mercredi 27 février 2008

Gabriel de Saint-Aubin au Louvre

Louvre, Salle de La Chapelle, mercredi soir. Deux heures de plaisir devant les dessins de Gabriel de Saint-Aubin qui, sa vie durant, a arpenté le pavé parisien, à l’aide de son précieux guide de Paris en huit volumes. Les sept premiers volumes ont été abondamment exploités, décortiqués et annotés de quelques croquis. Le huitième, consacré aux environs de Paris, n’a guère été lu. Sa reliure est intacte, alors que celle des sept autres est complètement abîmée. C’est là le paradoxe de Saint-Aubin : cet homme qui manifestait une curiosité sans borne pour toutes les attractions de la capitale n’en a manifesté aucune pour toutes les autres situées au-delà, à l’exception peut-être du château de Fontainebleau où il a bien daigné une seule fois se rendre – une anecdote qui n’a pas été sans me faire penser à Antoine lui-même qui, depuis qu’il habite Paris, n’a jamais consenti à ne visiter, en dehors de la capitale, que la cathédrale de Saint-Denis. Après avoir échoué au prix de Rome, et s’être tenu toute sa vie en marge du milieu artistique, Saint-Aubin s’est fait le chroniqueur du Paris des Lumières avec ses faibles, mais propres moyens : de remarquables dessins qui manifestent beaucoup de hardiesse et d’ironie. Peu d’événements lui auront échappé, que ce soit l’incendie de l’Hôtel-Dieu, les scènes de marivaudage au Colisée, la représentation d’Armide de Lully à l’Opéra de Paris en 1761 (voir dessin plus haut) ou encore le sacre de Voltaire à la Comédie française en 1778. Saint-Aubin n’a pas été beaucoup reconnu de son vivant et, encore une fois, ce n’est que grâce aux Goncourt que la peinture du XVIIIe siècle en général, et celle de Saint-Aubin en particulier, ont de nouveau été légitimées.

vendredi 1 février 2008

It’s a Free World de Ken Loach

Cinéma des cinéastes. Pas un bruit dans la salle. Un film terrible. Moins manichéen que les précédents, puisque l’héroïne, Angie (Kierston Wareing), qui est au début du film une victime du système néo-libéral (elle a enchaîné 25 jobs quand son père a exercé le même job pendant 25 ans) décide de s’en sortir, mais en faisant subir aux autres les misères qu’elle s’est prises de plein fouet. Après avoir été d’abord émue par la misère d’une famille de clandestins, au point de l’héberger chez elle, Angie va ensuite exploiter les pires ficelles du système qui l’a rejetée et passer du côté obscur de la force en recrutant des travailleurs immigrés à qui elle fournira un job de merde, un logement de merde, ainsi que des faux papiers, mais à condition qu’ils ferment leur gueule et qu’ils acceptent un salaire de merde, tandis qu’elle empochera la différence, ainsi que les taxes prélevées non déclarées au fisc. C’est ça, le monde « libre » : un monde sans régulation, où la seule règle est le laisser faire. Petit à petit, on voit Angie s’enfoncer dans l’horreur, dénoncer aux services de l’immigration un campement de clandestins qui ne peut même plus accueillir les Ukrainiens qu’elle avait décidé de recruter, tandis que son associée, Rose, qui trouve ça inacceptable, décide d’arrêter là sa collaboration. C’est encore cela le monde libre : il existe des gens qui, heureusement, à un moment donné, trouvent la force de dire non.