la trace du maître :

Ce n’est pas fini : deux Véronèse, une Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste et une Descente de croix,

et, chose rare, un tableau d’un certain Gianfrancesco Caroto (1480-1555), peintre dont je n’avais jamais entendu parler et qui a représenté ici un enfant souriant qui présente son dessin.

Sur le plan iconographique, c’est un tableau insolite en raison de la présence d’un dessin d’enfant que son auteur montre avec fierté. Sur la feuille, apparaissent un œil vu de profil et une grosse tête informe.
 
Selon les indications fournies par les fiches descriptives, cette idée découlerait de certains modèles de Léonard. Mais Caroto a peint aussi de belles Madone, comme celle-ci que je trouve délicieuse.

Autre peintre que j’aurai découvert à l’occasion de ce voyage, Prospero Fontana, qui a peint une très belle Sainte famille avec saint Jean-Baptiste enfant et sainte Catherine qui tient ici la palme du martyre.

Bref, on n’en finirait pas d’énumérer tous les trésors qui abondent dans ce musée qui, dernier avantage, ferme ses portes assez tard pour un musée italien (19h30). Mais il faut rentrer car le dernier train de Vérone pour Venise est à 19h34.

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