vendredi 2 mai 2008

Garofalo : pittore della Ferrara Estense

Garofalo, Santa Lucia
Quand nous sommes arrivés hier à Ferrare, il y avait partout dans la ville des affiches qui indiquaient qu’une grande exposition sur Garofalo, le peintre ferrarais par excellence, avait lieu au Castello Estense. D’autres affiches signalaient une exposition sur Magritte au Palazzo dei Diamanti. Choix délicat? Non... Intrépides relativistes que nous sommes, nous avons opté pour un peintre de dixième rang, plutôt que pour l’un des papes du surréalisme, même si les tableaux du Garofalo que nous avions vus à Milan ne nous avaient pas laissé, c’est le moins qu’on puisse dire, un souvenir impérissable.
Je ne sais pas s’il s’agit de la première rétrospective consacrée à Benvenuto Tisi, dit Le Garofalo (1476-1559), mais il s’agit en tout cas du premier grand événement de la Fondazione Ermitage Italia qui a noué un partenariat avec le musée de l’Hermitage. Ça tombe bien parce que le célèbre musée de Saint-Pétersbourg conserve des dizaines de toiles de celui qu’on appelle avec beaucoup d’exagération et un sens redoutable de l’analogie le « Raphaël de Ferrare ». Mais Garofalo n’a ni la grâce, ni la douceur ni la subtilité de Raphaël, ni d’ailleurs aucune des qualités associées au grand peintre romain. Au contraire, sa peinture est plate, laide et bavarde.
Sachant que la longueur excessive des visages du Gréco a pu, à tort, être rattachée à une déformation du globe oculaire, on serait tenté, cette fois-ci, d’expliquer la laideur de la peinture du Garofalo par un fondement également naturaliste. Il se trouve, en effet, que Garofalo est devenu aveugle d’un œil en 1530 et qu’il a perdu, selon Vasari, complètement l’usage de ses yeux vers 1550.
La première salle de l’exposition, aux velours marron, montre un Christ qui porte la croix appartenant à une collection privée, et quatre Vierge à l’enfant en provenance de Copenhague, Argenta, Venise et Assise. Sur cette dernière, le Christ est couché sur un petit parapet, et sa tête repose un petit coussin bleu ciel avec des pompons. Pas très loin, deux cerises, dont une qui laisse apparaître le noyau, allusion probable au bois de la croix et au sang de la passion. La mise en scène est belle, on se laisse séduire. Mais tout se gâte dans la deuxième salle. On observe soudain des différences très importantes d’un tableau à l’autre : certains sont d’une laideur sans nom, comme La Madone avec saint Jérôme de Naples, le Saint Christophe de Vienne, La Circoncision du Louvre ou La Vocation de saint Pierre de la Galerie Borghèse qui accuse les plus graves faiblesses ; d’autres, au contraire, demeurent assez attachants, comme le Saint Jacques majeur de Florence, le Saint Sébastien de Naples ou la Pala Suxena de Ferrare qui place la Vierge sur un nuage épais d’où sortent plusieurs têtes d’anges musiciens. La troisième salle est une accumulation de tableaux monstrueux au nombre desquels figure la fameuse Immaculée Conception de Rome avec son miroir sans tâche (speculum sine macula) dans lequel Arasse a détecté, le premier, un autoportrait. On reprend enfin son souffle dans la salle voisine qui montre des tableaux des contemporains de Garofalo, tels que Francesco Francia ou Dosso Dossi, dont il est possible de voir la magnifique Sybille que le musée de l’Hermitage a de nouveau prêtée. Incontestablement, il s’agit là du plus beau tableau de l’exposition.

Les dernières salles rassemblent les grands formats du maître qui attestent, une nouvelle fois, que Garofalo était aussi peu doué dans le grand format que dans le petit, à l’exception de son Allégorie du Vieux et du Nouveau Testament (voir ci-dessus), toujours en provenance de Saint-Pétersbourg, et qui est certainement l’un des tableaux les plus savants et les plus médités du peintre.
Il va sans dire qu’avec un aussi mauvais maître, les élèves de Garafolo, car on en compte finalement quelques-uns, ne pouvaient guère aller très loin. C’est ce que révèlent les dernières toiles exposées. Mauvais prof, mauvais élèves.